‹ Œuvres posthumesChapitre 74 sur 93 · LA DERNIÈRE ESCORTE MILITAIRE DU DUC DE NEMOURS · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE ESCORTE MILITAIRE DU DUC DE NEMOURS

vive agitation sortent du palais. L'un d'eux venant à moi :

f Que fait là cette troupe, commandant?

— Monsieur, j'ai reçu de M. le duc de Nemours le commandement provisoire de ces compagnies qui l'ont escorté du palais des Tuileries à la chambre des députés. Je n'ai reçu de lui , en dehors de ce mandat , d'instruction d'aucune sorte, et je l'attends.

— M. le duc de Nemours est parti depuis longtemps, aussi bien que Mme la duchesse d'Orléans qui l'avait précédé au palais Bourbon. Votre mission n'a plus d'objet. »

Réunissant les chefs des quatre compagnies de garde municipale et d'infanterie de ligne, je leur expliquai les faits antérieurs qui m'avaient mis inopinément en possession du commandement de circonstance que je venais d'exercer, et les faits actuels qui en marquaient le terme :

<r Vous ne pouvez, leur dis-je, penser à regagner isolément vos quartiers de la rive droite où la révolution est établie. La rive gauche est entièrement libre. Suivez -la jusqu'au Champ-de-Mars et à l'Ecole militaire, où vous vous mettrez à la disposition du commandant local, qui vous assurera le couvert, les vivres, et vous donnera les ordres que comporteront les circonstances présentes et à venir. »

Ils partirent, et mes subordonnés d'occasion purent échapper à l'humiliante et douloureuse destinée que subirent les troupes restées au centre de l'orage révolutionnaire, le désarmement.

Je n'avais pas, le 24 février 1848, l'honneur d'être connu de M. le duc de Nemours. Je ne l'ai jamais revu. Si, quoiqu'un peu mon aîné, il me survit, et que ces pages tombent sous ses yeux, il sera plus que surpris, je pense, d'apprendre :

342 L'HISTOIRE ANECDOTIQUK

Que le jeune chef d'escadron qui fut ce jour -là le commandant de la dernière escorte militaire qui l'ait suivi, n'était autre que l'officier portant aujourd'hui (1894) le poids de quarante ans de généralat, à qui la détresse du pays après Sedan , une révolution et un long siège ont fait naguère une notoriété à présent ensevelie avec lui sous les ruines du passé.

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