‹ Œuvres posthumes de Sénecé;Chapitre 29 sur 93 · A-MADAME LA COMTESSE DE · texte numérisé non relu

A-MADAME LA COMTESSE DE

Fable.

our VOUS avoir, belle comtesse , Dit deux mots de ma passion, Qasteffse, Par un savant reprocbe , et pourtant mus Vous m.'avez appelé téméraire Ixion.

Voulez- vous me prêter un peu d'attention, Et je vais d'Ixion vous conter Taventure.

Ni sa témérité ni son ambition N'eurent point de relation A son étemelle torture :

C'est sa seule i&disorétion.

Dans certain canton de la Grèce Vivoit un jeune prince admirable eu beauté,

Hardi, vigexnwia:, bien planté.

Distingué par sa politesse

Plus que par sa solidité.

Jupiter, qui conçut pour lui de la tendresse, L'éleva dans sa cour comme un enfant gâté.

Il touchoit à ce dieu d*un peu de parenté ; D*ailleurs , comme l'esprit est par ce qui précède A prévoir l'avenir facilement porté.

On murmuroit que Ganimède Seroit par Ixion quelque jour supplanté.

La faveur à tel point enfla sa vanité Qu'il devint amoureux de réponse du maître ; Mais quoi ! cette Junon que le ciel redoutoit

GoxTES. ïgp9

Etoit femme d'honneur, et se piqfioit de Tètre

Éncor plus qu'elle ne i'étoit.

Que doit faire Ixismf quelle porte «st ouverte Pour tirer Je garçon de son ennui anortei?

Parler de son ardeur, c'est courir à sa perte; Brûler sans dire mot est encor plus croel.

Pour moi , 3 'auxoisparlé. ©ans unmauTais quart d'heure 1

C'est affaire à finir sa vie et son amour ; \

Je suis comme César : s'il faut perdre le jour, La j^luâ.promfle des morts me parolt la meilleure.

L'amoureux Ixion prit un autre parti :

Soit que l'eiïtoeprise nouyelle Et pleine de daager, d'aimer une immortelle , Bût >au jeune apprenti Fait tourner la ceryélle, Soit que par la lecture il eût l-esprit gârté

( Si déjà tendres poésies DéraimeoieBLt'iea ressorts des jeunes fantaisies

Par }civLr jchimérique beauté) , Aux arbres,.amx ruisseaux il conta son martyre. Il prit de fia langueur les rec^ers à témoin ,

Et les pria de n'en rien dire

(Il n'en étoit guère besoin).

Àctiabléées doulenrs dont Texoès le surtnoirte ,

Il devient sec et décharné; Retrandhé par ia faux, un lis est moins fané. Le seigneur. Jupiter «'y trouvait pas son compte. CazBBses et présenls , tout fut en rain tenté Pour savoir d'Ixion quel d^laisir l'occupe;

A quelque sot!- ixion n'est pas dupe; A tout autre que lui plutM r«ùt-il conté.

Enfin, pour contenter sa curiosité, Jupiter, qui savoit qu'au bord d*an:e ibntaine

300 Contes.

Le prince alloit souvent se plaindre <te son mal ,

Prit la figure d'un grand chêne Dont étoit ombragé le liquide cristal.

Cétoit là de ses tours. Pour la métamorphose, Nul dieu de ses talents n'a jamais approché; Surtout lorsque son cœur étoit un peu touché;

Prêtée et lui, c'étoit la même chose.

Mais j'aperçois de loin venir l'objection :

Gomment, me direz-vous, ce monarque suprême ^ • L'àme de Tunivers et la lumière même,

Pour lire dans l'intention

D'un jeune aventurier qu'il aime Avoit-il donc besoin d'un petit stratagème?

Vous parlez de bon sens, comtesse; et cependant

C'est là le style de la fable; Ses dieux, dont la puissance étoit incomparable,

Par un procédé discordant Surprennent à tous coups un esprit raisonnable; Encor plus, quand l'amour a su les captiver,

Eux qu'on voyoit en maîtres s'élever Au-dessus du pouvoir de l'humaine nature, A peine à sa ceinture Peuvent'ils arriver.

Plus foibles, plus rampants que n'est leur créature.

Grands négociateurs, Harlay, d'Avaux, Bri(H*dy Dont les expédients tiennent de la magi6.

Ne vous morfondez point à chercher quelque acoordC Aux contradictions de la mythologie ^.

Vous pourriez plutôt mille fois.

Dans quelque sage conférence,

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