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LES INCERTITUDES

et une direction qui mettent fin à leurs incertitudes. Il faut courir à l'assistance des vaillants défenseurs de Silistrie.

Elles y courent par terre et par mer dans une hâte nouvelle , avec une base d'opérations tout indiquée , Varna , port et place turcs voisins de la forteresse assiégée. Mais que trouve- 1- on en y arrivant? La nouvelle absolument imprévue de la levée du siège par les Russes, qui ont repassé le Danube et semblent s'en retourner chez eux.

Que faire ? Voilà un point d'interrogation qui se pose à la fois à Paris, à Londres, à Constantinople et à Varna. De partout, la force absolument inconsistante en ces matières et en beaucoup d'autres qu'on appelle Y opinion, nous conviait à suivre l'épêc dans les reins, comme on dit, la retraite de l'armée russe , en quoi , à mon avis , nous aurions expressément répondu à l'intention de se voir suivis qu'exprimait cette retraite de nos adversaires. Le maréchal, inclinant d'abord à cette opération, s'était quelque peu engagé dans ce sens vis-à-vis des Turcs. Gomme tout général algérien formé par la razzia, il aurait aimé à faire ses preuves dans une entreprise de grande guerre. Son tempérament très énergique l'y portait. Sa rare intelligence de toutes choses ne tarda pas à lui déconseiller l'aventure.

Dans le conseil des alliés dont j'étais le secrétaire, et dans les deux armées, la discussion pour et contre devint journalière et assez animée. Mais les partisans d'une marche en avant au delà du Danube et jusqu'au Pruth, projet qui ne pouvait tenir devant la discussion des voies et moyens, rencontraient des contradicteurs résolus qui exprimaient les idées suivantes :

<r Vous n'avez pas de parc d'artillerie, pas d'équipage de <r pont, pas de magasins d'approvisionnement, pas d'anibucc lances de marche, pus de moyens de transport dans un « pays qui ne vous en offre aucun. Vous n'êtes pas une

3o8 L'HISTOIRE ANECDOTIQl'E

« armée de guerre, vous êtes une armée d'expédition, — « et d'expédition maritime, — dont le ravitaillement en ce hommes, en chevaux, en vivres, en matériel, dont l'exisi tence, pour tout dire, sont étroitement liés à la flotte de « guerre et de transport qui l'a conduite en Orient. Cette ce flotte, par la mer et par la vapeur, vous met en contact « permanent avec la France et l'Angleterre. Elle est et doit « rester pour toutes vos entreprises futures votre néces- « saire, unique et très puissante hase d'opérations, s

Cette argumentation irréfutable devait inévitablement prévaloir; mais, en envisageant les divers objectifs que pourraient se proposer les alliés dans une entreprise à la fois militaire et navale, on n'en pouvait découvrir que trois : Odessa, Anapa, Sébastopol.

L'occupation d'Odessa était sans aucun avenir militaire pour les deux armées, et la destruction par bombardement de cette ville ouverte, de cette grande métropole de commerce et d'affaires, répugnait aux esprits sérieux, soucieux de la dignité des pavillons de France et d'iVngleterre.

La forteresse circassienne d' Anapa, tout à fait en dehors de la région politique et militaire où notre action offensive pouvait s'exercer utilement, n'avait pour nous, et pour les Russes eux-mêmes, qu'une importance locale entièrement secondaire.

Voilà comment le débat finit par se rencontrer exclusivement sur Sébastopol, et comment l'opinion, dans les deux armées, en vint à envisager sans émoi, et bientôt avec ardeur, une opération de guerre dont tout le monde apercevait les périls. Mais on reconnaissait qu'il n'y en avait pas d'autre possible, pas d'autre dont la grandeur fût en rapport avec le haut rang qu'avaient dans le monde les nations, les armées et les flottes que les desseins politiques très incertains de leurs gouvernements avaient conduites à cette

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