‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 98 sur 148 · DEUXIÈME DÉPÊCHE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME DÉPÊCHE

« Tours, 8 décembre.

« Rédacteur Figaro, Paris.

« Quels désastres ! Orléans repris. Prussiens deux lieues

ce de Tours et Bourges. Gambetta parti Bordeaux. Rouen

« s'est donné. Cherbourg menacé. Armée Loire n'est plus.

« Fuyards, pillards. Pop. rurale en partie connivence Prus-

« siens. Tout le monde en a assez. Champs dévastés. Bri-

« gandage florissant. Manque de chevaux et bétail. Partout

« la faim, le deuil. Nulle espérance. Faites bien que les

« Parisiens sachent que Paris n'est pas la France. Peuple

« veut dire son mot.

« Comte de (illisible). »

On voit que ces deux dépêches étaient assez savamment graduées pour nous apporter d'abord l'anxiété et ensuite l'angoisse. Mais outre que leur style, bien que suffisamment correct , trahissait leur origine allemande , la première était signée du nom de M. Lavertujon, — un nom notoirement républicain et par conséquent bien choisi, — mais dont le titulaire était à Paris, et, par surcroît, l'un des secrétaires du gouvernement !

A la séance du lendemain, 10 décembre, je me permis la récréation de lire gravement ces dépêches au conseil, et, quand l'impression des assistants fut manifeste, de les rendre à l'équilibre en leur montrant que la lettre du comte de Moltke se doublait d'une ruse de guerre que, pour mon compte, je jugeais permise, mais de conception tout à fait germanique.

Les pigeons qui en avaient été les instruments étaient

d'honnêtes serviteurs de la Défense nationale dont un chargement, expédié de Paris à Tours, avait été saisi en partie par les Allemands à Ferrières où , en novembre , un de nos ballons était tombé.

La garde nationale mobilisée. —

Les subsistances. — Les officiers allemands prisonniers.

— La conférence de Londres.

A partir de cette heure, je préparais activement (la réorganisation de l'armée complétée autant que je l'avais pu) la nouvelle prise d'armes qui devait aboutir aux combats des 20 et 21 décembre (bataille de Paris). La politique intérieure paraissait chômer, non pas l'esprit public qu'agitait incessamment une presse incendiaire dont les railleries et les violences, souvent dirigées contre le gouvernement, visaient toujours son président et encore plus le commandant en chef, gouverneur de Paris. N'ayant de rapports d'aucune sorte avec les journaux, j'étais et je suis resté jusqu'à la fin sans défenseurs et sans défense devant d'odieuses attaques dont je déclarais d'ailleurs, avec la plus entière sincérité, aux officiers de mon entourage qui les lisaient, que je n'avais nul souci. Mais elles pénétraient partout, elles portaient leurs fruits et je sentais que le moment n'était pas éloigné où ma situation, d'intolérable qu'elle était devenue, allait être impossible.

Le découragement gagnait l'armée, et quelques-uns de ses chefs en donnaient l'exemple. Enfin la plupart des membres du gouvernement me jugeaient de moins en moins capable de les conduire à la victoire. J'apprenais notamment que MM. Jules Favre et Picard, menant le mouvement, criti-

quaient les opérations militaires et exprimaient l'opinion que le gouvernement devait intervenir par un contrôle dont les éléments lui seraient fournis par les généraux estimés les plus compétents

La garde nationale, dans ses bas -fonds, devenait de plus en plus inquiétante et indisciplinée. D'accord avec le général Clément Thomas, dont j'ai signalé dans une notice spéciale la rare énergie de commandement, je fis rendre des décrets qui prononçaient la dissolution de plusieurs bataillons et annulaient l'élection de plusieurs centaines d'officiers gravement compromis. L'un de ces bataillons dissous fut celui de Belleville, qui, après s'être acquis sous Flourens (décrété d'arrestation et enfermé à Mazas) une déplorable notoriété démagogique, venait de montrer aux avant-postes une lâcheté sans exemple , après s'être livré à de très graves désordres.

L'immense majorité de cette garde nationale, et dans cette majorité, les groupes dévoués à l'ordre, persistaient dans leurs instances pour entrer en ligne devant l'ennemi; et le général Clément Thomas s'en faisant incessamment l'écho auprès de moi, je lui dis dans les premiers jours de décembre :

« Je puis et dois tout confier à un collaborateur comme « vous. Oui, d'instinct militaire et parce que je sens toute « la gravité d'une telle entreprise, j'ai répugné jusqu'ici, je « répugne encore à mener la garde nationale à l'ennemi.

« Je l'y mènerai cependant, mais ce sera à la dernière « heure, quand la faim pressant la population et tout espoir « d'être assistés nous abandonnant, nous ferons l'effort « suprême, l'effort auquel les pères et les fils, les pauvres « et les riches devront être associés. Il faut le préparer, et, « dans cette vue , je vais constituer vos bataillons mobilisés

LA CONFÉRENCE DE LONDRES 47b

« en régiments commandés par des colonels de notre choix. <( Ils auront ainsi plus de cohésion, de confiance, avec une « sorte d'esprit de corps, et nous pourrons les encadrer (( pour le combat entre les régiments de l'armée.

