‹ Œuvres posthumes de Sénecé;Chapitre 86 sur 93 · AU DUC DE NOAILLES · texte numérisé non relu

AU DUC DE NOAILLES

MOHSSIGNEUB,

our satisfaire à l'ordre -qu'il vous a phi

[ me donner par la dernière lettre que vous

m'avez fait Wionneûr de m'éoHre, je vous

envcâe la demiète pïodxuBtioa de asès

Lettres. 341

ntuseé. Le sujet &a. est triste et touche certains endroits qui ne sont pas autrement ajustés à la délicatesse des oreilles qui ne peuvent souffrir la vérité. Mais comme je vous connois aussi avantageusement partagé de bon esprit comme vous Tètes du beau, j'ai cru que vous entendriez raison là-dessus, et que, dans la situation malheureuse où le monde se trouve, vous ne désapprouveriez pas que j 'égayasse d'adoucir l'amertume des idées qui m'en reviennent en les passant par l'alambic de la poésie. Peut-être que si nous retournons sincèrfânent à Dieu, comme les dernières strophes de mon ode nous y invitent, sa bonté ne dédaignera pas de nous fournir quelque jour la matière à chanter sur un autre ton. Si je l'osois, Monseigneur, je vous supplierois très-humblement de me faire instruire de temps à autre de votre destinée par quelqu'un de vos secrétaires. Quand mon pauvre Bellocq étoit vivant, je savois à point nommé toutes vos grandes actions. Il m'avertissoit de toutes choses, et sa vigilance suivoit votre gloire pas à pas. A présent, destitué d'un tel secours, je vis dans une ignorance invincible; je n'apprends les plus beaux traits de notre histoire que par les gazettes et dans un temps qui feroit perdre toute la grâce de la nouveauté S la part que j'y pourrois prendre. J'ignore même si vous commanderez cette campagne les armées du roi et si vous irez forcer l'opiniâtreté de nos ennemis à nous accorder la paix. Ce que je sais très-certainement, c'est qu'à quel emploi que la Providence vous destine, vous vous en acquitterez toujours avec cette valeur et cette prudence connues de toute la terre, dont l'envie elle-même ne peut pas disconvenir. Honorez-moi, s'il vous platt, de quelques marques de votre souvenir; je vous en conjure, Monaeigneur, par la profonde vénération que j'ai pour vos illustres qua*

31» Lbttbbs.

liléB et par le respect avec le^picl j'ai l'honneur d^toe^ Monseignenr,

Votre très, etc.

AU Ron.

n a cm de tout temps que le bruit des armes condamnoit les muses au silence^ et que lliarmoQie guerrière étouffoit la dou^ ceur de leurs coucerts. Mais cette opiuioa n'auroit point été reçue parmi les hommes s'ils avoient été accoutumés d'obéir à des rois capables, comme Votre Majesté^ de suffire à toutes choses. On la yoit arec étonnement repousser la plus rive des guerres jusques dans le cœur des États de mille princes conjurés, dans le même temps qu'elle entretient un calme profond dans les provinces qui lui sont soumises, et rassemble dans sa cour les plaisirs tremblants et les arts exilés du reste de l'Europe. Un million de braves sujets de Votre Majesté concourent avec elle par leurs généreuses fatigues à l'exécution de ses giprieux projets; il semble que les gens de lettres soient seuls oisifs dans cette conjoncture et que l'on doive à présent les regarder comme un fardeau mutile de l'État. Il leur reste cependant deux fonctions considérables : ia première, de consigner à la postérité les actions éditantes de Votre Majesté; l'autre, d'essayer à la délasser quelquefois des travaux immenses sous lesquels tout génie moins ferme et moins intrépide que le sien pour-

X. J'ignore si cette lettre lût adressée. Elle est prise sur im brouillon. - i

Lbttbbs. 543

rçôt aisément saocomber. J'essaie^ Sire, de remplir ce double devoir en proposant à Votre Majesté le divertissement dans laquelle j'ai fait entrer, le mieux que j'ai pu, quelques-unes de ces nobles idées que la gloire de Votre Majesté nous inspire si vivement^ dans le même temps qu'elle nous désespère de pouvoir les exprimer avec assez de dignité. Plusieurs beaux esprits de l'ancienne Rome^ imités par quelques autres des derniers temps, ont promis à leurs héros ^ peut-être avec trop de vanité^ de rendre leurs noms immortels à la faveur des vers qu*ils employoientpour les célébrer. Pour moi^ Sire, tout au contraire d*eux, j'espère pouvoir faire durer mon nom avec votre gloire, et je suis persuadé que la postérité^ avide d'en recueillir tous les monuments, tels qu'ils puissent ètre^ en voyant mes efforts impuissants^ en louera du moins mon zèle et se souviendra que j'ai eu l'honneur de vivre. Sire,

De Votre Majesté, etc.

À M. DE SALORNAY.

A Condemlnes, le 9e de norembre 17a*.

ous m'avez bien mis la puce à l'oreille.

Monsieur mon cousin, en me disant que j'ai rajeuni un vieux conte de La Fontaine. Sur ce pied-là, je me serois donné une peine bien inutile, en composant plus de deux cents vers et les châtiant avec soin, pour ne passer que pour un plagiaire. Je vous jure, en homme d'honneur, que je ne sais ce que c'est que le conte du Charlatan, et que je ne l'ai jamais vu. Le fond de mon conte est tiré dea

S««4 LBTTftBS.

