‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 136 sur 148 · ENCORE M. DE ROCHEFORT · texte numérisé non relu

ENCORE M. DE ROCHEFORT

« On m'a accusé d'avoir poussé à la démolition de l'hôtel ce de M. Thiers. J'y ai si peu poussé que je l'ai déconseil- « lée. Mon seul tort est d'avoir protesté contre les obus « qui pleuvaient dans Paris et jusqu'à ma porte, désastre « qu'avec un peu de bon sens il eût été si facile d'éviter; « car, après avoir mis le feu sous le ventre de la population <l par des promesses qu'il savait bien ne pas pouvoir tenir, « c'était de la part de M. Jules Favre un acte de folie que « de laisser trois cent mille fusils entre les mains d'un « peuple aussi irrité.

« Le résultat était fatal. Il a demandé pardon de ses « fautes à Dieu et aux hommes. En attendant, ce sont ceux « qui, comme moi, ont tout fait pour les réparer qui « payent pour lui.

« Je ne sais, cher général, si vous consentirez à me « prêter votre appui, et témoigner au moins de mon peu « d'ambition et de mon désintéressement. Si, ce qui est d probable, je sors condamné de cette épreuve, je voudrais « bien en sortir pur; car le diable m'emporte si j'ai la « plus petite chose à me reprocher.

« Je ne sais quand la Chambre se séparera. Tout ce que « je crains, c'est que vous ne soyez plus à Versailles « quand viendra mon procès, dans dix ou douze jours.

« Veuillez agréer, général, l'expression de tous mes bons « souvenirs et de mes meilleurs sentiments.

« Henri Rochefort. d

Cette lettre , très courtoise , même très déférente , plus diffuse que probante, pleine de hors-d'œuvres imprévus (M. Picard, M. Jules Favre, les fusils, les journaux, etc.), où enfin le vrai et le faux étaient opportunément mêlés , ne laissa pas de m'émouvoir. Mes souvenirs des premiers mois du siège, où M. de Rochefort avait montré beaucoup de patriotisme et de sagesse , se réveillant , me portaient à

répondre à son appel en l'assistant dans le grand péril où il était. Mes impressions ultérieures et le sentiment, très vif à cette heure, des devoirs que de détestables événements révolutionnaires venaient de nous créer à tous, me le défendaient. Je lui répondis :

« Versailles, le 3 septembre 1871.

« Monsieur,

a J'ai reçu à Paris la lettre que vous venez de m'écrire. « Si je suis appelé devant la justice, soit par elle, soit par « vous, j'aurai à déposer des faits suivants qui sont l'ex- (( pression de la vérité absolue :

« La députation qui est venue au Louvre, le 4 septembre a au soir, pour me demander de me rendre à l'Hôtel de « Ville, me remit une liste des membres du gouvernement « provisoire où votre nom ne figurait pas. C'est à l'Hôtel « de Ville que je fus informé de votre présence dans le « gouvernement où on me demandait d'entrer comme « ministre de la guerre, sous la présidence de M. Jules « Favre.

« J'acceptai, sous la condition que le gouvernement ad- <r mettrait certains principes l que je formulai immédiate- « ment. Après avoir reçu de lui la réponse la plus netteté ment affirmative, je me rendis auprès du ministre de la <z guerre général Palikao pour l'informer de l'état des « choses. A mon retour à l'Hôtel de Ville, j'exprimai l'opic( nion que ce qui restait de l'armée se rallierait autour de ce moi, si j'étais le chef du gouvernement de la Défense, € mais ne se rallierait probablement pas autour de M. Jules « Favre.

ce Immédiatement, et sans discussion d'aucune sorte, je

1 Dieu, la famille, la propriété.

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