H NOT
Le chagrin le plus dangereux Que puisse éprouver un cosur tendre C'est d'être toucbé vivement Four la beauté d'une coquette Dont'l'âme est eucor plus mal fidte Que le corps n'en paroit charmant.
Scaramonche, pédant, serupuletix et sévère, Dicte h son écolier une doctrine austère Sur les faits tempérants des Grecs et des Bomains ; Deux coups d'oBii affetés d'une suivante adroite Arrachent les vertu» du cœur de l'iaterprète Avec Tin-folio qni lui tomlM des mains.
JLes Pleurs d'Olympe*
L'amour se baignoit dans ses pleurs Comme, dans la saison des fleurs, Le tendre rossignol, sons les feuilles nouvelles, Dans un jour pluvieux répète ses leçons , Bi^uste son plumage , et , secouant ses ailes, Peint son plaisir dans ses chansons.
Voici la prédictiou que Sénecô met dans la bouche de l'un de ses personn^gi^ > touchant le règne de Louis XIV:
«Sous son règne, la France sera dans la plus haute élévation de grandeur et de prospérité où elle puisse jamais être, qu'elle devra tout entière à son courage et à sa conduite, et il se fera plus redouter avec les forces seules de cet État que ne fait présentement Gharlemagne avec celles de la plus grande partie de l'Europe, qui est soumise à sa puissance. Mais avec le génie élevé et sublime que le ciel lui donnera pour commander, il aura encore
SUR LES Manuscrits inédits.
le bonheur de régner dans un siècle où il trouvera des sujets admirablement disposés pour exécuter ses ordres. Jamais on n'aura vu des hommes si excellents en toutes sortes de professions, et la Providence, qui prépare toujours admirablement les événements qu'elle ordonne , en le destinant pour faire une infinité de grandes choses, aura soin de lui fournir des instruments accommodés à la vaste étendue de ses idées
Tons voyez que la cour de la Magnificence de Louis sera composée de gens de toute sorte de professions et que Ton pourra y remarquer indifféremment des prélats, des guerriers et des gens de robe, des savants et des illustres en chaque espèce de connoissances. Surtout on y verra quantité de nourrissons du Parnasse et de ces gens qu'on appelle beaux esprits, dont le règne de Lonis le Grand abondera plus que celui d'Auguste, et qui seront en si grand nombre que ses trésors, quoiqn'immenses, sufûroient à peine pour les récompenser de leurs doctes veilles, du moins si l'on vouloit en faire aussi bonne part à chacun d'eux qu'il s'imaginea mériter »
EPITRES
4,m-ja^l^ÊÊl
ÉPITRES
ÉPITRE AU ROI SUR l'Élévation de monseigneur le duc d'anjou
"k la Couronne d'Espagne.
es plaisirs les plus doux la source est mélangée, Et d'un peu d'amertume elle est souvent chargée. Grand roi» vous l'éprouvez dans cet événement Qui fait de votre histoire un si riche ornement. Mais pendant que TEspagne^ à vos pieds prosteniée , Change en profonds respects une haine obstinée ^ Pendant que de son cœur Famour chassant YefSeoi S'incline à vos vertus et vous demande un roi , Que pour lui rendre hommage un même zèle inspire Tous les membres épars qui forment son empire , Que, pour graver ce fait sur leurs, tables d'airain, Les Tacites françois aiguisent leur burin; Que la prose, les vers, les odes, les harangues. Élèvent ce bonheur en cent diverses langues; Que par trop d*abondance Apollon rebuté Hésite sur le choix et craint ta pauvreté :
Qui croiroit qu'à ma muse une ardeur imprévue Fournit sur ce succès un autre point de vue ,
70 ÉpiTBKS.
El que par des sentiers qu'aucun n'osa fouler. Sa tendresse y trouvât de quoi vous consoler ? Permettez-le, grand roi ; pour peu qu'on la retouche La douleur s'aflfoiblit et devient moins farouche , Et la réflexion, puissante à l'apaiser, La tourne en habitude ou la fait mépriser.
Appartement de Sceaux , curieuse structure Qui d'arbres précieux^ épuisas la nature , Si de tes cabinets les lambris tant vantés Des chênes de Dodone avoient les facultés , S'ils pouvoient s'énoncer en voix intelligibles. Que n'apprendroit-on point de ces moments sensibles. Où l'amour, quoi qu'Ovide au contraire ait chanté , S'unit si tendrement avec la majesté?
Que tu m'épargnerois d'inutiles tortures, Si Ton savoit par toi ces haixtes aventures , Ces discours de Loui», où l'art fut si puissant, Qa^on ne les redit point qu*en les affoiblissant ! Heureux qsd comme toi les puisa dans sa source ! Juste ciel! ma disgrâce estreUe sans ressource, Et ne puis-je espérer d'entendre encore un jour Cet oracle des rois au milieu de sa cour t
Elle parut enfin, cette obscure journée
Qu'à se priver d'Anjou Louis a destinée ,
( Car, malgré ces dehors jaloux de la grandeur,
11 est encore Anjou, grand roi, pour votre cœur).
Jamais, lorsque David au trône de Judée
Résolut de placer le fils de Bethsabée,
On n'entendit sortir sur cet auguste emploi
De plus saintes leçons de la bouche d'un roi :
« Adorez du Seigneur la puissance suprême
Qui met sur votre front l'honneur du diadème.
