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LES DÉBATS APRÈS L'INSURRECTION

présentions le même jour au conseil, provoquait les dissentiments.

On trouvait mauvais que quatre membres du gouvernement eussent pris l'initiative d'une résolution qu'ils semblaient considérer comme hors de discussion.

Le préfet de police, M. Adam, déclarait que, dans son opinion, les insurgés étaient couverts par la convention de la nuit du 31 octobre, et il annonçait sa démission pour le cas où cette opinion ne serait pas accueillie.

M. Jules Simon, l'un des meilleurs esprits du conseil, s'associait au sentiment du préfet de police, exprimant son intention de le suivre dans sa retraite.

Après un interminable débat dans lequel plusieurs membres jugeaient que les arrestations ne pouvaient avoir lieu que sur des flagrants délits nouveaux, dans lequel je soutenais au contraire que l'opinion attendait du gouvernement l'énergie actuelle et non pas l'énergie future*, le vote intervenait , et par six voix contre quatre notre motion était repoussée.

Il y eut là cette particularité singulière, que M. de Rochefort, dont la voix nous fut contraire et qui devait à bref délai se démettre, exprima une double opinion :

« L'attentat, dit-il, est tel, qu'aucun châtiment ne sau- « rait être assez rigoureux, puisque les hommes qui sont en « cause ont abandonné leur poste devant l'ennemi pour « venir renverser violemment le gouvernement de la Défense « nationale. Je suis d'avis de sévir avec la dernière rigueur « ou de ne rien faire absolument. »

Cette doctrine de tout ou rien, à propos d'un attentat qu'il déclarait irrémissible, était assurément imprévue, et elle

1 Compte rendu de la séance du 1er novembre 1870, par M. Dréo, secrétaire du gouvernement.

restait en dehors de la question sur laquelle il s'agissait de statuer, celle des arrestations. Mais le tout, c'est-à-dire le dernier châtiment, répondait à la pensée patriotique, et le rien, c'est-à-dire l'abandon de toute répression, répondait à la préoccupation démocratique de M. de Rochefort.

Par ses prémisses, il donnait satisfaction à la patrie. Par sa conclusion et par son vote, comme peu après en se démettant, il donnait satisfaction à la démocratie. Compromis français contemporain !

A la séance du 2 novembre, les rapports de police annonçant que les insurgés du 31 octobre s'agitaient, nous en faisions argument pour renouveler notre proposition de la veille au sujet des arrestations. Nouveau débat, nouveau vote qui, cette fois, par six voix contre quatre, décidait qu'elles auraient lieu.

Le préfet de police, M. Adam, donnait sa démission aux effets de laquelle mes collègues qui s'étaient, je pense, entendus entre eux, avaient pourvu. Sur la proposition de M. Jules Favre, sa succession échut à M. Cresson, avocat à la cour, homme de dévouement, de pondération, de grand sens, qui fut l'un des plus honorables et des plus utiles auxiliaires de la fin tourmentée du siège. Il exposait clairement, peu après ses débuts, les besoins, les abus, l'état vrai de son département, proposait de judicieuses et nécessaires réformes, et, autant qu'il était possible, les réalisait.

C'est de concert avec M. Cresson que, dans la séance du 3 novembre , le conseil, délibérant sur le nombre et sur les noms des insurgés à qui devait s'appliquer le décret d'arrestation, en fixait à vingt -trois le chiffre, qui comprenait tous les meneurs de notoriété vus à la tête du mouvement. Le nouveau préfet de police ne déclarait pas, comme son arrière-prédécesseur, qu'il était assuré du succès de l'entreprise. Il exprimait modestement qu'il ferait ce qu'il pourrait. Dès le lendemain , il avait pu saisir quatorze des prin-

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