‹ Œuvres posthumes de Sénecé;Chapitre 28 sur 93 · QUI A TEMPS A VIE · texte numérisé non relu

QUI A TEMPS A VIE

CONTE A M. de Sftlonuky, secrétaire do roi.

e Temps des plas vastes promesses

Accpiitte les plus enragés;

Le terme vaut l'argent; délais bien ménagés

Chez le crédule espoir tiennent lieu de largesses grands! grands prometteurs! d'allonger les moments

Cultivez l'utile habitude !

Le temps vous absoudra de vos engagements.

S'il ne peut les remplir, du moins il les élude.

Un esclave génois, homme de qualité

Et d'uB génie au-dessus du vulgaire, Chez le vizir Achmet, musulman sanguinaire.

Par l'industrie et la fidélité ,

Sans cesse attentiflLlip plaire, Adoucissoit l'aigreur de sa captivité.

Un verre qu'il cassa de sa félicité

Finit les moments peu durables; Car vous n'ignorez pas que chez les grands seigneurs. Et même chez les Turcs plus volontiers qi^'aiUeurSi

Verres cassés sont cas pendables.

« Quoi donc ! dans son premier transport

« S'écria le farouche maître , « Mon grand verre e^t brisé ^ mon verre de Francfort, « Pour boire mon sorbet qui convenoit si fort, ^ Si bien gravé, si rare! Il en mourra, le traître!

GONTB». 191

« Qu'on l'empale. » — A ces mots, Frégose est accroché

Par quatre impitoyables serres Et se Yoit sur le point tout -vif d'être embroché. Exemple formidable à tous casseurs de verres ! Alors, sans s'émouvoir du trépas qui Tattend^

A quelque homme de confiance L'intrépide captif, d'un visage constant > Demande à révéler un secret d'importance.

Orcam vers le poteau sur l'heure est amené; Orcam, du grand vizir conseiller ordinaire^

Vient recevoir du condamné

Le testament patibulaire.

Seigneur, lui dit Frégose avec tranquillité^ L*état où je me vois n*a rien qui m*embarrasse y Et Tarrèt de ma mort est un arrêt de grâce

Qui va me mettre en liberté ; Mais le vizir en moi perdra plus qu'il ne pense ^ Et je faisois pour lui certaine expérience

Dont le succès Teût contenté.

J^allois la supprimer, par esprit de vengeance , Quand, prêt à rendre compte, un remords le défend.

Qu'excite en moi la conscience ; Tapprenois à parler à son gros éléphant:

11 bégayoit déjà quelques lettres arabes ; Dans six mois il auroit épelé des syllabes, Et dans dix ans... — Quel conte à faire à des enfants, interrompit Orcam; c'est bien moi qu'on abuse ! Pour garantir tes jours n'as-tu pas d'autre ruse ? Qui jamais entendit parler des éléphants ?

— Non, reprit froidement Frégose,

Ne croyez pas que j'en impose , ï)ans ces derniers moments ce n'est pas la saison . A tous les animaux leur auteur, de raison , A qui plus^ à qui moins > départit une dose •

I{)a €05TSS.

L*êlôpbant lesirarpasse tous; De la religioa il a quelque telutuie :

Au lever du soleil il se jette à genoux»

Et' révère eu cette posture Dans Tastre lumineux le dieu de la uaturci; Il connoit des vertus l'usage préçieu^; Il est reconnoissant^ çliaste, disâpli^able.

Assiste le plus jeune et respecte le vieux>

Pour garantir ce que j'avance, rai Pline, Héliodore, Aristote,. iElien^ i

Bérose, Porphyre, Appien, Et Upse, leur écho, gens à Votre Gxcellenee

Peu connus, comme je le pense ,

Mais dans le tribunal chrétien

Tenus pour fort hommes de bien

Et pour témoins de conséquence. \

D'ailleurs, j'ai réfléchi, comme chose à peser, \

Qu'animaux indiens «ont enclins à jaser; Si la nature avare à sa plus noble béte

Avoit interdit le caquet, Elle eût mis moins de sens dans son énorme tète l

Que dans celle d'un perroquet.

Sur des raisons isi ccmcluantes, '

Qu'un peu de sens commun prit soin de m^diquer.

