‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 108 sur 148 · RÉVOQUÉ DE MON COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

RÉVOQUÉ DE MON COMMANDEMENT

ou réclamaient; que je me refusais absolument, dans une pensée de devoir public et dans une préoccupation de dignité personnelle, à donner ma démission, mais que j'étais prêt à la recevoir d'une décision du gouvernement.

Cette décision rendue, les embarras, la perplexité du gouvernement n'en étaient pas diminués. Et d'abord, quel était le successeur qu'il convenait de me donner? Le général Le Flô, ministre de la guerre, à qui semblait devoir revenir ce déplorable héritage que lui offrait l'unanimité du conseil, le refusait formellement. Ce fut l'ex- gouverneur de Paris, ex -commandant en chef, qui intervint pour fixer les incertitudes gouvernementales.

Par des raisons que je n'ai pas à dire ici, je jugeais que le général Vinoy était, entre tous les divisionnaires de l'armée de Paris, le seul qui voulût accepter un tel mandat. Il était leur doyen. M. Jules Favre, qui considérait sa retraite fameuse de Mézières , au début de la guerre , comme un acte militaire révélateur des plus hautes facultés de commandement, appuya très vivement l'avis que je donnais de le bombarder mon successeur. Il le fut.

C'est au milieu même de cette crise (21-22 janvier) que le gouvernement fut comme achevé par deux entreprises démagogiques à main armée, dont j'ai déjà parlé : l'enlèvement de Flourens et de quelques dangereux sectaires détenus avec lui à Mazas, et V attaque de V Hôtel de Ville par les anarchistes de Sapia !

Je garde la présidence.

J'étais résolu à . disparaître , et cette résolution était logique, car je n'avais accepté au 4 septembre le mandat de la présidence que pour assurer au gouvernement de la Défense nationale, devant l'invasion, le concours de l'armée. Mon rôle de président, qui n'avait guère été que nominal, finissait avec mon rôle de commandant d'armée, le seul qui eût été effectif. Je gardais pourtant le premier, si dépourvu d'autorité et d'utilité qu'il fût désormais, cédant moins aux instances, qui me touchaient peu, de mes collègues en gouvernement, qu'à la pensée de la détresse où étaient le pays et Paris.

Il me semblait que l'honneur m'obligeait à rester lié jusqu'à la fin de la tempête aux solidarités, aux responsabilités que j'avais, dès son commencement, librement assumées. Et puis, le dirai-je , au sacrifice d'amour-propre que je croyais faire en gardant la présidence après ma révocation, s'ajoutait celui-là, que j'en avais naguère refusé le traitement, que je n'avais plus celui de commandant en chef, gouverneur de Paris, qu'ainsi c'était dans des conditions de gratuité, non plus relative comme autrefois, mais absolue, que j'allais exercer le semblant de pouvoir que je consentais à retenir. Gela me soulageait.

Préliminaires des négociations à Versailles.

Si ma situation devenait secondaire, elle me laissait beaucoup plus de liberté d'esprit. Dégagé des travaux et des soucis du commandement, je m'appliquais plus assidûment aux devoirs du gouvernement. De tous, le plus important et le plus pressant à mes yeux, c'était de faire préva-

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