‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 59 sur 148 · ÉVÉNEMENTS PRÉCURSEURS DU 31 OCTOBRE · texte numérisé non relu

ÉVÉNEMENTS PRÉCURSEURS DU 31 OCTOBRE

Entre tous les événements du siège, celui qui eut sur l'avenir de la Défense nationale les effets les plus décisifs en même temps que les plus désastreux, ce fut l'insurrection du 31 octobre avec les troubles intérieurs sans cesse renaissants qui la suivirent. Je les ai déjà stigmatisés, mais comment ne pas envisager sous tous ses aspects un sujet si plein de douloureux avertissements !

L'explosion de la guerre civile devant l'invasion étrangère, sous les yeux de l'ennemi et pendant le combat, n'est pas seulement, comme je l'ai dit, une tache ineffaçable sur l'histoire de notre pays, c'est une révélation imprévue de la grandeur des attentats auxquels peuvent se livrer pendant la guerre les sectaires qui tourmentent l'existence nationale. C'est une menace incessante pour la France et pour ses armées.

Qui oserait affirmer désormais que, dans les guerres futures, l'insurrection à Paris et dans les grandes cités où l'anarchie s'agite, ne répondrait pas à une défaite que la fortune si incertaine des champs de bataille infligerait à nos armes, ne fût-ce qu'une défaite d'un jour?

Le comte Daru et ses consorts, dans leur violent et inique réquisitoire contre le gouvernement de la Défense, ont représenté l'insurrection du 31 octobre comme l'effet d'un vaste complot démagogique qu'il avait laissé s'ourdir et éclater. C'est une assertion absolument erronée.

11 est pourtant certain qu'au cours du siège, la démagogie fut en état de conspiration permanente contre la société, contre le gouvernement, contre l'ordre, contre tout ce qui paraissait encore debout , mais pas plus pendant le siège qu'avant ou après , et certainement beaucoup moins qu'aujourd'hui (1886) où elle est une puissance en quelque sorte légale et reconnue , avec de bruyants représentants

dans nos assemblées délibérantes et d'ardents adhérents dans les foules urbaines, qui semblent prêts à tout.

Si le mouvement du 31 octobre avait été concerté dans son but, préparé dans ses moyens, comme l'affirme M. Daru, il eût infailliblement réussi et bien plus facilement que celui qui vient d'aboutir en Bulgarie à l'enlèvement d'un prince victorieux, d'un prince populaire qui se croyait en sécurité dans son palais, entouré de ses gardes au milieu d'une armée et d'un peuple en apparence reconnaissants qui l'acclamaient tous les jours.

Le gouvernement de la Défense n'était pas victorieux , il n'était pas populaire, il n'avait pas de gardes, il vivait au jour le jour au milieu de foules armées et d'un peuple infiniment plus agité que reconnaissant qui ne l'acclamait jamais. Il se croyait en sécurité par le fait de la guerre qu'il soutenait dans Paris pour Paris et pour le pays. Le soir d'une agression bien étudiée et bien conduite , il aurait été sous clef et Paris dans l'anarchie.

Ce qui avait déterminé l'explosion, ce qui avait spontanément inspiré aux démagogues (quelques milliers au plus) l'audace de leur entreprise, en mettant dans leurs mains un puissant instrument pour l'action, c'était le nouveau transport d'affolement , presque égal à celui du 4 septembre , qui avait saisi la population de Paris devant la coïncidence vraiment fatale de trois événements de très inégale importance pour l'avenir de la Défense nationale et pour le pays :

1° La capitulation de Metz et de l'armée de Bazaine ;

2° L'occupation (sans combat) du Bourget par nos troupes et sa réoccupation immédiate (de vive force) par les Allemands ;

3° Les négociations de M. Thiers à Versailles pour un armistice.

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