ApopMbêgmes de fluiarqoe^ qiâ raconte eÀ deox iiiolB> llentreprise d'un esclaye et le mot qa'VL dSt à son ami' qni Ten reprenoit : Dans dix ans de tenne que Y<m. awi donne, on l'éléphant moorra, on mon maître àm mei^ Tons les ornements de cette pièce, qne j'ai mélangéft» assez agréablement, à mon avis, d'nn peu d'émdiâo& et de satire, arec beaucoup de plaisanterie, sont tout entiers de ma façon, et je n'ai rien àésKAié à La Poataine, dont je ne connois point l'ouTrage, pas même ce que je dis des charges de valet de chambre du pi, et qne j'ai augmenté depuis de plusieurs vers qui ne sont point dans la copie que je tous û envoyée, et qui a^ sûrement ne convenoient point à La Fontaine. Si vous avez ses œuvres, je vous prie instamment de m'eiH voyer le tome où est celui dont vous me parlez, et, s'A y a dans ce conte quelque uniformité avec le mien qui puisse me rendre 'suspect de plagiat, je vous promets de jeter le mien dans le feu.

Maintenant, pour répondre aux questions de votre lettre, je vous dirai', touchant l'expression latme» trahfre quatuor equis, ce que j'en ai écrit à l'auteur da JVercvrtf, quim'avoit envoyé avec d'autres épigrammes satiriques celle dont il est question. Cette expression est un pur gallicisme et ne se trouvera dans aucim auteur classique de la bonne latinité. Il y a apparence que cette espèce de supplice n'étoit pas en usager dans Tancienne Rome, car dans les vieux actes ded martyrs^ à qui on faisoit souffiir les plus atroces douleurs qu'on se pouvoit imaginer, je n'estime pas qu'il s'en trouve d'exemple. Nous voyons bien dans les anciens poètes des gens traînés à la queue d*un cheval, comme Test dans Homère le corps d'Hector par Achille. On y voit aussi des gens mis en pièces par leurs chevaux qui prennent le mors aux dents, comme le hel Hyppolite

LSTTRES. 345

chez Euripide; mais pour des gens démembrés par quatre cbeyattx comme nous Ventendons, je ne me souviens pas d'avoir rien vu de semblable. Le plus fameux exemple^ et peut-être un des plus odieux qui soit dans notre histoire^ sous la barbarie de nos rois de la première race, c'est celui de la reine Brunehaut, qui ne leur fait assurément pas honneur, fùt-elle aussi criminelle que Tout faite quelques-uns de nos historiens, et dont Pasquier Ta parfaitement bien défendue. Quoi qu'il en soit, j'estime qu'on doit pardonner ce nouveau latin à l'auteur de l'Épigramme , tant par la disette d'expressions où il s'est trouvé que pour la gentillesse de la pensée.

L'autre question que vous me faites me parolt plus difficile à vider. Il s'açit de savoir si on peut mêler dans des lettres familières des citations de quelque autre langue que la maternelle. On vous dit que cela n'est plus d'usage, n'est plus à la mode. C'est un grand maître que l'usage, c'est une dame bien impérieuse que la mode, surtout s'il s'agit de coiffures de femmes. Hais il faut savoir en premier lieu si cela est vrai. Qu'est-ce qui établit cet usage ? Ne sont-ce pas les gens de la plus grande réputation pour le temps où la question est agitée ? Si une foiis on en convient, j'ai gagné ma cause , en soutenant que l'on peut citer de bonne grâce, et je ferai voir quand il leur plaira à ceux qui en doutent que j'ai reçu vingt lettres depuis peu, du P. Du Cerceau, de M. de Fontenelle, de M. l'abbé Boutard, de M. Bachet, auteur du Mercure^ qui sont des témoins omni eœceptione majores, dans lesquelles il entre des passages latins, italiens, espagnols. A la vérité, ou auroit mauvaise grâce d'alléguer des citations en écrivant l'histoire, parce qu'elles en interromproient la suite, ou dans un poëme dramatique, parce qu'elles en

346 LBTTEB8.

lefioidiioient les mouvements; mais dans des lettres familières^ pourru qu'elles soient écrites à des gens à qui la langue qu'on leur parle n'est pas étrangère , je prétends qu'elles relèvent le goût de ce qu'on peut dire de bon de son chef et que ce sont autant de pierres précieuses enchâssées dans de Tor. Gcéron et Sénèque éioient tous deux de beaux esprits , et chacun d'eux ^ selon le temps où il vivoit^ savoit la langue de son pays en perfection. Cependant leurs lettres sont toutes rehaussées de passages grecs ^ qui leur étoient autant étrangers que le latin à nous. Savez-vous ce que je pense des gens qui ne veulent point citer? Il n'y en a que de deux espèces : Tune, de ceux qui n'étudient point et n'ont pas eu le soin de se meubler la mémoire de passages des anciens dont ils se puissent servir i l'occasion, et à ceux-là il leur est difficile de supporter que la diligence des autres leur reproche leur paiesse. L'autre espèce est encore plus condamnable , et c*est de ceux qui, sachant ce que les anciens ont dit de juste et d'agréable sur la matière qu'ils traitent, veulent s'en faire honneur et s'en attribuer l'invention en le tom^nant en leur langue sans citer l'endroit dont ils l'ont tiré, semblables à ces bohémiens qui, après avoir dérobé un cheval, le déguisent si subtilement, soit par des teintures ou en lui coupant la queue et les oreilles, que la mère qui l'a fait auroit peine à le reconnoitre. Par ces raisons et autres à suppléer de droit, je conclus que c'est bien fait de citer, quand c'est aussi juste que vous le faites, et je vous invite à continuer de citer comme à continuer de croire que je suis, avec un parfait atta* chôment.

Monsieur mon cousin ,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur, Pb SiNECi.

LBTTaBs. 34.7

A M. DE SALORNAY.