« D'ici là, nous les emploierons à distance, comme réserve <l des troupes engagées , pour les familiariser avec la vue et « les impressions des sévices de la guerre. »

Dès le 10 décembre, nous étions à l'œuvre de cette organisation spéciale, dont tous les éléments étaient sous notre main. Nos régiments de garde civique, commandés par des colonels connus d'eux et qui avaient notre confiance, furent promptement en état de marcher.

Telles ont été, en intention et en fait, les origines de l'événement militaire qui allait terminer (19 janvier 1871) lé siège de Paris, la bataille de Buzenval, où les citoyens de la grande ville , réunis aux soldats survivants d'une lutte sanglante de quatre mois, en devaient honorer si hautement la fin.

Dans le gouvernement, les débats au sujet des subsistances qui se raréfiaient de plus en plus, se multipliaient. En les rapportant, je pourrais retracer ici le tableau de l'a période d'accablante misère à laquelle nous touchions et les inventions presque incroyables qui l'ont fait durer, — les chevaux mangés et, après eux, tous les animaux qui pouvaient l'être, le pain de siège (mélange de farines de blé, de seigle, d'avoine, de riz), les mouvements populaires autour des boulangeries et des boucheries. — Par -dessus tout, j'aurais h montrer l'incomparable constance de cette population capable de s'élever, dans le dévouement, jusqu'au sacrifice de tous les jours, capable de céder, même d'obéir à une infime minorité prête à tous les excès.

Mais d'autres, mieux doués que moi pour le récit, ont

déjà présenté ce drame sous tous ses aspects possibles, quelquefois même impossibles. Et puis, je n'écris pas pour attendrir. J'écris pour éclairer le petit nombre d'hommes qui ont encore dans ce paj^s le goût de la vérité et qui n'acceptent pas sans examen contradictoire la légende.

Je me bornerai à dire que M. Magnin, ministre du commerce , qui s'efforçait avec la plus active sollicitude d'accroître nos ressources et d'en retarder l'épuisement, estimait que nous pourrions durer jusque vers la fin de janvier. Le lieutenant -colonel du génie Usquin et le capitaine Jules Lair, deux officiers de mon état -major, l'un et l'autre d'une capacité et d'une compétence éprouvées, que j'avais chargés du contrôle de ces évaluations, tendaient à les confirmer. C'est sur ces données que je faisais le calcul attristant de nos jours de répit, quant aux prises d'armes par lesquelles j'étais résolu à maintenir jusqu'à la dernière heure l'honneur de la Défense nationale.

Si les éléments de l'alimentation solide allaient à leur fin dans Paris, ceux de l'approvisionnement en liquides étaient encore considérables , et l'ivrognerie, avec toutes ses conséquences, était à la fois l'une des causes les plus effectives et l'un des effets les plus affligeants de l'affaissement moral dont j'étais le témoin. Cette désorganisation par l'ivrognerie, dans ces masses d'hommes armés qui peinaient durement et se nourrissaient mal, amenait de graves désordres. Elle enlevait aux derniers jours de notre lutte une part de ses moyens , une part aussi de sa dignité.

Un incident qui me fut particulièrement pénible survint dans la première quinzaine de décembre.

J'avais pourvu à la sûreté de quelques centaines de soldats allemands pris dans nos rencontres avec l'ennemi, en les faisant enfermer et les faisant garder dans la grande

maison d'arrêt de la Santé, où ils avaient des préaux et des cours.

Je n'avais pas pu me résoudre à tenir sous clef quelques officiers qui étaient aussi tombés entre nos mains, et j'avais pris à leur égard les dispositions suivantes :

« Us seraient prisonniers sur parole. Leurs uniformes <r leur seraient retirés et remplacés par des vêtements civils « de gentlemen. Bien que entièrement libres , ils seraient « sous le patronage permanent d'un négociant de Paris, « Allemand naturalisé français , dont la préfecture de police <r se faisait garante et qui acceptait très volontiers cette « mission. Il les suivrait partout, veillerait incessamment « sur eux et répondrait à la fois de leur prudence et de « leur sécurité. j>

Cet arrangement libéral réussit d'abord pleinement. Mais un jour vint où je ne sais quelle circonstance appelant sur ces officiers attablés dans un restaurant l'attention et bientôt la suspicion des personnes présentes, ils furent insultés , malmenés , et ce fut à grand'peine que leur patron put les soustraire par une prompte retraite aux sévices qui les menaçaient. Que serait -il arrivé si la foule de la rue, informée du conflit, avait eu le temps d'intervenir?

