‹ Œuvres posthumes de Sénecé;Chapitre 16 sur 93 · A M. DE MARIGNY · texte numérisé non relu

A M. DE MARIGNY

n ordinaire on denx de négligence, Chez Marigny ne m'avoit pas surpris; Mais nn grand mois est d'une conséqueAce A soupçonner ou froideur on mépris.

Je sais fort bien que cette caravane Où vous ramez fait grand dégât de temps, Et qu'à Paris surtout fière chicane De ses sujets compte tous les instants.

Mais le soleil, dans l'hiver le plus rude, Peut du brouillard percer robscurité.

Et le plaideur dans sa sollicitude A ses moments d'un peu de liberté.

Dans l'intervalle où votre esprit se lâche.

Les nerfs tendus de sa contention.

Songez-vous point que votre oubli me fâche?

Faut-U vous faire une sonûnation?

Faisons-la donc, mais fort respectueuse, A la requête et pourchas d'Apollon , Qui dit qu'un jour à certaine coureuse.

Soi-disant muse et hantant son vallon.

Il fît enfants, du moins s'en nomma père , Bien qu'ils ne soient de ses grâces doués; Mais ne les veut laisser dans la misère; D'autres bâtards il a bien avoués.

ÉPITAES. x4x

Or, «es enfants ne faisant que denaltrç; A Hangny^ propre à les cultiver, Son bon ami, du moins se disant Tôlrp, .

Les adressa pour les faire élever.

Depuis ce temps, quoique Apollon devine, De ees trépieds rieu n'a valu le sort^ Pour l'éclaircir si son adultérine Est dans Paris arrivée à bon port.

Sommé soit donc, et soit en révérence Interpellé ledit ami parfait De déclarer s'il en a connoissance^ S'il Ta reçue et ce qu'il en f fait.

Que dans huitaine il lui fasse paroltre Si ses enfants, par la poste airivés.

Sont consignés au château de Bicètre Ou recueillis chez les £nX^ts-Trouvés«

Ou si contre eux transporté de colère.

Ce que parfois trop voit-on pratiquer.

Il n'auroit point dans le lieu nécessaij^e Ou dans un puits voulu les suffoquet.

N'excuseroit une telle malice Dire qu'ils sont boiteux ou contrefaits; Mieux eût valu qu'il les mit en nourrice; Pareils enfants vivent à peu de frais.

Point n'ont besoin de soupes mitonnées.

Pain de mouton , à la reine ou bourgeois, Ni de bouillie à grandes poèlonnées.

Un grain d'encens les nourrit pour six mois.

i4a ÉpITBES.

On n'eût pas craint de les entendre braire, Gonune autres font tant le jour que la nuit; Lors sont de race, et leur sais plus d'un frère Qui de ses jours n'a fait le moindre bruit.

Si leur jargon les oreilles offense, Ce n'étoit là de quoi tant s'e£Erayer; Un peu de soin, un peu de patience Leur eût bientôt appris à bégayer.

Bref, Marigny les doit de bonne grâce Représenter ainsi que de raison, Si mieux il n'aime échanger à leur place Les deux enfants quil a dans sa maison.

S'il fait refus, puisse dame Justice > Ayant fondu son or au grand creuset^ A son bon droit urètre jamais propice^ Ni rétablir son banc à Yirezet.

Fait au Parnasse un jour de mascarade, Et reconnu dûment vérifié, Signé Marot, Bois-Robert^ Benserade^ Avec paraphe et Soit signifié.

A Hftoon, le jour de mardi-gras 1715.

IPITRES. 143

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