A Condeminea, le aSe de novembre 1720-.

e VOUS demande la pennission , Monsieur mon cousin, de commencer cette lettre par vous gronder un peu. Vous me faites savoir que vous avez vendu et livré votre via, et vous ne m*apprenez point à quel prix ni à quelles conditions. Je vous crois incapable de cette basse jalousie de la plupart de nos Màconois , qui font un mystère de leurs petites économies ou qui n'accusent jamais Juste quand ils s'avisent d'en parler^ dans la crainte qu'ils ont que leurs voisins ne fassent leurs affaires aussi bien qu'eux^ ou bien pour se faire estimer plus riches ou plus pauvres qu'ils ne sout en effet, ainsi qu'ils croient l'opinion d*autrui convenable à leurs intérêts ou à leur vanité. Pour vous , que je ne crois point fiappé à un si vilain coin, je vous prie de vouloir bien me f^re savoir à quel prix vous avez vendu , si c'est comptant , ou quel terme vous avez donné , afin que je paisse me mouler sur un aussi bon ménager que vous Têtes, au cas qu'il me vienne des marchands. Cette année est si difficile pour tirer quelque chose de son revenu, qu'on a besoin de boussole pour s'y conduire, et je n'en puis désirer de plus fidèle que la v6tre.

Revenons à nos moutons. La requête civile par laquelle vous prétendez revenir contre la décision du I^as élégant est fondée sur une pièce nouvellement recouvrée, à qui le nom de Voiture semble donner beaucoup de poids. Cependant, quand on l'examinera de près^ on ne trouvera qui vous empêche d'être condamné à Tamende. Voiture étoit un goguenard perpé-

3i% LftTTEKS.

tuel^ qui tiioit son plus grand mérite de la plaisanterie, et il faut convenir qne la sienne âtoit très-fine et trèsingéniease. La figure familière de Socrate, je veux dire rironie, étoit aussi la sienne. Ne la sentez-voas pas dans ce passage qne vous me citez ? Balzac et lui étoient en grande concurrence de réputation. Ils aToient chacun leur parti, et c'étoit alors une grande contestation pour décider si l'atticisme de Voiture étoit préférable à l'éloquence diffuse et asiatique de Balzac; cela n'est pas encore ridé, et adhue snbjuâie9 U$ est Nonobstant cette rivalité, ces deux beaux esprits aspiroient à la première place en honnêtes gens, et ne professoient point dlnimitié déclarée, comme Scaliger avec Cardan, ou Saumaises avec tous les savants de son temps. Ce* pendant, leur politesse n'empèchoit pas qu'ils ne se donnassent l^m à l'autre de temps en temps quelque coup de grifle, et je me souviens d'en avoir vu dans leurs ouvrages plusieurs échantillons que je n'ai pas présentement en main , mais que je retrouverois bien si cela étoit nécessaire. En faut-il un mieux marqué que le même passage que vous m'alléguez , et sur lequel je veux bien prendre droit? Ces potages de l'invention de Balzac, que Voiture estimoit plus que le Panégyrique de Pline, pour quoi, à votre avis, peuventils passer que pour une raillerie outrée d^un homme qui s'égaye avec son ami intime, tel qu'étoit Gostar à Voiture ? Et ne conviendrez-vous pas qu'en remontant an commencement de la pbrase, où votre auteur dit que M. de Balzac n*est pas moins élégant dans ses festins que dans ses livres , il faut convenir que c'est une ironie, soutenue par une exagération jOu hyperbole, et que par conséquent on n'en doit point conclure qu^nn repas élégant soit une bonne manière de parler sérieusement, mais seulement qu'elle est- supportable dans

.LETTaBS. ,^9

la plaisanterie? Si vous prenez kt p^ne de celire la lettre du illerciire, vons trouverez en substance que je n'y ai pas dit autre chose. Je souhaite que ces raisons vous contentent^ n'en ayant pas d'autres à vous alléguer; sinon^ amis conuftie auparavant.

Diversum sentire dtws de rébus iisdem Incolumi Ucuit semper amicitia.

Quand vous demandez à un vieux courtisan , exilé depuis plus de trente ans, des éclaircissements ou des notes sur un ouvrage moderne qui concerne les intrigues de la cour telle qu'elle est aujourd'hui , c'est ce que l'Espagnol appelle pedir peras al olmo. Si c'étoit là de ces termes que la langue espagnole a retenus de l'arabe depuis la conquête qu'en firent les Maures^ je me mettrois en devoir de vous les interpréter, avec le secours de mon Govarruvias; mais ils approchent trop du latin pour vous dire que c'est demander des poires à un ormeau que d'exiger de moi que je vous révèle des mystères qui me sont inconnus. Je me suis contenté seiûement de corriger par-ci par-là plusieurs petites fautes que j'ai trouvées dans votre copie, et qui ne viennent pas sans doute de votre copiste dont je connois la main et la capacité, mais qui se sont glissées par son trop d'etxactitude pour ce qu'U avoit devant les yeux. Il y. en avoit une entre autres dans la pénultième stance qui causoit beaucoup d'obscurité, et que le bon sens m'a fait apercevoiT du premier coup d'e^. Cest en un endroit où il reproche à M. de La Force son peu de mérite; il en Tenit beaucoup à ce seigneuac-là.

Quelques missiona s^raphiques « Peu de eompagneB paciAques Et liMQceiip de T«rs,QDipxmU>&i*

35o Lbttrbs*

On ne sait ce que Tent dire le second rers. J'ai pm iâ liberté de le corriger par un seul peUt jambage q^tà change en a Vo de compagnes , moyennant quoi on ohi^ prend qa'il Taccnse d'être nn mauvais gnerner^ qui a fait ses campagnes en temps de paix. Pour le dernier vers , c'est qu'apparemment M. de La Force se pique d'en faire^ et que quelque poëte à gages lui en prête ou lui en vend. La strophe qui suit celle-là et qui finit Tou- Trage est fort belle , mais par malheur elle est pillée de Racine. Si tous avez son Britannicus, vous y pourrez voir dire quelque chose de semblable à Agrippine. Au reste, je vous félicite du goût que vous me témoigtiez prendre de plus en plus pour les belles-lettres, où vous avez déjà fait de si grands progrès. J*en félicite aussi notre patrie, où il semble que toute la jeunesse sacrifie à la dive ignorance et ne s'occupe plus que du soin de boucler et de poudrer une perruque. Vous avez de grands exemples domestiques , surtout du c6té maternel, pour vous entretenir dans ces heureuses dispositions : M. le lieutenant-général Foillard, votre aïeul et le mien, M. le président Demeaux, votre oncle et mon cousin;

Ei pater JEnêas, et avunculus excitet Hector.