Cette petite crise m'impressionna en me faisant sentir très vivement le poids de la responsabilité que j'assumerais, en tant que représentant de l'armée française, si dans Paris, enfiévré comme il était, un malheur arrivait à ces officiers placés sous ma sauvegarde. Je les fis appeler au Louvre, leur déclarant que j'allais les faire conduire par un officier parlementaire au quartier général du prince de Saxe, sans conditions, mais avec la pensée que le prince voudrait me renvoyer à son tour un nombre égal d'officiers français , prisonniers des Allemands (obligation morale qu'il ne manqua pas de remplir).

On comprendra que j'aie voulu que cette entrevue fût très courte, mais le souvenir m'est resté de la parfaite correction avec laquelle ces officiers, remis en possession de leurs uniformes, se présentèrent à moi. Leur attitude fut devant le gouverneur de Paris ce qu'elle aurait été devant le commandant en chef de l'armée allemande , profondément respectueuse, toute militaire en même temps, révélant la solidité des principes qui président à l'éducation , à la tradition, à la fonction des armées dans ce pays.

En conseil, deux séances (16 et 17 décembre) furent remplies par l'une de ces discussions, sans effet pratique possible , qui avaient une si grande place dans la vie du gouvernement de la Défense.

Il s'agissait des conférences qu'au sujet du traité de 1856 (conclusion de la guerre d'Orient qui ne nous intéressait guère dans l'état où nous étions présentement) les puissances allaient ouvrir à Londres. L'Angleterre nous invitait à nous y faire représenter, et plusieurs des membres du gouvernement, après M. Gambetta qui nous en avait écrit de Tours, attachaient un haut prix à ce que nous eussions là un délégué. D'autres s'y refusaient et les débats prenaient une grande extension.

J'exprimais l'opinion que rien ne paraissait s'opposer à ce que nous fussions représentés aux conférences de Londres, puisque nous y étions conviés, bien que notre gouvernement ne fût pas reconnu par les puissances dont les délégués allaient se réunir;. que M. Jules Favre, ministre des affaires étrangères, était tout naturellement désigné pour cette mission, mais que je n'apercevais pas les raisons de l'importance que la majorité du conseil semblait attribuer à cette affaire; qu'à supposer que les délégués des puissances consentissent par impossible à s'occuper officieusement de nous,

quelle influence les paroles qu'ils échangeraient à ce sujet pourraient- elles avoir sur les faits qui nous pressaient à ce point que nous touchions fatalement au dénouement de notre patriotique entreprise? Gomment admettre que la Prusse, qui avait défait et interné en Allemagne les armées qui représentaient toutes les forces vives de la France ; qui avait à présent en France près d'un million de soldats amenés par un courant continu; qui n'était plus gênée dans l'entière exécution de ses desseins que par la résistance de Paris point d'appui unique de la résistance provinciale, lâcherait sa proie devant les discours que M. Jules Favre irait prononcer à Londres!...

M. Jules Favre expliquant très logiquement que si les conférenciers l'autorisaient, à propos du traité de 1856, à lui parler de nous, ce serait inévitablement pour l'entendre soutenir sa déclaration : Pas une pierre de nos forteresses, pas un pouce de notre territoire, qui n'était plus guère en situation, ces stériles discussions n'allèrent pas plus loin. Les événements, comme il n'était que trop facile de le prévoir, se précipitaient et faisaient oublier les conférences de Londres. Elles furent pourtant, un peu plus tard (séance du 9 janvier), l'objet de nouveaux débats qui n'aboutirent pas plus que ceux que je viens de rapporter. Je n'y reviendrai pas.

La bataille de Paris (21 décembre 1870).

Comme tous les combats du siège de Paris, celui du 21 décembre avait pour point de départ dans notre pensée un aléa, c'est-à-dire une hypothèse dont il nous semblait possible d'espérer la réalisation.

Une longue suite de dures épreuves nous avait démontré que nos troupes, capables d'élans généreux mais toujours désordonnés et par conséquent sans durée, n'avaient pas le calme et la solidité nécessaires pour déloger méthodiquement l'ennemi de ses positions. Elles enveloppaient Paris, je l'ai dit, d'un réseau de petites forteresses scientifiquement et fermement défendues, dont les villages, les groupes de maisons entourées de murs , les hauteurs , les châteaux avec leurs parcs clos , les bois , formaient les éléments de résistance.

Mais si nos troupes manquaient de cohésion et de savoirfaire, elles étaient aujourd'hui relativement aguerries. Elles gardaient sous le feu du canon, même de la mousqueterie, une part d'équilibre qui m'avait frappé pendant nos rudes combats de la Marne. J'avais vu par exemple, de Bry à Villiers, notre régiment de zouaves improvisés qui avaient si honteusement lâché pied à notre premier combat de Ghâtillon et porté l'épouvante jusque dans Paris, se racheter par une vigueur d'offensive qui aurait fait honneur aux meilleures troupes.

Pourquoi ne pas tenter la fortune d'un choc en ligne avec l'armée allemande sur le seul terrain plan , très étendu , découvert, qui fût dans la banlieue de Paris, à portée de nos forts dont nous gardions la garantie contre un désastre, la plaine de Saint -Denis?

