‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 137 sur 148 · ENCORE M. DE ROCHEFORT · texte numérisé non relu

ENCORE M. DE ROCHEFORT

ce fus nommé président du gouvernement de la Défense au (( lieu et place de M. Jules Favre devenu vice-président.

« Vous n'avez donc pas été dans le cas d'insister, comme « vous le dites, pour ma nomination à la présidence, car « cette nomination a été faite sous mes yeux, à l'imprévu, « et sur des observations relatives à l'esprit de l'armée, que « j'avais présentées moi-même.

<r Je vous ai vu ce jour-là pour la première fois, et je « vous ai vu pour la dernière la veille du 31 octobre.

« Dans l'intervalle, c'est-à-dire pendant le temps que vous « avez siégé à l'Hôtel de Ville, je vous ai trouvé très activées: ment occupé de la Défense, sans ambition personnelle appa- « rente, et plus modéré que votre notoriété ne me l'aurait « fait supposer. Plusieurs des mesures, d'un caractère con- « servateur, que je proposais ont été appuyées par vous. « L'un de vos actes m'avait particulièrement touché. Avec <a un autre membre du gouvernement , dont je n'ai pas à « rappeler le nom ici, vous aviez refusé tout traitement « pour votre participation à la direction des affaires. Mais « j'ai appris depuis qu'après ce refus public, — car il avait « été fait en conseil, — vous aviez secrètement réclamé le « traitement dont il s'agit, circonstance qui a gravement « compromis à mes yeux votre caractère.

<t Je ne me rappelle pas vous avoir vu à l'Hôtel de Ville <£ le 31 octobre au milieu des périls communs.

a Le lendemain, vous avez donné votre démission; mais «je me refuse absolument à admettre qu'elle ait eu pour « cause, comme vous me le dites, la négociation d'armis- « tice que M. Thiers poursuivait en ce moment à Versailles.

« Vous saviez, comme nous tous, que l'idée de cet ar- <r mistice venait du dehors, que le gouvernement informé « en avait délibéré, qu'il s'était unanimement prononcé, « vous présent, pour un ultimatum qui était V armistice <l avec le ravitaillement de Paris, l'élection dans tous les

« départements, et la réunion d'une Assemblée nationale,

« Cette déclaration, antérieure au 30 octobre, ne vous « avait pas conduit à vous retirer. Enfin, votre lettre de <r démission, lue en conseil le 1er novembre, exprimait « purement et simplement qu'en présence des événements « survenus, vous ne pouviez pas suivre le gouvernement « dans la voie où il s'engageait. Or, cette voie, c'était la « lutte avec la démagogie dont les chefs venaient d'être « décrétés d'arrestation.

« Depuis, j'ai échangé avec vous une lettre au sujet « d'une mère de famille dont le mari avait été tué à l'ennemi, « et pour laquelle vous me demandiez en bons termes « d'obtenir un secours du ministre de la guerre.

« Là se sont arrêtés mes rapports avec vous.

« En dernier lieu, on m'a fait lire dans les journaux, « pendant le règne sanglant de la Commune, des articles « tirés du journal le Mot d'ordre qui vous appartenait. Ils « étaient du plus abominable caractère. L'un d'eux provo- « quait la foule à la destruction de la maison de M. Thiers. « Il vous a achevé dans mon esprit.

« Général Trochu. »

Je crois être dans la vérité et dans l'équité en disant de M. de Rochefort qu'il n'a pas d'ambition, comme il l'affirme, hors celle d'avoir un nom partout répété, et d'être populaire.

Socialement, par des raisons que j'ignore, il s'est volontairement déclassé, et comme la plupart des hommes qui abjurent une religion pour en adopter une autre, il est excessif dans sa nouvelle religion , démocratique ou démagogique, je ne sais.

Je répète que je l'ai vu faisant abstraction, comme il le dit, de toute politique pour être exclusivement patriote, puis à l'heure où ce patriotisme était le plus nécessaire , retournant à la politique, et à la pire. Sujet, pour les per-

Page 1