ËpITRBS. 71
Autant qu'il vous élève au-dessus des mortels, Mon fllSj abaissez-vous aux pieds de ses autels. Avec sincérité de l'état catholique Épousez l'intérêt , les mœurs, la politique; Chérissez votre peuple, et dans tous vos projets. Dans leur roi faites voir leur père à vos sujets. Enfin , n'oubliez pas qu'au doux air de la France , Élevé dans son sein, vous avez pris naissance; La gloire a des trésors qu'on ne peut épuiser : Qu'en commun nos États apprennent d'en user ; Faisoûs-les convenir, par des preuves sensibles. Qu'en demeurant amis ils seront invincibles. »
Alors au jeune prince il vous plut enseigner
Les mystères profonds du grand art de régner;
Mais sans vous arrêter dans un détail plus ample.
Grand roi , pour abréger, proposez votre exemple ;
L'attelage superbe et trop tôt arrivé ,
Hennit d'impatience et frappe le pavé.
Philippe, à ce signal qui de vous le sépare ,
Rappelle sa constance et sent qu'elle s'égare ;
La gravité d'Espagne en vain veut le calmer,
La tendresse françoise insiste à l'opprimer;
Sa douleur se produit , la vôtre la seconde :
Elle paroit plus sage et n'est pas moins profonde.
Les princes, aux adieux appelés par leur rang ,
Se livrent en héros à la force du sang.
Le sexe a d'autres droits et permet aux princesses.
En de moins fermes cœurs, de plus grandes foiblesses;
Les perles de leurs yeux par l'amour embellis
Coulent sur le parquet par des chemins de lis.
Et l'Inde à son monarque, en ses ardeurs nouvelles.
N'en oifrira jamais ni tant ni de si belles.
La cour, dont l'art consiste en imitation.
7^ ËPITRES.
Et qiii fait sur ses rois sa seule attention, N'a point à ce sujet besoin de complaisance.
Et sa douleur sincère éclate en son silence.
Ainsi, quand Jupiter, d'un visage troublé, Fait obscurcir les airs au nuage assemblé.
L'aurore en Orient s'attriste à portes closes, Et sous un Yoile épais cache son teint de rose». L'amante des zéphirs languit comme ses fleurs; Iris s'évanouit sur son arc sans couleurs ; Sous Tabri de ses tours Gybèle est taciturne ; Chaque fleuve a grands flots répand toute son urne; Et la nature en pleurs, dans ces sombres. moments. Se conforme à son maître et suit ses mouvements.
Je ne viens point, paré d'une fausse éloquence, Affoiblir votre perte et celle de la France ; La maûme est constante et ne m'échappe pas :
L'État qui perd un prince est désarmé d'un bras; Encor plus parmi nous, où sur la loi salique Se fonde, s'affermit la fortune publique.
D'ailleurs, le jeune prince à nos vœux enlevé. Par les mains de Pallas paroissoit cultivé ; Nous admirions en lui, dès sa tendre jeunesse, Les fruits prématurés d'une haute sagesse.
Un amas de vertus, un trésor de bonté, La douceur tempérée avec la gravité , Et de ces qualités le brillant assemblage, Frappoit déjà vos yeux, grand roi, de votre image. Gomme on voit l'univers saisi d'étonnement S'augurer en silence un rare événement.
Lorsque l'astre du jour, aux yeux de la nature. Dans le vague des airs reproduit sa figure. Cependant, ce sujet par les grâces orné Manquoit par la fortune et se trouvoit borné;
ILPITRBS. 73
Notre sort constamment le refusoit pour maître : Ce prince, cet aine qui mérite de Tètre^ Par un éclat plus vii attiroit nos regards; On adressoit au ciel des vœux de toutes parts; On invoquoit Lucine; et la tendre déesse D'Adélaïde encore épargnoit la jeunesse , Attentive aux moments d'une maturité Qui doit éterniser votre postérité.
Dans cette conjoncture où se trouve Philippe, Charles, des sages lois consultant le principe. Le fait son successeur; et cette volonté De ses derniers moments consacre l'équité.
Souffirez que votre race, où tant de gloire abonde. Se partage le soin de gouverner le monde y Trop heureux si bientôt quelque peuple aguerri Ne vient pas pour son roi vous demander Berri. Laissez aux foibles cœurs qu'un nœud vulgaire assemble L'obscure volupté de vieillir tous ensemble.
Partagez vos trésors à cent climats divers ; Le b^au sang de Bourbon se doit à l'univers.* Et qu'importe qu'aux cieux leurs planètes rangées En ordres différents paroissent partagées ?
Le soleil les entraine, et les divers emplois De son impulsion reconnoissent les lois.
Quels flots d'illustre sang ont inondé nos terres En deux siècles complets d'impitoyables guerres ! Mais si de notre sort les décrets inhumains Pour couronner Anjou manquolent d'autres chemins. Destins, on vous pardonne, et nos pertes passées Par ce rare bienfait se trouvent compensées.
Il est temps que l'amour de nos deux nations Débrouille le chaos de leurs dissentions;
74 ËPITRX8.
Nos héros et nos rois^ dans les Champs-Elysées, Triomphent du plaisir de les voir apaisées , Et le nom de Philippe à peine est publié Que tout ressentiment y paroH oublié.
Épouse de Louis^ et vous, sa tendre mère, Que pénétroient nos maux d'une douleur amère^ Je sens votre présence^ et erois Toir qu'en ces lieux Pour affermir la paix vous descendez des deux ; Sans faire à la nature aucune violence, Reines, votre crédit peut protéger la France; Et vous pouvez aussi sur TEspagne, à son tour, Répandre vos bienfaits sans outrager l'amour.
Mais c'est assez , grand roi, vous prêcher la constance , Je sens mon ridicule et vois mon imprudence : Pardonnez. Débiter cet indiscret sermon.
C'est en fait de sagesse instruire Salomon.
PITRES