XXXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE
vivait sans ambition. Les grandes forces sociales lui faisaient peur, tant il se sentait impuissant à leur résister et incapable de les conduire. Par là, son œuvre n*eût jamais été Técho des passions ou des rancunes. J'imagine volontiers qu'il eût vécu à réoart sous son ciel bleu du bas Languedoc, dans quelque désert peuplé d'oliviers gris et fermé au loin par les lijgrnes bleues des montagnes. Ce fût là qu'il eût rêvé, se regardant, nous re« gardant vivre et laissant sans regret le tissu de l'histoire se faire par d'autres mains. Son œuvre poétique eût été avant tout l'expression de ses sentiments, la confession de son idéal.
Mais cette œuvre de spéculatif n'eût pas été sans résultats. Si personnel qu'il soit, le poète ou l'écrivain subit toujours l'influence de son temps. En lui viennent s'unir les aspirations, les regrets d'une époque, et ce sont ces sentiments, mêlés aux siens, qu'il nous rend sous la forme personnelle que son génie leur donne. Chez Grousset, le plaisir de penser ne fut pas égoïste. Ce fut une crise douloureuse qui éveilla sa réflexion, et le souvenir de ce qu'il eut à souffrir lui inspira une immense sympathie pour ceux qui souCTrent et le désir de leur faire partager son repos.
Ce repos qu'il a conquis, c'est bien là le cri de nos âmes ! Dans le domaine des intérêts comme dans celui de la pensée, fut-il jamais anarchie plus grande ! Que de ruines depuis cent ans ! Las d'être dirigé, Tesprit moderne a secoué ses ailes et a cherché par lui-même en dehors de la religion cette certitude que la religion ne lui donnait plus. Nous avons cru d'abord que la raison philosophique suffirait à nous conduire, et il s'est trouvé que cette raison s'est égarée dans des contradictions sans issue. Le scepticisme métaphysique de la dernière moitié du xix^ siècle n'est que la conclusion du scepticisme religieux. Voici que maintenant, sur les ruines de la philosophie, grandit chaque jour la science positive, et elle seule aspire à satisfaire la conscience humaine. Nous ne prétendons plus croire qu'à l'évidence des faits et nous ne cherchons notre repos que dans la connaissance de la nature et de la vie...
Mais quoi? La science nous consolera-t-elle des idées perdues, et le sacrifice du bonheur de croire est-il payé par la satisfac*