Dans la plus douce des attentes ^

Je poussois un projet qui ne-pouvolt manqu»; Mais puisque la terreur qu'imprime le mtppAice

Fait soupçonner ma bonne foi,

Que mon secret s'enscvdisse ^

Dans le même tombeau que moi.

Orcam prête au eapttf 4es oieâles a^es;

Car malgré le bonheur qui le «aet «ur les f aogs,

G'étoit un hcraorne épais, jm âejthe de» plus^«M$ ■-'

GONTBS. 19^

Qui fût jamais sorti des Palus Hféotides;

La noaveauté du fait Teffaroucha d'abord.

Le babil du Génois Tébranle , il se ravise >

Et Texécution par son ordre est sursise

Jusqu'à tant qu'au vizir il ait fait son rapport.

Or, vizirs, comme on sait^ sont gens qui de chimères

Se repaissent avidement^ Gens qui^ bouffis d'orgaeil^ sur des preuves légères

Se mettent en tète aisément Qae la nature esclave adore leur fortune^ Et doit à leur grandeur marquer à tout moment,

Par quelque rare accoacbement,

Sa déférence peu commune.

L'un veut que d'un creuset le Pérou soit tiré, Ou que d'un alambic pour lui jeunesse sorte, Et l'autre encor plus fou court en désespéré Arracher l'escarboucle au dragon qui la porte.

On pourroit sans enchantement

Persuader leur vaine gloire

Que Teau du Rhône ou de la Loire ^ Ayant sur son passage abreuvé l'Allemand^ Ira grossir tes flots, orageuse mer Noire ^ Pour signaler les jours de leur gouvernement.

. Comme le moindre des novices , Achmet donne à travers; il croit que le destin Voulut à son honneur réserver les prémices

De ce langage éléphantin.

Et qu'aux annales de l'empire Avec étonnement l'avenir pourra lire :

« Par la faveur d'Allah, a En tel temps de l'hégire, « Chez le vizir Achmet un éléphant paila. »

Adouci par cette espérance , Poilr la première fols il usa de clémence.

Quant à Frégose, il. dit qa'll veut mourir;

Que de s'y préparer il a !^ la dépease,

Et que de sa faooD dans rin^vaile B^caBce

On n'entendra jftmtis d^iféplHinit discoarir.

A la fin par booté sonflirfiivb qnt'oi» le êéyrrv&j

Vonr plaire à /8<m eber «altrf il se rés^nt à «vivre.

Pourtant il capitule , et Taifoit bistrion

Fait coirffeiiiir sestgtM qne daa» l'instPiietron •

D'un gradué de si grosse impovtsBce v

Le moindre fenps requin pour 1« iHettr» en Hcenee;-

C'est im double ^tÙÊÊqammiwn L Le matois^ du trépas êàÊivré âé la serto*^ Chéri j considéré, prend ées sûrs 'triomphants^ Et fait en lettre» d'or aiftcber sur sa perte:-

Petite écok dTéUj^uwês.

Constantinopte y vole, on l*é«©Hffe au speetacl^; • Le nouveaiu prolesseiiri e&treppead sans* façons Entouré de badaude «noat tous au-miTaele* Avant que de la toile on ait levé rolMl!âclei> De donner au pulM s» bizaove lée(m.

Un jour qu'inen sortait, certaôn aoir -fidèle, Demeuré le dernier^ liii'di!(r.cffiAfitiieminent : « Frégosa, la Payeur f ôtale jii^ement; « Mais s'il t'en rester esiMve «ne ombre > une élâneelle^ « Ne redaate54u point de toa engagement

« La conaàqiwflce nattureMB, « Et du vizir dupé le fier.reMBBftimeiit?

« Ne te souvient-il plus de ce iiow& trop* crédûié « Descendu dans :im> puits poni» -se défeakét^, « Qui fut par le renaid tmité de ricHoal^ « Pour n'avoir pas prévu rendrait à «'en tirer? b a — Va , va , j'ai tout prévn , lui répondit^ Frégose*}

z. Deux fols cinftsiifts .

HB^ÉlMMÉ

« Dix ans, à loi» auYÎfi^ ^ca»Misrâipeu.âfl^clia50^

« Pendant ce chiodéiiqiie^em^i»- « Par le délai. qu\)n . dooite à maa expéiienise ^ .