Vous voyez que pour un vers des Églogues de Virgile je vous en rends un de son Enéide : il n'y a rien i perdre.

Je suis sensiblement touché de la mort du pauvre André Demeaux. G'étoit entre lui et moi une liaison d'amitié, contractée depuis plus de soixante ans, sans qu'aucune froideur y eût jamais apporté d'interruptioa. Son grand âge ne me console point; il me fait craindre avec raison une prompte citation au rigoureux tribunal où il est allé comparoitre^ et où je suis si peu en état 4e:

LbTTRBS. 35x

me présenter. En attendant^ je puis vons assurer que jusqu*au jour de l'échéance du délais je serai toujours avec estime et affection^

Monsieur mon cousin^

Votre très-humble et très-obéissant serviteur y

De SiNECÉ.

Si vous pouvez par mon petit messager m'écrire un mot d'instruction sur le premier article de ma lettre, je vous en serai très-obligé.

Je salue avec respect Madame votre épouse.

A M. DE SALORNAT.

A Condemines, le a3o de novembre 17x0.

e vous renvoie. Monsieur mon cousin, les jolis ouvrages qu'il vous a plu me prêter, dont je vons rends très-hnmbles grâces; et quoique vous ne m'en ayez pas demandé mon sentiment, je ne laisserai pas de vous le dire en quatre mots. Un peu de critique exerce l'esprit et raffine le goût et j'en use ainsi pour msL propre instruction dans toutes les nouveautés qui me tombent entre les mains.

La petite comédie de Momus fabuliste m'a paru fort réjouissante, et, à mou avis, l'a encore paru davantage dûis la représentation par les agréments qu'y ont ajouté les ornements de la scène; son titre est composé d'un mot nouveau et fabriqué à plaisir. Il ne se trouve dans aucun dictionnaire. Cependant, ces termes hasardés ne laisisettt pas quelquefois de réussir, et il se peut làiie

35a LfiTTass»

qae dans la solte cet auteur aura euricki notre langue d'an tenue nouveau^ qui signifiera à rarenir un conteur ou un inventeur de fables. Le style de sa prose eslt fort léger et brillant par-ci par-là d'assez bons mots. Je ne fais pas le même jugement de ses vers^ qui n'ont rien de fort ingénieux dans Tintention et dont la versification est fort commune^ quoique je sache bien que le genre où il s'est renfermé ne demande pas de Télération ; mais il y a une espèce de noblesse^ même dans le style bas, que je ne trouve pas qu'il ait attrapée. Ses idées n'ont pas grande justesse; car qu'est-ce^ j^ vous prie, qu'un saumon tuteur d'une anguille, et quelques autres de cette nature , que je pourrois citer si je ne craignois que vous ne m'accusassiez de malignité. 11 est vrai que ces niaiseries conviennent assez à notre temps, dont je vois que l'ignorance commence beaucoup à s'emparer. Il est à craindre qu'elle ne fasse de plus grands progrès, et que, comme depuis le siècle d'Auguste le bon goût commença à décliner chez les Bomaios, on ne marque aussi quelque jour l'époque de la décadence de celui des François par le règne de Louis le Grand. Mais pour revenir à Fuzelier, il ya une chose rebattue trois ou quatre fois dans sa préface et dans Ib corps de son ouvrage, que je ne puis lui pardonner : c'est qu'il se soutient original et avance efirantément que personne avant lui ne s'étoit avisé, dans une oomédie, de faire expliquer ses acteurs par des fables, et p le soutient à la face du public, où il y a encore «ont mille personnes vivantes qui peuvent lui en ^o^^ner le démenti. 11 y a environ vingt ans qu^n auteur de Paris, nommé Boursaut, un de ceux qu'il plut à,. Despréaux de dégrader pour remplir son vers, en coipQagnie ^<^ plusieurs autres, quoiqu'il e«it du génie. et qu'il .ne sQériloit pas d'être mal trailé , €e3oui6aut d(U)cl^ ui^é

L£TTfi£S. 353

pièce de théàtro en ciiK[ actes, intitulée Ésope- à M cour y quin'étoit qu'un tissu perpétuel de fables qu^Ésope récitoit à chaque événement de sa pièce ; cette, invention, qui étoit alors nouvelle, eut beaucoup de succès. J'en ai vu deux ou trois représentations, et je crois en avoir encore un exemplaire en quelque endroit. Coniment donc Fuzelier se peut-il dire roriginal, dont il n'est même pas une trop bonne copie ?<îdr la pièce dé Boursaut étoit en cinq actes et soutenue de quelque intrigue galante, et celle de Fuzelier n'est autre cbose que ce qu'on appeloit autrefois une farce, et qui se jouoit à la suite de quelque pièce sérieuse pour délasser l'imagination du spectateur fatiguée par trop àe contention. L'auteur du Momus ne réussit pas mieux à vouloir persuader le public qu'il n'a point prétendu attaquer La Mothe ni le tourner en ridicule ; apparemment qu'il prétend se ménager pour quelque jour à venir une entrée dans l'Académie françoise, qui a fait un décret par lequel en sont exclus tous ceux qui auront écrit contre quelqu'un du corps. Mais les fables philosophiques et métaphysiques plusieurs fols rebattues, la longueur et l'ennui des morales et le plastron que Mom«5 veut se faire, si on l'attaqué, avec de belles images, désignent si sensiblement le livre de La Mothe,. ^u'on ne sauroit s'y méprendre. Il a beau lé louer dans sa préface, cela ne sert tiu'à faire ressouvenir les gens tant soit peu éclairés de ce trait des Juifs dans la passioii de Notre-Seigneur, ave Rabi, et datant ei alapas. Ce mot de latin soit-il cité avec la permission de messieurs les critiques.

