‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 46 sur 165 · JEUNESSES ÉTERNELLES · texte numérisé non relu

JEUNESSES ÉTERNELLES

Elle prend dans ses mains jaunies Le manteau blanc garni de bleu, Les joujoux aux couleurs ternies, Et les rubans fanés un peu.

Et puis, songeuse et sans rien dire, Admirant son premier bonnet, Grand'mère s*est mise à sourire  celui que nul ne connaît,

A ces doux yeux, fleurs moissonnées, A l'absent qui ne vieillit pas Et qui, depuis cinquante années, Lui tend toujours ses petits bras.

Naples, novembre 1883.

sous LES PINS

Sous les grands pins la mousse est verte, Il fait sombre un peu, Tair est frais, Et Tallée obscure et déserte A de mystérieux retraits.

Les hautes cimes que balance Un dont vent qui ne finit pas, Le^ hautes cimes en cadence Frissonnent et chantent tout bas.

Les larmes de sève dorée

Coulent des vieux troncs entr*ouverts,

Et la résine évaporée

S*exhale en parfums dans les airs;

On respire à pleine poitrine Sa chaude et salubre senteur, Où se mêle la note fine Des champs de bruyères en fleur.

i8 POÉSIES

Çà et là filtre en clarté douce Un rayon discret de soleil, Et gaiement on voit sur la mousse Courir des flaques de vermeil,

Et puis une brume légère Baignant les contours amollis, Idéalise le mystère Des lointains doucement pâlis.

Là-bas, vers le bout de la route Où parfois un faon curieux Passe, s'arrête et vous écoute Fixant sur vous ses deux grands yeux.

Nous irons sur la mousse verte, Il fait sombre un peu, Tair est frais^ Et l'allée obscure et déserte A de mystérieux retraits*

Page 1