APRÈS LA BATAILLE S
Le gouvernement réuni aux maires (j'étais encore au mont Valérien, donnant une direction aux troupes, aux ambulances et aux services hospitaliers qui affluaient) décidait que ma disparition, comme directeur des opérations militaires, était la grande nécessité du moment;
Que Paris avait devant la France l'impérieux devoir de renouveler l'effort qui venait d'échouer, sous un autre chef militaire dont le choix serait l'objet d'une délibération spéciale ;
Que mon remplacement dans le commandement donnerait satisfaction à un intérêt très pressant, celui de conjurer les mouvements populaires qui semblaient à la veille d'éclater dans Paris.
Qu'on ne me fasse pas le tort, en lisant ce récit, de croire qu'informé de ces dispositions, j'eusse l'ombre d'un sentiment d'amertume contre le gouvernement de la Défense aux prises avec les périls et les responsabilités qui l'accablaient. La situation, — angoisses patriotiques, fureurs démagogiques, redoublement, du bombardement de Paris , famine , — était effrayante et faite pour troubler les âmes les plus fermes. Je jugeais, je juge encore, que le gouvernement aux abois ne pouvait, quoi qu'il en eût, agir mieux ni autrement qu'il agissait.
Des généraux furent appelés, et, quand gouvernants et maires se furent heurtés à leurs négations unanimes au sujet des projets de bataille en cours, des colonels, des lieutenants -colonels, des chefs de bataillon remplacèrent les généraux pour cette étonnante consultation. Même attitude négative, avec cette aggravation que quelques-uns de ces officiers firent, paraît-il, à leurs consultants la déclaration que toute portion de l'armée de Paris qui par miracle
percerait en quelque point les lignes allemandes serait vouée, à dater du lendemain, à une destruction certaine.
En dehors du gouvernement, la conception de la sortie torrentielle reparut. Les vaillants adjuraient la république de confier au génie patriotique du peuple la mission de délivrance dont étaient incapables les généraux de l'empire.
Révoqué de mon commandement.
Revenu du mont Valérien où ma présence n'était plus utile, j'étais convié à m'expliquer sur la situation militaire et sur mes intentions personnelles. Très nettement, j'exposais à l'assemblée formée des membres du gouvernement et des maires , que la situation militaire était perdue et que je me refusais formellement à assumer la responsabilité de tout engagement nouveau qui serait une tuerie sans but militairement justifiable.
A cette déclaration répondaient, du côté des maires, des exclamations qui me mirent immédiatement et personnellement en cause. Quelques-uns (les modérés), avec une déférence parfaite, quelques autres (les avancés), avec un sentiment d'hostilité caractérisée, me dirent, les uns, qu'il semblait difficile, les 'autres, qu'il était impossible, que dans les conditions que je venais d'exprimer, le commandement militaire ne changeât pas de mains. Gomme précédemment, les maires anarchistes s'étaient abstenus de paraître à cette conférence où MM. Tirard et Clemenceau furent, comme toujours, mes opposants déclarés.
À tous je répondais que personne n'était plus pénétré que moi de la nécessité du changement qu'ils souhaitaient