Je ne serai pas si long dans l'examen de la satire. feUe m'a ébloui à la première lecture, apparemment par la malignité du cœur humain, dont moi pécheur j*ai ma petite (portion. Il n-y a rien qu'il reçoive avec

5S4 Lbttibs.

tant de oonq^alMBoe et d'avidité que les médinbeeÉ^ muVroi celles qni attaquent les geos eosstitoés eti.dPgnité et dont on croit d'ailleurs aToir un légitime sujet de se plaindre. Mais & la seconde lecture que f en ai faite, je ne Tai plus trouTée d'une si grande force;» Cette oompaiaison par où il débute, !de Démosthène et (ficéron aTec lui^ n'a point de justesse. Les deux orateurs êtoient des gens autorisés qui attaquoient pour ainsi dire tambour battant et dans la tribune aux baiangues les usurpateurs de la liberté publique. Le jugement que . jfetl IÛS| c^est que cette pièce a été composée par quelqmi jeune homme de ces convertis à la rojale, et to f#f proches qu'il fait au duc de LaForce d'avoir changé dd religion peuvent légitimement faire naître ce soup^n^ Cest à mon avis un jeune homme qui a bien fait see Iwmanités et qui sait par cœur le nom de tousilee .^frans cruels ou voluptueux dont les anciennes histoiref isnt menticHi. Mais les Basires, les Procustes^ les ?M hères, les Néions, les Galigules^ les Héliog3â)ales, left Saidanapales, etc.» reviennent si souvent sur la fioiutf que cela ennuie et aJlàdit, en sorte qu'il amoit beioift de cette excuse d'Horace : Eoc9 iUrum Crispimu «l «^ mUU smp$ tMKMUMh». D'ailleurs, il ne le faut pajji priver de la louange d'écrire avec beaucoup de len^ quoique ce soit un feu de soul^ qui jette une ilam!tne trop acre et trop puante. J'y ai trouvé des Uns de strophes trts^bien tournées, surtout dans l'endroit où il attaque la distinction que les ducs et pairs voulurent se donner sur la haute noblesse.

St oomme dM Searef saperlMi , Os méoonnoiaMiit looi les berboi La Bonroe qui les a produit!.

Et d^ms la stance suivante, où il parle aux ombres

LMTftBSi. H3

46S:Migiia6> des Tonnerre ^ des Besafremont et des

je voua vois sur le noir rivage 1 1' . '. frémir du honteux eaclarage .' cm vos nereœt sont retenus ; , P«v des noms ëgaox 3k tant d*aatrM , . .

Des noms obscnrcis par les TÔtres* On qui ne tous sont pas connus.

C'est là de la fine satire et qui n'a rien de trop mor* dànt. Il y en a encore quelques pareilles stanees , mais •n petite quantité; et à. toat prendre^ il y a dans tout l^trage un peu trop de la bile de Juyénal et pas assez dii riébnâo dieere verum de notre cher Horace. S'il est ina|^ c<nnnie Ton dit , que Tauteur ait été jeté dans la iri^ière, on lui a fait subir l'ancien supplice des paxriddes, à cela près que ce n^étoit pas dans un sac rem- |li de couleuTres> ni par l'autorité du magistrat, tl y a bien de l'apparence que l'on se soit dé&it de ce pauvre diable de quelque manière que ce puisse être, car dans le beau train où il étoit , il avoit bien encore de la ma- 6te devant lui, qu'il n'auroit pas manqué de traiter slonM en avoit laissé le loisir. Bien heureux sont ceux qui eimploient leurs talents à quelque chose de plus innbcent et de moins dangereux.

' Je suis^ avec autant d'estime que d'amitié , Monsieur mon cousin^

Votre très-humble et trèfrobâssant i3û serviteur,

Db SiaxscÈ.

"356 'LBTtfeES.

A M. DE SALORNAY. t

Le 6e de jaaaxB.iffS*

i les \m (àvil^ é^i^yat au^ sévè|:6s pour ceux qui suppesent des «uCàBts de leur imagination que contre ceux qui introduisent leurs enfants naturels daps. des.f^nplles étrangères, j'estime. Monsieur mon cousin, q|\e nous verrions faire le procès à (piaptit^ d'antçurs qui^ depuis quelques années, se sont avisés de, donner au public -des rapsodies de gazettes, à. la tète desquelles ils ont mis quelques, noms connus pour les faire valoir, et pour en faciliter le débit à rimprimeur^Je ne doute point que vos Mémoires . de Gourville ne soient de ce caractère, et voici quelquea-unes des rais94s sût quoi je me fonde ;.

t» Le style de ce livre est trivial et n'a rien du tout de ceftt^ politesse que, Gourville s^'étoit acquise par un grand usage du monde. C'étoit un des .hommes .de France aussi bien disant, comme i'ai pu le remarquer par quelques conversations qu^ j*ai euçs avec lui, et qui semoit toujours du sel et.djB la gaieté daQstout ce qu'il traitoitj; même dans les a^fajrés les plus sérieuses. Le style de son prétendu livr^ est.ext^èmeioent sec et dép^ de.to.ua ornements- . .

io Le caractère n'y est point uniforme ni soutenu. Tantôt vous y voy^z Gourville entreprenant et brave jusqu'à la témérité, allant au feu comme un dragon et entreprenant jusqu'à vouloir enlever M. le coadjuteur

X. Cette lettre V en partie rongée , m'a paru devoir être publiée néanmoins, k cause de la dissertation critique qui s'y trouve.

LlTVVBSb 3^7

lii fteteiaBiadliett dis Paaâtr où( à» ptélMfalseit alon la pluie et lc> beau tempe. Et dans la suite vous le trouves caché: dans une grange à' la bataille de Sénef et y attendra paisibkmsDt (à la garde desiprisonniets que I^slo iion fat tevÈainôe pour aller voir c ({u'étoitideveiia M. le prince.