Là, nous pourrions former de vraies lignes de bataille et les présenter à l'ennemi, qui, attiré par cet appât et fort du sentiment de la supériorité de ses soldats, nous opposerait sans doute les siennes. Cette lutte d'armée contre armée aurait un autre caractère que les précédentes, marquées à peu près exclusivement par des successions d'assauts meurtriers contre des troupes presque invisibles postées derrière des obstacles.

Préalablement à la bataille, nous n'aurions à enlever à l'ennemi, pour assurer à notre gauche un point d'appui, qu'une seule position , le Bourget. A la vérité , dominée comme elle était par les hauteurs que bordait la puissante artillerie des Allemands, qui s'y étaient très solidement fortifiés depuis que la malencontreuse affaire des 28-30 octobre leur en avait donné l'idée , l'entreprise serait chanceuse ; mais le village était en plaine, et en l'attaquant avec des forces suffisantes , nous pourrions prétendre à nous y établir.

Tel fut Y aléa sur lequel, d'accord avec le générai Ducrot, le général Schmitz et mes autres conseillers militaires, je me résolus presque in extremis à risquer le sort du siège de Paris. Je tentais une sortie par le nord, ne pouvant plus rejoindre l'armée de la Loire battue et rejetée vers l'ouest, espérant, si je réussissais, mettre mes troupes expéditionnaires en contact avec l'armée du général Faidherbe.

Notre entreprise échoua, comme on le verra plus loin, par deux circonstances que nous avions envisagées, mais que, jugeant mal , nous avions cru improbables :

La position du Bourget ne fut pas prise ou plutôt fut mal prise , nos troupes n'ayant pu s'y maintenir après l'avoir un instant occupée;

Les Allemands ne déployèrent pas leurs lignes devant les nôtres.

Je serai bref sur le récit de cette journée qu'un brouillard épais , avec un froid noir qui glaçait physiquement et moralement les troupes, rendit très dure.

Pendant que l'armée du général Ducrot déployait ses lignes, trois colonnes aux ordres de l'amiral de la Roncière, commandant en chef à Saint-Denis, — deux attaquant (capitaine de frégate Lamothe- Tenet et général Lavoignet), une en réserve (général Hanrion), — allaient assaillir le Bourget, qui devenait, comme je l'ai dit, le nécessaire point d'appui, à gauche, de tout notre ordre de bataille. La division Berthaut, en avant de Drancy, était la réserve générale de ces troupes.

L'armée du général Vinoy, pénétrant dans la vallée de la Marne, devait s'emparer de Villa-Evrard, du groupe de la Maison-Blanche , menacer Gournay, et se reliant aux forces du mont Avron (général d'Hugues) , à celles de Rosny (amiral Saisset), allait former le point d'appui de notre droite.

Tel était le plan raisonné et, à ce qu'il semble, raisonnable de l'entreprise.

Le commandant Lamothe -Tenet, officier supérieur d'une rare énergie, attaquant par le nord- ouest avec ses marins et quelques bataillons, enlevait de vive force plus de la moitié de la position du Bourget après une série de combats meurtriers où périrent glorieusement les lieutenants de vaisseau Morand, Peltereau, Laborde, Boisset, Patin, cruel sacrifice qui donne la mesure de l'héroïque dévouement de cette troupe d'élite.

Le général Lavoignet attaquant par le sud, et qui devait rallier dans le village le commandant Lamothe -Tenet, voyait sa colonne s'arrêter devant les obstacles et la résis-

tance qui lui étaient opposés par l'ennemi. La première restait dans l'isolement au milieu de périls qu'allait doubler une déplorable méprise. L'artillerie du fort d'Aubervilliers hasardait sur le Bourget, malgré la distance qui l'en séparait, un feu qu'elle croyait devoir atteindre la zone que défendaient les Allemands et qui couvrait en réalité de ses projectiles celle où combattaient nos troupes.

Tardivement informé de l'échec de la colonne Lavoignet, ne sachant rien encore de la situation du commandant Lamothe-Tenet , surpris et mécontent de l'immobilité de la division Berthaut, réserve principale (j'ignorais que l'amiral de la Roncière, sans doute assuré du succès de ses troupes, lui avait prescrit de ne s'engager que sur son appel), j'envoyais à cet officier général l'ordre d'agir sans délai. Mais des heures s'étaient écoulées au milieu de ces contretemps, de ces à- coups, de ces erreurs, qui se rencontrent souvent à la guerre dans les armées solidement constituées, qui se rencontrent toujours dans les rassemblements armés que l'insuffisance et le décousu de leur organisation condamnent à l'incertitude dans l'action.

La colonne Lamothe-Tenet, soumise aux sévices que j'ai décrits , avait abandonné le Bourget, et sa réserve (général Hanrion) n'avait pu que protéger sa retraite effectuée sous une pluie de feu. L'ennemi, tous ses renforts arrivés, l'avait réoccupé tout entier et en augmentait les défenses en faisant sauter des maisons formant barrage. La journée s'avançait. Elle était, quant au Bourget, perdue pour nous.

