INTRODUCTION IX
porains qu'à celles des générations de l'avenir affranchies des préjugés, des engouements, des partis pris, enfin des passions du temps présent, que j'offre cette étude pour l'inévitable moment où elles auront à défaire et à refaire ce qu'on fait aujourd'hui.
A ceux qui , dans la discussion où je vais entrer, me trouveront pessimiste et chagrin, je répondrai :
« Avant les mauvais jours , vous avez déjà porté « contre moi cette accusation. Pouvez -vous la renou- « vêler après , quand le châtiment providentiel , dépas- « sant de beaucoup mes prévisions d'autrefois, nous « a si durement frappés dans notre orgueil par l'humi- « liation, dans notre richesse par la pauvreté déguisée, « dans notre sécurité par la menace de tous les jours? « Oseriez-vous soutenir que la sanglante leçon a élargi a les vues des hommes d'Etat, éclairé les esprits, relevé « les âmes ; que le caractère national retrempé par le a malheur, ennobli par le sacrifice, est plus modeste, « plus consistant, plus sage; que les masses françaises « revenues à la croyance, au respect, au devoir, à la « simplicité , sont plus sérieuses , plus déférentes et « d'un gouvernement plus facile ? — Non, sans doute. — « Eh bien! à l'œuvre. Que chacun de nous, selon ses « moyens, apporte au pays son effort. »
Je lui apporte le mien. Il ne sera pas populaire. De longtemps la France n'accordera son attention et son intérêt qu'aux publications qui lui diront beaucoup de mal de ses ennemis et quelque bien d'elle-même. Je laisse à d'autres le soin de consoler ainsi son orgueil.