LA DERNIÈRE ESCORTE MILITAIRE DE S. A. LE DUC DE NEMOURS
Nous nous consultions en vue de prendre un parti, quand un officier général en uniforme, grand et d'ensemble très distingué, sortant du palais, vient droit à nous. C'était M. le duc de Nemours.
« Commandant, me dit le prince, très brièvement, mais avec une bienveillante courtoisie, prenez, je vous prie, le commandement des compagnies d'infanterie qui sont là. Elles vont me servir d'escorte. »
Sur cet ordre, montant à cheval, je me dirige avec Villoutreys vers cette troupe, je lui annonce que je prends le commandement, je la forme en colonne et j'attends. Peu après, M. le duc de Nemours reparaît. Il est à cheval, entouré de quelques officiers, et nous pénétrons à sa suite, par la grande voûte centrale du palais, dans le jardin des Tuileries. Une foule compacte le remplit, mais la révolution qui, de l'autre côté du château, le serre de si près, n'est pas encore, paraît-il, en possession du jardin. Très peu de cris de : « Vive la réforme ! » couverts par les cris de : « Vive le roi! » Sur la place de la Concorde, nous côtoyons la colonne du général Bedeau, entourée d'une foule acclamant la réforme, et quelques escadrons de cavalerie adossés aux quais de la Seine. M. le duc de Nemours s'engage sur le pont que nous traversons derrière lui , va droit au palais Bourbon, met pied à terre devant le péristyle, franchit les degrés et disparaît. Les officiers de sa suite se retirent. Je reste seul, sans ordres, avec ma petite troupe en colonne sur le quai.
Après une attente qui ne dure pas, je pense, moins d'une heure et demie, quelques députés paraissant livrés à une