‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 45 sur 165 · JEUNESSES ÉTERNELLES · texte numérisé non relu

JEUNESSES ÉTERNELLES

Tandis que chaque jour la mèro Voit rhomme uaitre de Tenfant, Et passer la grâce éphémère Du tout petit, qui se fait grand,

Elle réserve en sa tendresse Une place à Fainé — qui dort Dans rimpérissable jeunesse Des berceaux touchés par la mort.

Oh ! celui-là, celui qu'elle aime Sans parler de lui jamais plus, Il restera toujours le même, Souriant aux ans révolus.

L*àge qui nous vieillit ne change Rien à ses premiers dix-huit mois; Il conserve encor, le pauvre ange.

Ses Gns cheveux blonds d'autrefois.

Au fond du souvenir fidèle Il demeure candide et beau, Et celte innocence éternelle Se consacre dans le tombeau.

Douce au corps frêle qui repose, Une aube immuable a jeté Plus de roses sur son front rose Et dans ses yeux plus de clarté.

Les autres fils savent à peine Le nom de ce frère inconnu, Et quelle est la course lointaine Dont il n'est jamais revenu.

Eux sont fiers de croître si vite.

Leur hochet d'argent s'est cassé, Leur robe neuve est trop petite.

Rien ne survit de leur passé.

Mais en haut de Farmoire antique Qu'embaume Thonnéte parfum De la lavande domestique Sont les reliques du défunt.

Leur cachette d'ombre odorante, Loin de la poussière et du jour, Les garde comme dans l'attente Infatigable du retour

Et parfois — devenue aïeule — La mère qui marche en tremblant Monte à la chambre toute seule.

Pour voir les choses de l'enfant.

Page 1