‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 120 sur 148 · UNE LETTRE DE S. A. LE COMTE DE PARIS · texte numérisé non relu

UNE LETTRE DE S. A. LE COMTE DE PARIS

« lesquels les plus dures épreuves n'ont fait que prouver « l'union des citoyens et leur commun désir de se dévouer « à la cause nationale. Tous ont répondu à l'appel du gou- « vernement qui , par sa persévérance , a su si bien mériter <r le nom qu'il s'était donné. Tous les services ont été <r acceptés sans distinction d'opinions ou de situations police tiques. Les étrangers de bonne volonté ont été admis « à côté des nationaux. Les rangs de l'armée française se « sont ouverts à tous ceux qui avaient déjà fait la guerre « à un titre quelconque, et, en particulier, à ceux qui, « comme moi, ont combattu pour la liberté sous les dra- « peaux de la république américaine.

« Aujourd'hui la France, animée d'une seule pensée, « demande à ses enfants un nouvel et suprême effort. Dans « un pareil moment, ce serait jeter un doute injuste et « cruel sur la loyauté d'un citoyen que de lui interdire « de chercher une place parmi les défenseurs de la patrie.

« C'est cette interdiction, prononcée dans des circon- « stances différentes et que la délégation du gouvernement « ne s'est pas crue autorisée à lever jusqu'à présent, que ce je viens vous demander de faire cesser. Je ne puis au- « jourd'hui croire à un refus.

« Recevez, général, avec les vœux d'un Parisien pour « le succès des armées qui, sous votre conduite, protègent « sa ville natale, l'assurance de ma haute considération.

« Louis -Philippe d'Orléans. j>

« Le 27 décembre 1870. »

Il est sûr que la présence à Paris des princes d'Orléans, après la révolution du 4 septembre et pendant le siège , eût été pleine de périls pour eux et pour le gouvernement. Il lui était interdit d'accéder à leur vœu.

En province, la situation était absolument différente. La

délégation de Tours, qui appelait Garibaldi en France et refusait le concours des princes français à l'heure la plus critique de cette guerre, se montrait plus préoccupée de politique républicaine que des intérêts de la Défense nationale. Cet étroit esprit d'exclusion a prévalu dans le parti républicain, ruiné la tradition libérale, et il est Tune des causes les plus effectives de l'irréparable désordre où est aujourd'hui (1888) notre pays.

Je joins ici la réponse qu'au premier moment de calme relatif, je faisais à ce ferme, logique et touchant appel du comte de Paris :

« Monseigneur,

« C'est le 31 janvier seulement, trois jours après la rod- « dition de Paris, que je recevais la lettre de Votre Altesse « portant la date du 27 décembre. Depuis et jusqu'à ce « jour, où j'ai été relevé de ma fonction présidentielle par « M. Thiers, j'ai été aux prises avec des difficultés que « vous avez pu juger par la lecture des journaux de Paris, « à présent plus ardents peut-être à la guerre contre « moi qu'ils ne l'étaient naguère à la guerre contre l'en- « nemi.

« C'est la loi des temps, loi prévue, dont je ne fais ici a mention que parce qu'elle a créé autour de moi de dan- « gereuses agitations qui ont retardé la réponse que je dois « à Votre Altesse; je m'en excuse auprès d'elle.

« Vous avez d'ailleurs pressenti cette réponse, j'en suis <r assuré. Dans mon libéralisme, qui est sincère et repose ce sur une large base, je juge que la demande que vous « avez faite au gouvernement délégué pendant cette effroyable <z crise était toute naturelle, toute française et devait être

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