‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 121 sur 148 · DEPUTE MALGRE MOI · texte numérisé non relu

DEPUTE MALGRE MOI

« accueillie. Je vais plus loin ; d'ancienne date, j'ai exprimé <r l'opinion que tout gouvernement régulier du pays donnéce rait une preuve de confiance en lui-même et montrerait « sa force, en abolissant les lois spéciales de proscription « qui retiennent dans l'exil les princes dont les familles « ont régné sur la France. Ces familles ont dans notre « histoire une place que les passions politiques peuvent « diversement juger, que les révolutions n'ont pas le droit <a de confisquer.

<r En vous remerciant de la marque de confiance que « vous venez de me donner sans me connaître, je vous d prie d'agréer, Monseigneur, l'hommage de mon respect.

« Général Trochu.

« Paris, le 21 février 1871. »

Député malgré moi.

La date des élections pour l'Assemblée avait été fixée au 8 février.

Dans les premiers jours de ce mois, M. Dufaure, conduisant une députation d'électeurs parisiens, venait au Louvre et me pressait, dans les termes les plus obligeants, d'accepter la candidature qu'il avait mission de m'offrir au nom d'un comité dont il avait la présidence. Remerciant M. Dufaure et ses co-associés de l'honneur qu'ils entendaient me faire, je leur exprimai l'intention où j'étais et les raisons que j'avais de le décliner.

Le même jour, pour me libérer de toute préoccupation à ce sujet, je fis connaître par la voie des journaux, sous ma signature, cette intention et ces raisons, précaution sans

doute inutile, car j'étais à cette heure, par la presse de Paris, expressément par les journaux du bonapartisme et de l'anarchie, l'objet de railleries et d'injures qui devaient se continuer pendant des années.

Mais , pendant qu'à Paris roulait autour de moi ce torrent d'invectives, les départements procédaient à leurs élections. Le torrent ne les avait pas encore atteints, et la masse des électeurs, dans leur naïveté provinciale, estimaient que le siège de Paris et cette lutte désespérée de quatre mois méritaient d'être honorés. Ils poussaient l'ingénuité jusqu'à m* attribuer une part de ce grand effort, jusqu'à vouloir m'en faire bénéficier, et tout à coup je fus abasourdi par la nouvelle qu'après M. Thiers (qui n'était pas encore le sinistre vieillard), je devenais (moi qui étais déjà le capitulard et le traître) l'homme le plus élu de France et que dix départements m'envoyaient à l'Assemblée nationale.

La résolution , que j'avais toujours , de me soustraire à ces démonstrations bienveillantes rencontrait dans mon entourage la plus vive opposition.

Ma famille soutenait que la détresse où était le pays me faisait le devoir étroit de répondre à ces marques de confiance.

Mes officiers se refusaient à comprendre qu'ayant osé, au temps de l'empire, écrire avant la guerre, dans V Armée française en 1867, que nos forces militaires n'étaient pas en état de la soutenir, je pusse décliner l'obligation de dire à la tribune comment j'estimais qu'elles dussent être réorganisées après la guerre qui venait de les détruire.

C'est ce dernier argument qui, l'emportant dans mon esprit, me décidait à l' ajournement du vœu que j'avais formé le 4 septembre 1870 de sortir pour toujours de la vie publique si je survivais à la crise où je m'engageais ce jour -là. Mais il restait expressément entendu que je ne

Page 1