Au cours de ces événements, l'armée du général Ducrot avait marché dans la direction de l'ennemi, qui la voyait depuis le matin se former et qui la voyait à présent s'avancer, mais il ne se montrait pas. Nos têtes de colonne poussaient successivement devant elles les avant -postes qu'il

avait dans la plaine , après de petits combats qui n'engageaient à aucun degré la lutte que nous cherchions. Mais les Allemands accumulaient l'artillerie devant nous, et la nôtre, bien qu'inférieure en portée et en justesse, se portait en avant et répondait activement à leur feu.

Nos bataillons n'avaient pas dépassé le remblai du chemin de fer de Soissons que déjà, en l'absence de ceux de l'ennemi, il était apparent que la bataille d'infanterie et de cavalerie que nous venions leur offrir (le général Vinoy avait en réserve la division de cavalerie Bertin de Vaux) se transformait en bataille d'artillerie , une vaine canonnade à distance qui ne pouvait nous apporter aucune des solutions que nous poursuivions désespérément...

Vers quatre heures du soir, après avoir envoyé au général Ducrot Tordre de s'arrêter, je me transportais à Drancy, dans le parc du château Ladoucette, où j'avais fait établir les jours précédents, en vue de la bataille , quatre pièces du plus gros calibre que nous eussions à Paris. Derrière épaulement et portant à de grandes distances , elles avaient sans doute fait quelque mal à notre ennemi invisible, car il venait de concentrer sur elles un feu très vif.

Informé, je fis là, pour encourager le monde, une courte apparition qui suffît à me montrer l'inanité de ce combat d'artillerie, même avec des pièces de dimension et de portée exceptionnelles, mais se chargeant par la bouche et lentes au tir. Chaque pièce du parc Ladoucette recevait quatre coups pour un qu'elle envoyait, et nos canonniers (l'ennemi ne paraissant à aucun point de l'horizon) en étaient réduits, pour se défendre contre un feu accablant, à prendre pour but les flocons de fumée provenant du tir de leurs adversaires. Ils combattaient au jugé.

Le jour déclinait. Il ne me restait plus qu'à mettre fin à ce simulacre de grande bataille , une bataille que jugeant

à la française, à la fin comme au commencement du siège de Paris, j'avais cru probable, que je tenais pour nécessaire et qui m'échappait avec tout le reste.

Qu'on ne croie pas qu'en faisant ressortir le parti pris des Allemands de se dérober à l'épreuve de l'action générale que nous cherchions, j'entends le leur reprocher. Us font la guerre sérieusement, pratiquement, et leur abstention systématique dans l'attaque , leur énergie , — à laquelle je rends toute justice, — dans la défense, furent au siège de Paris l'une des marques de la sagacité avec laquelle ils envisageaient notre situation et la leur. Dans le cas présent, ils savaient que le plus sûr moyen de faire échouer notre dessein, sans risquer de grandes pertes, c'était de ne répondre au déploiement de nos lignes que par le canon et de défendre à outrance le Bourget.

J'ai dit que ce village en contre -bas de leurs positions hérissées d'artillerie leur appartenait, et qu'il n'avait eu pour eux qu'une très faible importance tant que, renfermés dans nos lignes de Saint-Denis, nous nous y étions tenus en état de défensive absolue. Ils n'occupaient le Bourget, je le répète, que par un poste d'observation. Mais depuis l'aventure que le général de Bellemare avait été chercher là, et aujourd'hui que nous portions l'offensive dans la plaine de Saint- Denis avec le gros des forces de l'armée de Paris, le Bourget avait pour eux comme pour nous une importance supérieure. De là ils pouvaient nous tourner à chaque instant si nous avancions dans la plaine au delà d'une limite déterminée.

Pendant que ces événements se passaient dans la plaine de Saint -Denis, le général Vinoy, chargé de couvrir notre droite, prononçait son mouvement en avant dans la vallée de la Marne, secondé par le feu de l'artillerie du plateau

d'Avron , des forts de Nogent et Rosny. La brigade Salmon s'emparait de la Maison -Blanche, la brigade Biaise du parc et des maisons de Villa -Evrard. Le canon tonnait de part et d'autre sur toute la ligne, et c'est à ce moment, vers la chute du jour, que le général Vinoy recevait de moi, avec l'avis de notre insuccès dans la plaine, l'ordre de s'arrêter dans les positions qu'il occupait.

Dans la nuit du 21 au 22 , une crise imprévue où devait périr le général Biaise, vieux soldat que recommandaient de longs et honorables services à l'armée d'Afrique, se produisit à la Villa-Evrard.

