A VARNA. — LES INCERTITUDES
Nous sommes à Varna sur la mer Noire, 27 juin -7 septembre. Le drame de Sébastopol avec ses redoutables et interminables péripéties a effacé dans les esprits, et peutêtre dans l'histoire, le drame de Varna. J'affirme cependant que là furent mis à des épreuves qui ne peuvent être dépassées les gens de guerre que le devoir fixait au centre de cette première tempête de la guerre d'Orient.
Qu'on se figure deux armées qui, à des centaines de lieues de leur pays, sont sans instructions de leurs gouvernements qui ne sont pas en état de leur en donner, et dont les chefs ne peuvent s'en donner à eux-mêmes, car ils ne sont fixés militairement et politiquement sur rien de ce qui pourrait guider leurs résolutions. Ces armées sont d'abord venues à Gallipoli dans une hâte qui a exclu toute préparation, pour couvrir Constantinople qui semble immédiatement menacée. Et voilà que la forteresse turque de Silistrie, qu'on ne supposait pas pouvoir tenir quinze jours devant les forces russes, les arrête à elle seule depuis deux mois dans une lutte émouvante , souvent corps à corps, dont l'héroïque ténacité et la durée apportent aux armées alliées un objectif