30 On le représenta autant inégal dans' ses. libéral dans sa bravotarei Cet hoiome, qai remet gra k M. Du PJessis une pU'

et une de eent et' tant boiBoie qui ne veut de^ M . le prinee un <leg Ce même homme nous qu'ilàmtmis à k' neveux et petits dix n'étoitpas là'

4<» L'auteur de ce livre a bien fait de n'y pas mêler beaucoup â/ôpisodee. Il n'y en a qu'un seul , qui est celui des amours de TAnglade et de madame^de Saint- Loup, qui est à mon gré la dïose la plùs^ ffoide et la rphis taaX écrite qui se puisse- lire, et qui cependant aureit pu fournir matière à s^égayer^

50 La vanité qui y règne partout' ne me paroH point •du style de Gtouirville, que J'ai connu pour un homme 7fDTt inçdesflê. Pans ses prétendus Mémoires, vous le vQyes f amitier avec le roi jusqu'à le voir pisser dans une écuyetie, gouvernant tous les ministres avec ascendant. Dès qu^il'pardt en Angleterre, le voilà dans la .conâdènce du. roi Charles second. A la Haye^ il entre .dans tous les conseils du prince d'Orange. C'est lui qui esiie médiateur. de la secrète liaison entre l'Angleterre et la HûUaude; c'est lui qui donne le premier branle ;àJaruinedlipe)oiâiQnAairede Wdtt; c'estt lui qui donne le toaii^le à toutes les délibératt<Hii8idala.ooat desJprloees

351 Lbttkbs*

de Bronswlk, gd doniinê dMU oelle da «oiif^il^^ FUndres , qui redresse la reine de Snède satlaiiimi nenrs qu'elle devoU rendre aux prineeeses da sang 4^ Franoe. En rente, en voilà trop pour nn homme de wm Moffe, et si on ne faisoit dire tont cela à GoorvUto', |o snis persuadé qu'il n^anroit jamais eu Feffironterie 4b nous le dire lui-même si cr&ment.

&> U y a encore une chose qui me paroU conTatacail» pour me faire juger que Gourrille n'a point écdt eea Mémoires. C'est qu'on s'y sert de certaines f^ons de^ parler précieuses que l'amour de la nonyeauté intvpdi^ de temps à autre dans notre langue, et qui n'ont, mi-lt jour de plus de vingt ans après la mort.de l'auteur pp^ tendu. En voici une entre plusieurs autres. .Partout,<)4 alloit le Gourrille des Mémoires, les seigneur»! W princes, lui faisoient heauoonp de politesses. Ilr^èb» cela en plusieurs endroits. Dites-moi, je tous prie« o$ que c'est que taire de la politesse à quelqu'un. Qu'ap»-; .pelle-^on pojàttae ? C'est une conduite honnête et giap cieuse dans les moeurs et dans l'entretien^ dont atL vm avec les gens qne l'on veut obliger. On ne peut don^or pas dire, pour parler juste, qu'on fait de la politeesQ l'on veut honorer. C'est une qualité inhérente, et^qnî'

. On peut. f<M:t hien dire qu'on itodui qui ia reçoit n'm ponrroit traiter un sot, eâ eut fait de la politesse. faits centre la Tenté, qni t qui étoit paifsdtemittt:^ autees, qui sautent aaïf!

dit ton auteur tôute^ une maladie dangeraoes^ dû roi d'Espagne encore enlsait, de faire élire pour roi de cette nati<m. Monsieur, frère unique du roi; grande

LÉTTRBSw Sig

CiitNIïiÉie pour rm si simple homme d'atfaires que M. lé pi^Ge; Remarquez en passant que ce zèle ne lui dura itëte\ et qu'en un autre endroit il propose Tan des fis du dtté de Bavière. Mais , pour revenir à Monsieur, il dit en deux ou trois mots qu'on Tappeloit alors le due d'Anjou.' G6là se passoit en soixante et dix. Sur quoi il est à remarquer qu'il y avoit dix ou douze ans que Moniteur étoit duc d*Orléans par la mort de Gaston de Vtsoice^ son oncle ^arrivée en cinquante-neuf, auquel temps, ou peu après, le roi avoit changé l'apanage ée monsieur son frère^ ce que Gourville n'auroit pas dû Ij^orer.

-W II esa est de même de ce qu'on lui fait dire que édâûA la dernière maladie de M. le prince il envoya des celais en toute diligence pour amener le père Deschamps pour l'assister à la mort. Ce fut le père Bourdaloue qui fit cette fonction, et j'ai vu toute la cour lui faire compliment sur ce sujet.

^ Ge qu'il y a de meilleur dans ces Mémoires^ ce sent ^elques remarques qu'il fait sur les mœurs des Espagnols. Mais par maUieur ce n'est qu'une copie qu'il fkit mot à mot des Mémoires de madame d*Âunoy et d'un conseiller du parlement qui nous a laissé une relation fort ingémeuse d'un voyage quil fit en Espagfié dans le temps des conférences pour la paix et le lâariage, en 1659.

Par ces Taisons^ et autres à suppléer de droit, je condus que ces Mémoires sont un livre apocryphe ; que, tant par son style que par son peu d'exactitude et la petitesse dé son sujet, il ne mérite aucune considération, ^ qa% doit être mis au rang de celui que Catulle iMÉiInoit ^.

,,.v- "• nX. -b -

4nmU9 VjoIuH, câeatâ chatta.

ai jamais >e p»rvîen6>àébre Qaide d«kSeeiiia, i^lîàwt^i boa règlemeot cootre cea ULosions que Ton &ût a ;."'* et j 'ordoBnerai (pie sous peiae d'wie grosse dm de ooDflscation d'exempt ^^^

puisse mettre HH nom d'à qne snr l'autographe,

quele Uyre yéritskb f

que cela arrire, et m ' ' '^.