Ses troupes se reposaient des fatigues de la journée et, se croyant en sécurité, ne se gardaient sans doute qu'à demi. Tout à coup la fusillade éclate et un groupe d'Allemands pénètre dans le village à la faveur du désordre que fait naître une agression si contraire à leurs habitudes et, militairement, si peu explicable. L'obscurité était profonde, la confusion extrême, et elle est portée au comble par quelques coups de feu que tirent des soldats allemands réfugiés dans les caves pendant le combat de la veille. Le général Biaise est tué, — tué presque seul, — dans cette échauffourée bien plus tumultueuse que meurtrière, en cherchant à rallier son monde qui finit par se reconnaître et par chasser les assaillants. (Extrait du rapport officiel.)

J'ai toujours soupçonné, sans en avoir eu la preuve, qu'il y avait eu à Villa -Evrard plus de Français en état de panique (peut-être motivée par les coups de feu partis des caves) que d'Allemands en état d'irruption dans le village. Je n'en déplorai que plus amèrement la mort du commandant de la brigade. Elle portait à quatre le chiffre des officiers généraux qui avaient payé de leur vie l'effort que nous faisions à Paris pour la défense nationale.

A notre extrême gauche, le colonel Dautrement, commandant un régiment des mobiles de la Seine et quatre compagnies de la garde nationale de Saint- Denis, avait fait, par les ordres de l'amiral de la Roncière, une démonstration pour contenir les forces allemandes qui occupaient Stains. Vigoureusement conduite, elle avait donné lieu à un combat, — où fut tué le chef de bataillon Jenny, des mobiles, — qui avait été, au rapport de l'amiral, très honorable pour ces jeunes soldats.

Dans cette journée, les troupes n'avaient pas manqué d'équilibre , mais leur attitude m'avait paru plus indifférente que par le passé. Evidemment (je parle ici leur langage) elles en avaient assez, et beaucoup de leurs chefs, qui ne s'en cachaient guère, en avaient trop. Pourtant nos pertes, au contraire de celles que nous avaient coûtées nos précédents combats, étaient minimes. Elles auraient été insignifiantes si le drame de l'attaque du Bourget, glorieux pour ceux de nos compagnons qui avaient péri là, mais localisé, n'avait pas grossi le nécrologe de la journée.

L'armée , moralement affaiblie , restait numériquement intacte, et, ne désespérant pas encore de la lutte, j'avais prescrit au général Ducrot et au général Vinoy de garder leurs positions. Mais cette nuit-là même (du 21 au 22 décembre), nous allions rencontrer un ennemi qui devait nous faire bien plus de mal que l'armée allemande, soumettre les troupes non abritées à d'intolérables souffrances et leur porter le dernier coup. Le thermomètre était descendu à quatorze et à quinze degrés de glace. Il descendait encore quand, par les rapports qui me furent soumis, j'eus le chagrin de constater que dans les vingt- quatre heures près de mille cas de congélation (980) s'étaient produits dans l'armée.

Par les causes, — où entrent des erreurs et des fautes,

— que j'ai sincèrement exposées, les résultats de cette grande prise d'armes que , selon la loi française , le gouvernement et la population n'avaient pas manqué d'escompter comme une grande victoire, avaient été militairement nuls. Ils achevaient les découragements que trois mois d'efforts et de sacrifices stériles avaient fait pénétrer, du haut en bas, dans l'armée. Politiquement, même socialement, ils furent désastreux en portant au plus haut degré de violence les passions qui agitaient le mauvais Paris, en jetant le doute avec un commencement de défiance dans l'esprit du bon.

Ce fut dans la presse et dans les clubs une tempête d'objurgations, de récriminations, d'insultes. Je n'ai pas besoin de dire que, des unes et des autres, j'étais l'objectif principal. Je me permets d'ajouter, m'en croyant le droit, qu'elles ne me firent ni sortir de mon calme, ni dévier de ma ligne de conduite et de mes vues, encore moins tomber dans l'abattement. J'ai la confiance que pas un des officiers,

— amis ou adversaires, — qui furent en rapport avec moi jusqu'à la fin du siège , ne se refuserait à en témoigner.

Souvenir aux morts.

Officiers tués dans la journée du 24 décembre 4870 :

Le général Biaise.

Le chef de bataillon Jenny.

Les capitaines (lieutenants de vaisseau) .... Morand.

— — Peltereau ,

— — Laborde,

— — Boisset,

— — Patin.

— (des francs -tireurs de la Presse). . . Fournier.

Les lieutenants Charpentier,

— Huguet,

— (des francs -tireurs de la Presse). . e Colin.

Les sous -lieutenants Seguin,

. — Le Saulnier de Saint-Jouan,

— Belbezet,

— (des francs -tireurs de la Presse) Audouanne.

Il y eut en outre six officiers signalés disparus , sur le sort desquels je n'ai pas été fixé. Enfin, c'est devant le Bourget que périt, dans le courageux accomplissement de son charitable ministère, le brancardier d'ambulance frère Néthelme , de la doctrine chrétienne , tué à l'ennemi comme le soldat à son poste de combat.

