ENCORE LA JUSTICE MILITAIRE
Brunel et de Piazza , ne furent prononcés que dans les derniers jours de 1871 , quand l'Assemblée nationale, succédant au gouvernement de la Défense, avait pris la direction des affaires publiques, quand les esprits étaient rendus à un calme relatif, quand enfin la justice à Paris avait dû reprendre quelque équilibre, avec un plus digne et plus ferme sentiment de son mandat. On peut juger par là de ce qu'elle fut pendant la tourmente du siège !
L'enquête contre le gouvernement de la Défense reconnaît que cette tourmente avait eu pour effet, à Paris, la perversion de la raison publique. Elle reconnaît le scandale des acquittements dont la justice avait fait bénéficier de grands coupables , non pas pour en conclure que le gouvernement qui les lui avait livrés n'avait pas trouvé en elle l'appui qu'il lui demandait, mais pour en conclure que la faiblesse du gouvernement avait détendu le ressort de la justice !
Non , ce n'était pas seulement le ressort de la justice qui était détendu là ; c'était surtout le ressort des caractères. C'était cet état d'affaissement moral qui a inspiré aux politiciens la pensée de l'enquête; qui, dans l'enquête, a subordonné la recherche de la vérité, le sentiment de l'équité, le souci de la paix publique, à l'ardent besoin des revanches politiques; qui, dans le pays presque tout entier, soumet aujourd'hui la conduite des affaires aux visées particulières des castes ou des personnes, et qui, dans tous les dévouements qu'on montre, fait une place aux calculs qu'on tait.