Monûeur mon c J'ai mie mon apporobation ;';^

au Imb de la Fayonn ^ ^

A M. DIE SALORNAY. s

f/e »• d'wnrll 17 »6. l-

i i^avois quelque crédit à la cour^ Monsiè!»' i mon cousin, je tàcberois d'en -obtenir une?

lettre de eacbyet pour vous commander éé^ garder votre logis pour prison^ au mo^'pendant vingt-quatre heures, car à moins dè^tarje^' désespère de vous trouver chez vous« après tant de teiî^'^ tatives inutiles. J'y fus encore hier pour vous reporter ^vos livfes de Réflexions sur la poésie et la peinture^ ^ par M. du Bos, et pour m'en entretenir avec vous; iî^^ détiftUt d'avoir pu vous rencontrer^ je vous en dirai ieî^ mon sentiment en quatre mots. C'est là ce qui s'appéfUF un bon livre, et il seroit à souhaiter que tant d'autres'^ qui occupent inutilement le tempâ, et dont par malheur^ ^ on ne connoit le peu de mérite qu'après l'avoir intHiié^ ment consumé aies lire, fussent de ce caractère. Il est rempli d'érudition et brillant de pensées assez neuves^ chose à quoi l'on court volontiers et q^e l^<m attpape assez

rarement. 11 anioit été meilleur, à mon avis^ s'il avoit été moins gros^ et la moitié du premier yoliime se pou- Toit retrancher sans que le lecteur y eût beaucoup perdu; car ce sont des efforts qu'il se fait pour tirer de Fobscurité le goût de la musique et de la danse des anciens^ pays où l'on ne marche qu*à tâtons et dont les écrits qui nous restent donnent peu d'intelligence. J'en ai rm traité fait exprès par le fameux Boéce^ que le roi Théodoric fit mourir^ dans lequel je ne comprends rien. Il faut que ce soit ma faute et que je ne sois pas assez instruit dans l'algèbre et la géométrie , d'où il parolt que ses principes sont tirés. Cependant Lully ou Gamprat, qui ne savoient ni géométrie ni algèbre^ n'ont pas laissé de faire de bonne musique, et pour plaire, à mon avis, elle dépend plus du génie et de la nature que des règles. Pour revenir à YOtre auteur, son livre m'a fait beaucoup de plaisir, et la seconde partie plus que la première, ce qui lui fait d'autant plus d'honneur^ pw:e qu'U y a beaucoup plus du sien. Le style en est bon et fort châtié, à certains mots près, qu'il affecte et qu'il répète. Cest assez le goût du temps de rechercher des tonnes à la mode : cela n'est pas tout à fait vicieux; mais il y faut de la sobriété jusqu'à ce que ces termes aient aèquis incontestablement le droit de bourgeoisie, car, en cherchant d'enrichir sa diction , il se trouve dans quelques années qu'on l'a défigurée , quand ces iqots sont tombés, qui n'étoient soutenus que par l'agrément d'être sortis de quelque belle bouche. Quand vous aiirez de semblables présents à me faire pour me renouveler un peu, je vous en serai fort obligé. Je suis , Monsieur mon cousin ,

Votre très^humble serviteur, Db Sénbcé.

ft4

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AMADAMp: DE BfLLQCQ.

A Mftcon, Ifl 6e de. Juillet 1716.

e suis perraadé^ BCadame, qne pur mon long silence vous aurez eu lien de croire on que je suis mort^ ou que je suis le plijis lng?*at devions les hommes. Je ne suis cependant ni l'un ni l'autre : je n*eus jamais plus de santé que celle dont je jouis présentement^ et jamaiâ aucun coeur ne' fut plus reconnpissant que le mien , ni plus pénétré de toutes les bontés que vous continuez de me témoi» gner depuis si longtemps. Pour excuser en quelque manière mon procédé , il faut reprendre la chose de plus haut et vous dire que^ qoand vous me fites Thooneur de in'écrire que tous me conseilliez de m'adre^ser à H; Paris^ secrétaire des commandements de la reine,, pour lui demander la grâce de m'assister de sou cr^ pour être pa^é de la gratification que le roi m'avoil acoordée l'année dernière , je n'étois phis en éta;t .dé le * faife. J'avois enroyé mou ordonnance à monseigifeûr de Préjus en lui écrivant ^e, puisque j'avoiâ obtenu cette ^ee par son crédit; je me ftatljois qu'il voudroit bien la faire valoir dans toute son étehdue, et que si c6 même crédit me manquoit en si beau chemin^ je cour^ roisiisque de n*en retirer jamais aucun avantag^^ ou qu'il viendroit si tard que je^n'aurois, pas assez de vie pour en profiter.- Ma confiance ne fut point trompa , et le prélat me. manda qu'il^prendroit sein de mon' affaire, quand la conjoncture se trouveroit, favorable: Cette' oonjoncture a d^oeuré troiâ^ou quatre mois à se pré» senter; elle est enfin Venue. Monseigneur de Fréjus fit recevoir mes deniers par son mteodant, et me les a fait

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toucher sans frais ^ partie sur ses^ fermiers dei'&bbaye de Toumus, qui n'est qu'à cinq petites. lieues de OQtte ville, et le"^ reste. par un rescrit sur le receveur ^des tailles* Dans toute cette sollicitation, cinq ou six mois se sont écoulés /et il n'y a que huit jours que j*ai été achevé de payer. Je n'ai point voulu vous écrire, Madame, que je ne fusse assuré de mon fait^ crainte que, si je n'avois pas contentement, vous ne fussiez en droit de me faire des reproches de ce que je n'ai pas suivi votre conseil. Voilà le récit sincère de toute cette petite affairé, qui s'est heureusement terminée. pour moi. J'ai payé nies dettes de cet argeùt, et je me trouve présentement en état de jouir en paix du peu de hien qui me reste, autant de temps qu'il plaira au seigneur de me laisser sur la terre.