<c La mort viaodra pisenâre sut; soi ;

« Le soin. d^ dég^^erm» fai^ .

« Et rédmia sou6 sa. puissance

u Vëiés^làaxA y le- Tizir. o^ QMh » > '

Je n'ai p^s «u ds sa^promeas».

Gomoaenl/FfégoaB s'aoqfuitta.

U prolongea du moins ses jouy^ par aoa^adsease^

E cH hatempQ hOffViia*.

Cher Salomay^^. c'est aia»/ que-me Jofa#< Dame Fortune^ aa cœiup dissimttlé.^ .

Qui d'assez haut m'a , d'onitouf delo^ roue > Préciî^té daos Id fond!de<la..i)ûue(>.

Où je croupis lao^seani^. eiilé^ Sans qu'avec moi la pesMss reaâoe.

Je me suis vu qinlqpsfoia eaiiflôlé Par doux espoir deiflaltoiiae promesse^ Ministres^ ducs, pi^élate > m^oni régalé ; Lenteur s'y iEO^le 'et me : plonge en tristesse; Mes plus beaux JQuss dans l'attente (mtr couié , Tant qu'au..cQll8t m!ait em^ignéb-yieiUeese^ Pégase broache À.yoifi l'eneliantsressfi^ .

Et fait. DiLbûiuL dosi. il reste ép^lé..

Pour nourrissons. d£& filles volonAakefe^.-, Sœurs d'Apollon^ psôtnsses^detsa loi^^ Valet de chambre est m» mauwfr 6m|^M« ' Pretmie£.ourTisHiyee]a.nfimpp£te:ga^ce^ .

Fût-ce de reine ou» jskl'oaveut^ ^xoi> Clément MAcotrétoitt ainsi que. mûi Ainsi que moi mal y fit ses afiîaires Suspect fut-il 8U£ cfiEtains points de. toi

tg6 CoifTES.

Suspect ne sois, et pourtant je me vois

Droit héritier de ses longues misères.

A Yous m'en prends avec raison , je crois ,

Porte-malheurs, nymphes apollinaires.

Charmes pipeurs d'esprits de franc aloi«

Qui; vous serrant ; n*obtiennent pour octroi

Que laurier sauce aux feuilles trop amères ,

Dont le débit est dans un grand raval ,

Et pour boisson belles sources d'eaux claires ,

Plus convenable à votn; vieux cheval.

C'est grand bonheur que d^avoir des entrées

Dont bleus cordons se tiendroient glorieux ,

Et d'approcher les personnes sacrées

En des moments libres et précieux.

Gens bien sensés ^ pendant la crise utile ^

S'il vaque un don vous l'emblent franc et net^

Tandis qu'un fat sa cervelle distille

Dans l'alambic d'un petit cabinet ,

A grappiller sur Horace ou Virgile,

Parodier quelque vieux vaudeville.

Ou reforger la pointe d'un sonnet

Que la cour fronde aussitôt qae la Ville , *

Pour l'approuver, opine du bonnet.

Pourtant vous dis, filles de Mnémosyne,

Dans mes vieux ans qui vîntes me ravir.

Que quand un homme avec vous s'acoquine,

Trop mal peut- il à Fortune servir ;

Qui s'avisa d'en faire une déesse

Sur son autel devoit être immolé;

Quand m'en plaindrois, merveilles n^en seroit-ce:

Un éléphant auroit plutôt parlé

Qu'en ma faveur ne l'eût fait la traîtresse ,

Qui sur un pied pirouette sans cesse

Et d'un bandeau couvre son œil fôlé

Contes. 197

Ainsi qu'Amour, comme elle écervelé.

Pour apaiser Tinconstante maîtresse Je me suis tu parfois eu beau début; Mais la guerre^ dont je suis le rebut * , Empêcher veut qu'aucun bien je n'obtienne Par quelque mort. Oh ! si c'est là son but^ Fasse le ciel que ce ne soit la mienne , Et que longtemps je chante cette antienne, Dernier hoquet où nous réduit la mort.

La plus terrible est dans nos catastrophes.

Stoïciens qui la bravent si fort Sont fanfarons masqués en philosophes; Plus n'entendrons le chant du rossignol.

Quand de son croc nous grippera l'harpie ^ Et je m*en tiens au proverbe espagnol :

Vive la poule, encor qWait la pépie I

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