‹ Œuvres posthumesChapitre 31 sur 39 · LE VENGEUR · texte numérisé non relu

LE VENGEUR

II insista :

— Là, vraiment, avoue-le. II avait si bien ^une tête de cocu, cet animal-Ià! Ce serait si drole, si drôle! Ce bon Souris. Voyons, voyons, ma chérie, tu peux bien me dire ça, à moi, à moi, surtout.

II insistait sur «à moiw, pensant bien que si elle avait eu quelque goût pour tromper Souris, c'est avec lui, Leuillet, qu'elle l'aurait fait; et il frémissait de plaisir dans l'attente de cet aveu, sûr que si elle n'avait pas été la femme vertueuse qu'elle était, il l'aurait obtenue alors.

Mais elle ne répondait pas, riant toujours comme au souvenir d'une chose infiniment comique.

Leuillet, à son tour, se mit à rire à cette pensée qu'il aurait pu faire Souris cocu! Quel bon tour! Quelle belle farce ! Ah, oui, la bonne farce, vraiment !

Il balbutiait, tout secoué par sa joie :

— Ce pauvre Souris, ce pauvre Souris, ah, oui, il en avait la tête; ah, oui, ah, oui!

M"® Leuillet maintenant se tordait sous les draps, riant à pleurer, poussant presque des cris. Et Leuillet répétait :

— Allons, avoue-le, avoue-le. Sois franche. Tu comprends bien que cane peut pas m'être désagréable , à moi.

Alors elle balbutia, en étouffant :

— Oui, oui.

Son mari msistait :

— Oui, quoi? voyons, dis tout.

Elle ne rit plus que d'une façon discrète et, haussant la bouche jusqu'aux oreilles de Leuillet qui s'attendait à une agréable confidence, elle murmura :

— Oui. . . je l'ai trompé.

II sentit un frisson de glace qui lui courut jusque dans les os, et bredouilla, éperdu :

iSo ŒUVRES POSTHUMES.

— Tu... tu... l'as... trompé... tout à fait?

Elle crut encore qu'il trouvait la chose infiniment plaisante et répondit :

— Oui... tout à fait... tout à fait.

Il fut obligé de s'asseoir dans le lit tant il se sentit saisi, la respiration coupée, bouleversé comme s'il venait d'apprendre qu'il était lui-même cocu.

Il ne dit rien d'abord; puis, au bout de quelques secondes, il prononça simplement :

— Ah!

Elle avait aussi cessé de rire, comprenant trop tard sa faute.

Leuillet, enfin, demanda :

— Et avec qui?

Elle demeura muette, cherchant une argumentation. II reprit :

— Avec qui?

Elle dit enfin :

— Avec un jeune homme.

II se tourna vers elle brusquement, et, d'une voix sèche :

— Je pense bien que ce n'est pas avec une cuisinière. Je te demande quel jeune homme, entends-tu?

Elle ne répondit rien. Il saisit le drap dont elle se couvrait la tète et le rejeta au milieu du lit, répétant :

— Je veux savoir avec quel jeune homme, entendstu?

Alors elle prononça péniblement :

— Je voulais rire.

Mais il frémissait de colère :

— Quoi? Comment? Tu voulais rire? Tu te moquais de moi, alors? Mais je ne me paye pas de ces défaites-là, entends-tu ? Je te demande le nom du jeune homme?

Elle ne répondit pas, demeurant sur le dos, immobile.

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