NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXV
tien de connaître? Nous avons épuisé toutes les jouissances de l'esprit, et qui oserait dire qu*après tant de négations nous soyons complètement heureux? La science ne nous montre partout que phénomènes ou lois invariables; mais si tout est aveugle, fatal dans la nature, si nos efforts ne peuvent changer un iota à la loi immuable des choses, si le ciel est désert et Tinvocation au Père céleste sans écho, à quoi bon agir et même à quoi bon vivre? La résignation, telle est la suprême consolation que Ton nous offre, mais cette consolation est une duperie que le cœur humain n'accepte pas.
Pas plus que la philosophie, la science positive n*a répondu à nos doutes. Après la banqueroute de la métaphysique, nous Pavons crue en vain capable de nous rendre le repos que nous avions perdu... Étrange contradiction de notre temps! A mesure que nos connaissances deviennent plus complètes, nos méthodes plus précises, que la science, flère de ses services, afOrme son avenir, nous sentons toute une partie de nous-mêmes qui lui échappe. En éliminant le surnaturel, le divin, de la pensée, elle devient de moins en moins capable de satisfaire ce besoin d'idéal qui s*agite au fond de nos âmes. Elle perd sur rhomme Tempire qu'elle prend sur Tunivers. Qu'oa le veuille ou non, l'éternel au delà pèse sur nous. L'homme sera toujours en souffrance de l'infini. Toute doctrine qui n'apportera pas avec elle de solution sur l'origine des choses et notre destinée n'exercera qu'une influence passagère. Ceux qui rêvent une société fondée sur la science connaissent bien peu le cœur humain. La science a beau fermer en nous toutes les issues du mysticisme, il y a toujours une échappée par où l'âme remonte vers le ciel.
Il faut croire ! — Ce dernier mot tombé des lèvres de Grousset eût bien été la conclusion de son œuvre. Ce qu'il eût représenté au milieu de nous, c'est la réaction de la croyance affirmant contre l'esprit positif ses droits à se rendre compte de l'inconnu et sa puissance à le connaître. Oui, pour lui, la réalité fut profondément triste. Il ne crut pas un instant que la science des faits pût assurer notre bonheur, et c'est ailleurs, dans les régions plus sereines de l'art, de la poésie, de la religion, qu'il