Pour y parvenir avec plus de C(«uaiodité, ayant fait réflexion que j'étois «[ans un âge trop avancé. pour me donner-lë BbiD d'éconoinéJr des hiéns de campagne, j'ai pris le parti de' mettre materre en ferme et de me retirer entièrement à- ia ville. Je: l'ai assez bieri àiiïodiée et à de très -bons femifôrs, et j^i loué une ùiàiison qui n'est ni ville ni campagne, et qui est tous les deux ensemble. Elle est petite, mais commode, isolée, trèsclaire et (sotoyôe de deux jolis jardins (Juî'èn ttépetident. Elle est toute seule dans une grande .place qui est enviroimée de trois couvents, des Jacobins, des Gapneins et des Carmélites; de manière que je suis là comme dans nn petit hermitage, où mes amis ne laissent pas de me venir voir quelquefois, et où, quand il me pluh d'en sortir, je n'ai qu'à faire- detK-ceïltB'^pœsf pouriÉe trouver dans le cœur de la ville. Je ne profite pourtant pas souvent de cette commodité, et je suis souvent des huit jours entiers sans sortir de chez moi que pour- aller à l'église, dont j'ai à«hjoisir de trois oU quatre, na'occu-

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pant fort agréablement et sans ennui de mes jàr^Ài^ et de mes livres, sans oublier les muses, avec lesqnèiUejl j'ai toijjonrs qnelipe petit entretien; car qaan4 JV^ fois on est frappé de cette agréable folie, on peiU s'à«snrer d'en tenir pour le reste de ses jours, et de moiiriic, pour ainsi dire, en rimant. Si je tous connoissoi^ galant de goût pour la poésie qu'en avoit feu votre époax« mon cher ami, je vous envoyerois quelque fruit de mojx loisir; mais du moins je vais ici tous transcrire le coiiftpliment que j'ai fait à mon patron sur les derniers mouvements de la cour ; il est du temps, il est ^j^

A MONSEIGNEUR DE FBÉJUS.

u d^Âpollon U Inmitee n*efft daifé Sur l'Avenir, ou vona elBiceréB ' Armand et Jnle, à qui le miAlrtète A fut des noma al grande, ai iffiréê.

Se«l hMàet voua aacea de tour glolm,

D9 tewa ddftwti ftane et dé^aRaaad;

Car fat l'on d'eux, «a r^^pcvt de TlUatoire, .

Vlndit^tif t et ravtre intéressé.

Or, en denz pointa, ^ni ne font qiiékpa pelndi Voua aurpaases cea fiuneox devanders ; L'un, c*est l'édat de la pourpre romaine, * létaittt est le rang des ministres premiera.

Povr eelni-el , Lonis peut à tonte taeve

Vons honorer d'nn nom si respecté.

Qa*lmporte, an fond , si, sans titre, en demeure

Par derera Toos tonte ra«toritël .. -'J

<)ttant au aurplua, bien seroit Borne ingrate J>ë n'envoyer au Jeune successeur t>n vlenz Pépin , ce large donateur, Pour aon Mentor twrrette d'écarlate.

LSTTBBS. 36l)f

^près cela. Madame, vous ne me ferez p^is Jurer que |S:n'àie ressenti beaucoup de joie de rélévation de mon ^oteeteur. Si j'avoîs trente ans de moins, cet événe- 4Éiént réveilleroit dans mon cœur quelque étincelle ^dfambltion ;mais il faudroit être fou pour songer à cou- ^ après les emplois à Tàge où je suis de quatre-vingt- 1^is ans. Dans cette situation, on ne doit plus songer ija'à Yivre tranquillement et à mourir en chrétien iquaud rheure en sera venue. Peut-être que là source liés grâces ue me sera pas fermée, si je m'en trouve "dans le besoin; mais je puis vous assurer qu'à moinJB 'd'une pressante nécessité, je ne me rendrai pas importun.

U ne me reste qu'àvous demander de vos nouyelles ; en premier lieu de votre santé, ensuite de vos affaires, et si la petite pension vous est continuée. Je. serai ravi encore d'apprendre quelque chose de la destinée de M. et de M"'* de Bécel. Sont-ils toujours insulaires, et la cour nVtreile rien fait de plus pour eux? Ce rétablissement 4e M. Le Blaifc m'en fait bien espérer. C'est une ancienne connoissance, un bomme généreux et bienfaisant. Sa justification a été une joie publique, et la mienne en a été très-grande par rapport à vous. Si après cela T4)tre loisir et votre commodité vous le permettent, ce me sera une grande satisfaction si vous me voulez apprendre quelques nouvelles du temps. Nous ne les savons ici que par des bruits confus qui ne nous les rapportent que comme lés objets que l'on envisage au travers des verres colorés qui en changent toute l'apparence. Je sais bien que les gens de la cour sont très-réservés à débiter ce qui s'y passe, mais je crois que vous me faites la justice de ne pas soupçonner ma fidélité .. et que vous ne doutez pas que » dans une si

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longae Yîe» je n'aie appris à user discrètement de ce que Ton me confie. ^

Je prie bieu^ Madame, du plus profond de înoti eostËr, qu'il lui plaise vous accorder une vie aussi longue ^^^ la mienne,- aussi exempte, de maladies et de cba^ng èi comblée des' faveurs de la cour^ et surtout des grâces d'en haut. C'est ce que ne cessera point > pendant qu'il Tirra^ de demander pour tous à Sa divine Blajesté^ Madame , . . Votre très-humble et très-obéis&âni serviteur,

De SijRjECÉ.

Si .vous voyez quelqiiefois.M. Mesoavd) jerv^asprie de lui dire que je ne perdrai jamais- 1er soaveiur 4es obligations que je.lui au 11 m'a Isdtrhoaaeur de m'é- 'Crire trois ou quatre lettres des plus p(dies et dea^^kis spirituelles , et il m'a rendu tous les semces qu'il' a pu. Je crois que. je dois à votre recommandation toutes ces honnêtetés.

'Fw.ws (fifffiBftPOitBOia».

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