‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 62 sur 148 · ENCORE LA JUSTICE MILITAIRE · texte numérisé non relu

ENCORE LA JUSTICE MILITAIRE

Déjà, à l'occasion de l'arrestation et du scandaleux acquittement du révolutionnaire Sapia par le conseil de guerre auquel je l'avais déféré, j'ai fait ressortir l'état d'anémie des tribunaux militaires devant la criminalité politique (les anarchistes), en même temps que leur ardeur à frapper la criminalité exclusivement militaire (le déserteur de l'infanterie de marine), et j'ai expliqué les raisons peu avouables de ce contraste singulier.

A cet exemple de notre impuissance à donner satisfaction par le châtiment à la morale et à la conscience publiques, j'en ajoute ici quelques autres qui montreront ce que valent les déclamations du rapporteur de l'enquête contre le gouvernement de la Défense , quand il lui reproche « de n'avoir pas fait respecter les lois et de n'avoir pas su se servir de leur glaive ».

En vue de la répression de certains attentats, notamment des actes de pillage à main armée auxquels des malfaiteurs anarchistes se livraient dans la banlieue, le gouvernement avait institué, sur ma demande, aux quatre points cardinaux de Paris, des cours martiales jugeant sommairement, en vertu de la procédure qui est spéciale à ces tribunaux militaires. Pas un, les attentats ayant leur cours, n a prononcé une condamnation pendant toute la durée du siège.

Le chef apparent de l'insurrection , Flourens , avait été arrêté, et je l'avais fait enfermer à Mazas qui est comme une forteresse. On m'inspire des doutes sur les dispositions du bataillon chargé de la garde de la prison. J'ordonne son relèvement par un bataillon sûr, et cette nuit-là même, le bataillon sûr à son poste, Flourens est enlevé et conduit en triomphe à Belleville au milieu de ses fidèles.

Le révolutionnaire Sapia, acquitté et devenu libre, se pré-

sente inopinément avec quelques centaines de sectaires en armes, vers la fin du siège, devant l'Hôtel de Ville solidement gardé, depuis le 31 octobre, par la mobile bretonne. Ils formaient sur la place un groupe isolé, et aucune agitation populaire ne pouvait faire prévoir l'agression, au moins aussi insensée que scélérate, qu'ils méditaient.

Tout à coup, ils ouvrent le feu contre la façade de l'Hôtel, devant laquelle s'entretenaient le colonel Vabre, très énergique officier que j'avais appelé là au commandement, en raison de son dévouement bien connu, le commandant de Legge et le capitaine Bernard, des mobiles du Finistère, qui est grièvement blessé. Les Bretons, appelés aux fenêtres par la fusillade des sectaires, ripostent et tuent Sapia avec un certain nombre des siens. Les autres fuient, mais on en fait quelques prisonniers qui sont déférés au conseil de guerre. Le conseil de guerre les acquitte!

Brunel, colonel du 36e régiment mobilisé de la garde nationale, et Piazza, ancien capitaine de l'armée, commandant le 107e bataillon, fomentent une insurrection. Ils se font élire , le premier, général commandant en chef la garde nationale, le second, chef d'état- major général, à ce qu'ils disent. Je parviens à les faire saisir. Traduits devant un conseil de guerre, ces deux hommes, criminels entre tous en raison du grade dont ils étaient revêtus et du commandement qu'ils exerçaient, sont condamnés à la peine dérisoire de deux ans de prison !

Il faut remarquer que, d'ajournement en ajournement, la justice militaire était parvenue à différer presque tous ses jugements jusqu'après la levée du siège, alors que l'incertitude de l'avenir et les grands périls avaient pris fin.

Tous les acquittements que je viens d'énumérer, un seul excepté, celui de Sapia, et la prétendue condamnation de

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