Après la journée du 21 décembre je n'étais pas rentré dans Paris. Je m'étais établi au fort d' Aubervilliers , au centre de l'armée restée dans ses positions. J'étais résolu, comme je l'ai dit, à renouveler la lutte, avec l'espoir qu'une attaque mieux conduite et procédant par cheminements réguliers, que dans tous les cas je mènerais personnellement, nous rendrait maîtres du Bourget dont on a vu que la possession m'était indispensable pour porter mes troupes en avant aussi loin que l'exigerait l'éloignement systématique des Allemands.

J'ai dit quelques mots de ce que fut cette nuit du 21 au 22 décembre. Elle inaugurait une succession de sévices d'hiver dont la continuité et la violence, infiniment rares sous le climat de Paris, allaient moralement et matériellement achever la ruine des derniers ressorts de la Défense.

Je répète qu'écrivant pour éclairer les esprits, non pour toucher les cœurs, je ne décrirai pas les divers genres d'épreuves par lesquelles nos malheureux soldats furent assaillis. Elles furent telles, que la pensée de mener l'armée à la bataille dut faire place à la pensée de pourvoir à la conservation de ce qui en restait ; que dans cette mor-

telle quinzaine , plus de vingt mille hommes , frappés d'anémie, de congélation des extrémités, d'affections pulmonaires, sortirent des rangs pour n'y rentrer jamais; qu'enfin, profondément ému par le spectacle de cette grande détresse militaire, je me crus le devoir d'y rester associé, cheminant le jour au milieu des troupes et même la nuit à la lueur des feux des postes avancés, cherchant à encourager la constance de ces pauvres soldats, qui, loin de me maudire, me regardaient passer avec des yeux étonnés et bienveillants. Oh! les braves gens! Pourquoi faut-il que l'égarement social, après l'égarement politique, ait pénétré dans les âmes françaises!...

Dissensions gouvernementales.

J'étais là le 25 décembre, quand un pressant avis du gouvernement, qui déjà m'avait envoyé une députation pour m'interroger sur la situation, vint m'inviter à revenir prendre ma place au conseil. Il s'était livré pendant mon absence, spécialement dans la séance de ce jour, 25 décembre, à de vives et aigres discussions dont j'avais été à peu près exclusivement l'objet, et on verra plus loin que, dans la séance du lendemain à laquelle j'étais convié, je fus moins au fauteuil de la présidence que sur la sellette.

M. Jules Favre, M. Picard et quelques autres devenus très ardents contre moi, avaient repris, en l'accentuant, le thème de leurs récriminations précédentes. J'étais l'homme le plus respectable du monde, mais le moins en état de porter le poids de la dictature militaire que j'exerçais sans contrôle. Le système de temporisation que j'avais adopté ne répondait ni aux exigences de la situation, ni

aux desiderata de l'opinion. On me pardonnait de perdre vingt mille hommes, à la condition que la vigueur et retendue de l'action fussent en rapport avec un tel sacrifice! (Séance du 25 décembre.)

Ce que M. Gambetta appelait naguère mon inaction, ce que M. Favre appelait à présent mon système de temporisation, se chiffrait en décembre par six combats et deux batailles, ensemble dont l'importance, — quant aux efforts faits et aux sacrifices accomplis, — pouvait se mesurer par Fénumération qui suit :

Tués à l'ennemi ou morts de leurs blessures (à la fin de décembre).

Généraux 4

Officiers supérieurs 30

Officiers de rang 196

Sous -officiers et soldats 4100

Blessés ou disparus.

Officiers, sous -officiers et soldats 21000

C'est-à-dire trois fois le chiffre des pertes qu'avaient, à la même date, coûtées aux armées de la Défense nationale opérant en province tous les combats qu'elles avaient livrés.

On voit que les éminents avocats du conseil, appliqués à leurs méditations de cabinet sur la Défense nationale et tout entiers à leurs souvenirs de 92, parlaient à leur aise de l'effort que nous venions de faire. Ils consentaient le sacrifice de vingt mille hommes en une fois, si la grande bataille qu'ils réclamaient le rendait nécessaire, avec une désinvolture qui était certainement patriotique, mais injustifiable devant l'expérience et même le bon sens.

Tous les détails de ces discussions me furent rapportés par le général Schmitz, chef d'état-major général de l'armée, qui, pendant mes absences, me représentait au conseil pour les affaires militaires. Elles aboutirent à la résolution suivante :

Le gouvernement , entendant exercer un contrôle sur la conduite de la guerre, s'adjoindrait quelques officiers généraux pour examiner, dans une conférence spéciale que je présiderais, la situation militaire et statuer sur la direction qu'il conviendrait de lui donner.

Un membre ayant fait observer que le conseil s'engageait sur une pente qui pourrait aboutir à la révocation du gouverneur de Paris, M. Jules Favre dit que, pour sa part, il la prononcerait si elle était jugée nécessaire.

