‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 141 sur 148 · AUX ÉLECTEURS DU MORBIHAN · texte numérisé non relu

AUX ÉLECTEURS DU MORBIHAN

fautes, et quelques-uns de ses abaissements, — le boulangisme entre tous, — m'ont humilié autant qu'affligé.

En outre, dans ces dernières années, l'équilibre de ma vie privée a été gravement atteint avec la sécurité de mon foyer. Celle qui en est l'honneur, qui fut, avec un si ferme dévouement, mon auxiliaire la plus sûre au milieu des grands périls, est frappée d'un mal cruel et incurable. Mais nous nous réfugions tous les deux dans le sentiment chrétien, nous ne sommes pas des désespérés et notre vie s'achèvera dans la soumission.

Dès mon arrivée au logis, j'adressai au ministre de la guerre ma demande de retraite, au président de l'Assemblée nationale ma démission de député, me réservant de porter moimême au conseil général du Morbihan, dont j'étais membre depuis vingt-quatre ans et président en dernier lieu, ma démission de mandataire cantonal. Enfin, je prenais congé de mes électeurs en leur donnant des explications que je reproduis ici, parce qu'en les relisant je trouve qu'elles résument tout l'esprit du livre que j'achève.

Aux électeurs du Morbihan.

<r Dans une lettre rendue publique avant les élections « générales de 1871, j'avais annoncé qu'épuisé par les « efforts d'une carrière laborieuse, dont les événements qui a venaient d'accabler le pays, en m'accablant moi-même, a devaient nécessairement marquer le terme, j'étais résolu « à n'accepter aucune candidature politique et à rentrer « dans la vie privée.

« Les électeurs du Morbihan et de plusieurs autres dé- « partements n'ont tenu aucun compte de cette déclaration « et m'ont appelé à les représenter à l'Assemblée nationale. « Je suis venu y siéger pour répondre à une marque de

ce confiance dont je sentais tout le prix, et pour obéir à ce des préoccupations de conscience. Elles m'avertissaient « qu'avant de sortir pour toujours de la vie publique, « j'avais à remplir envers le pays et envers moi-même un a double devoir :

a Conseiller et voter la paix en m'associant, comme ce député et comme général en chef de l'une des armées « rassemblées pour la défense nationale, aux responsabilités g de cette douloureuse et nécessaire résolution;

<l Exposer à la tribune les principes et les vues que je <r professe depuis longtemps sur Vétat de nos institutions <l militaires et sur l'armée.

<r J'ai été fidèle à ces engagements et je me retire après o: les avoir remplis.

€ J'ai été fidèle aussi, pendant ma courte carrière parle- « mentaire, aux idées libérales conservatrices que j'ai eues <l toute ma vie. Absolument étranger aux partis politiques, <r à leurs passions et à leurs ambitions, je suis du seul « parti, — encore à constituer, malheureusement, — qui a puisse , à mon avis , prétendre à gouverner et à sauver <l le pays. Je veux parler du parti social qui réconcilierait a et réunirait tous les autres sous le drapeau des honnêtes « gens et sous la forme de gouvernement que les événea ments ont donnée au pays, pour combattre les hommes <r d'appétit et d'anarchie.

<l Dans ces vues :

« J'aurais voulu que la religion, avec l'esprit de sacrifice <( qui est son haut caractère, fût la base de la réforme de « l'éducation nationale et des mœurs publiques ;

(( Que l'œuvre de la réorganisation de l'armée fût en « même temps l'œuvre de la régénération sociale;

« Que le pays, au lieu de rechercher sous l'inspiration ce de la colère et des partis, et trop souvent de la haine des « personnes, les responsables des calamités qui l'ont frappé,

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