Gomme la grande majorité des Français aux prises avec des conjectures périlleuses et inextricables, M. Jules Favre et ses amis cherchaient un sauveur. On avait cru follement que je serais le sauveur. On s'était trompé, on en cherchait un autre ; nous sommes ainsi faits. Nous attribuons au maréchal de Moltke, — officier général d'un haut mérite, je pense, — tout l'honneur des extraordinaires victoires de la Prusse, alors qu'il revient pour la plus grande part à l'incomparable solidité de ses institutions et de son organisme militaires , à la continuité de la préparation dans la paix.

Dans la séance du 26 décembre, à laquelle j'assistais, je vis se reproduire les vues, les arguments, les critiques, que je viens d'énumérer. A l'appui du projet d'une grande action générale où l'on risquerait tout, j'entendais émettre cette opinion absolument imprévue :

Que les grands sacrifices d'hommes déterminent le plus

souvent un redoublement d'élan que ne produisent pas les petites pertes et les actions restreintes { .

On voit, par cette citation textuelle, que le gouvernement de la Défense était une singulière école de guerre.

Resté très calme devant un orage que j'avais prévu dès le jour de mon avènement à la direction des affaires de la Défense, le 4 septembre, je me bornais à répondre à mes censeurs, sans aucun déguisement, par un court historique de ces trois mois de siège , suivi de l'état présent de l'armée de Paris et de quelques réflexions relatives à ma situation personnelle :

ce Au moment de l'investissement, Paris n'avait pas d'arec mée, mais croyait fermement en avoir une, car la rue « était pleine d'hommes en uniformes et en armes. La jource née de Ghâtillon , conduite audacieusement par un général « audacieux, alors porté aux nues, conduite dans l'esprit ce qui animait la population et qui anime à présent le con- « seil, eut des résultats déplorables.

ce Il fallait faire une armée. Nous l'avons faite en deux ce mois. Mais, pendant ces deux mois, l'armée allemande, ce résolue à prendre Paris par la faim et par l'émeute, s'était ce fortifiée partout en nous entourant, à distance, d'une ce ligne de circonvallation dont les postes étaient électriquece ment reliés. Par complément, ses effectifs s'étaient accrus ce dans des proportions considérables, pendant ces deux ce mêmes mois, après les capitulations successives de Strasce bourg et de Metz.

ce Quand il fut acquis que le formidable réseau défensif ce derrière lequel nos jeunes troupes et la garde nationale « pouvaient défier toutes les attaques devenait inutile, il

1 Opinion de M. Garnier-Pagès (séance du 26 décembre).

(( fallut nous décider à l'offensive. Elle nous faisait perdre ce tous nos avantages, et mettait l'armée allemande en poscc session de tous les siens.

« C'est à cette œuvre, qui dépassait les aptitudes et les « forces, non pas les courages, des soldats de Paris, qu'ils « se sont usés.

« Après des efforts et des sacrifices qu'on ne trouve pas <r suffisants, — que je trouve énormes et profondément « douloureux, — l'armée de Paris a perdu ses meilleurs ce officiers et ses plus vaillants soldats. Son alimentation, « en l'état de nos approvisionnements , est loin de répondre « à l'excès de ses fatigues , et elle lutte , mal vêtue , avec « une résignation méritoire, contre d'extraordinaires vios lences de température. Enfin la démagogie travaille inceste samment les masses qui s'étaient naguère associées pour « la défense, quand nous espérions être attaqués, aux « quelques milliers de vrais soldats que nous avions à l'ori- « gine du siège. Ainsi tout souffre, tout périclite, et à « l'affaiblissement des forces physiques s'ajoute le décou- « ragement, même l'irritation dans les esprits.

« Je n'en reste pas moins pénétré du sentiment que nous è avons le devoir de tenir ferme, de faire durer la lutte (( tant qu'une armée française tiendra la campagne en pro- « vince, tant qu'il restera du pain dans Paris.

« Je reconnais d'ailleurs que , pour la direction de ce der- « nier effort, je n'aurai plus, soit dans le gouvernement, « soit dans l'opinion , les concours qui m'ont autrefois sou- « tenu. Gomme mon armée, je me suis usé à la tâche, une « tâche dont les difficultés insurmontables ne sont pas de « nature à être comprises par le plus grand nombre. Je me « tiens prêt à me retirer, — non par démission donnée, a; mais par remplacement ordonné , — devant un plus habile « ou un plus heureux.

« Quant à présent, je ne répugne à aucun degré à prési-

« der la conférence militaire où le conseil se propose d'en- « tendre l'avis des officiers généraux de l'armée de Paris « qui auraient sa confiance , à la condition que , conformé- <r ment à des principes que je ne puis pas déserter vis-à-vis « de mes sous -ordres, ils soient convoqués par leur chef <r hiérarchique, le gouverneur de Paris. »

Le conseil désigna pour la conférence les généraux Ducrot, Vinoy et l'amiral de la Roncière, et je les convoquai. Mais, — comme toujours, — l'objet et les effets de ces vains parlages gouvernementaux allaient s'effacer, au moins momentanément, devant des événements qui devaient surprendre le gouvernement, la population et l'armée, dès le lendemain matin, 27 décembre, le bombardement de Paris I

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