‹ Œuvres posthumesChapitre 12 sur 43 · CH£Z LES ROMAINS · texte numérisé non relu

CH£Z LES ROMAINS

dans leur lutte contre l'aristocratie. La plèbe, n'attendant plus rien des voies légales, se met au service des ambitieux. Sylla distribue des terres à quarante-sept légions; César suit les traces de Sylla: il établit cent vingt mille légionnaires. Antoine et Octave imitent son exemple : la terre devient la monnaie dont le despotisme paye ses partisans. Vers Fan 90 avant Jésus- Christ, les droits politiques avaient été conférés aux Latins, quelques années plus tard, à toute la péninsule; le domaine quiritaire est étendu à toute Tltalie, dont Rome n'est plus alors que la capitale.

Avec l'Empire, Yœrarium^ trésor public, est remplacé par le fiscus, trésor du prince. Les attaques à la propriété quiritaire vont commencer. Auguste établit rimpôt sur les successions et les adjudications. Si Caracalla confère, l'an 212 après Jésus-Christ, le droit de cité aux provinces, c'est afin de pouvoir leur imposer les contnhuiioïÈ^judtcate qui pesaient déjà sur l'Italie, tout en les laissant grevées de l'impôt foncier, qui leur était propre. Dans les Idées roiudlfles, cet impôt était une contradiction : il aurait m^^ué une sujétion; il était réservé aux provinces, qui n'avaient pas le dominium. La substitution de l'Empire à la République a ^.ellement changé les idées, que Haximien finit par établir l'impôt foncier en Italie.

Le domaine impérial, qui a remplacé Yager publi-eus, comme le fisc avait remplacé Yœrarium^ est immense, mais désert. Pour rendre la terre productive et ramener la population, les empereurs concèdent, à titre de possession, partie de leur domaine avQc cer-

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taines exemptions de droits. Coûstanlîn institue le colonat, condition mitoyenne entre la propriété et l'esclavage, l'analogue et l'origine de ce qu'on a appelé plus tard le servage. L'impôt et la concurrence servile découragent la petite propriété, au point que sous Honorius, il y avait dans la seule Campanie 528,042 jugera de terres désertes.

Les concessions faites sur le domaine impérial, comme plus tard sur les terres de l'Église, afTeclent la forme de l'emphyléose : empHyteusis^ implantation (d'hommes). Les barbares, sous la seule condition du service militaire, sont admis en masse à Temphytéose, qnî prend alors le nom de bénéfice.

Ainsi, c'ei^ l^empire ^i à amené en Italie et partout les barbares, après avoir détruit les habitants; c'est l'empire qui a tué la propriété, et qui a dû ensuite la remplacer par le colonat, Temphytéose, le béDéfi^, et préluder ainsi à la féodalité. « Entre l'empire; purement latin et lés monarchies barbares, dit CbâtesÈftbriând, il y a un empire romain barbare qui a duré près d'un siècle avant la déposition d'Augustule. C'est ce qu'on n'a pas remarqué, et ce qui explique pourquoi, au moment de la fondation des royaumes barbares, rien ne parut changé dans le monde : aux malheurs pris, c'étaient toujours les mêmes hommes et les mômes mœurs. »

Avec le droit de propriété, Tempire attaque la puissance paternelle : Auguste établit le peculium casirense; Trajan, Adrien, Alexandre-Sévère, Constantin transfèrent aux tribunaux la justice familiale. Le

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droit de succéder aux biens de la mère est accordé par Adrien, Constantin, Théodose, Âreadius et Honorius, Justinien. La condition des femmes est changée : elles ne sont plas en tutelle d*agnat. L'ancien àmt était trop rigoureux pour elles, le droit impérial trop relâ** ché : le premier les faisait esclayes, le second les rend étrangères. Par ces transformations de la Loi, la fa** raîHe n'est plus considérée comme un tout inviolable ; les enfants sont à TÉtat avant d'être au père; ils ont un pécule, une propriété, des obligations, des droits» De là, restrictions au testament : création d'une légi* lime, on conjonction dans un même héritage de U succession ab inteêtat avec la succession testamenttmre. Ici encore l'ancien droit, par religion domestr**que, était trop rigoureux ; toujours éloigné de la juste mesure, il devient trop relâché et dégénère en une sorte de communisme gouvemementalista* La famille périt; elle n'a pas revécu. En vain les lois Julia et Puppia Poppœa accordât des encouragements au mariage et frappent de pénalité le célibat ; il fallait une loi agraire, moins d'impôts, moins de soldats et la Liberté. Le but est manqué ; la promiscuité prend le dessus^ Le législateur est forcé de reconnaître le «OBcubinat, que le concile de Tolède autorise à son tour : « Si qui$ habens ux4>rem fiddem eoneubi' nom habet^ non communieef. Cœterum qui mn ha^ bet uxorem, et pre uoBore eonctêbinam habet^ à eommunionenwhrepêllaiur : Umtumutuniui mulUrii^ aut uxorts, aut concubinœ, ut eiplacueritj sitconjunetione contentus : Si quelqu'un, ayant une éppuse

fidèle, prend une concubine, qu'il soit exclu de la communion. Quant k celui qui n*est pas marié et qui prend une concubine, qu'il ne soit pas repoussé de la communion, pourvu qu'il se contente d'une seule femme, épouse ou concubine, à sa convenance. » La loi impériale, qui a ainsi passé dans l'Eglise, se retrouve dans les lots des Lombards ei des Francs.

Ainsi, toutes les prévisions de l'aristocratie se sont réalisées. La plèbe, appelée à la possession foncière, mais incapable d'en comprendre les devoirs, a laissé le champ libre au despotisme ; elle a tout sacrifié aux intérêts matériels. République et liberté, famille et mariage, tout a péri avec l'antique propriété. Comme l'observa plus tardJustinien, du moment où Caracalla communique le domaine quiritaire, privilège de l'Italie, à toutes les provinces de l'empire, la distinction entre la possession et la propriété devient nulle.

On le voit, l'idée de propriété n'est pas venue toute seule à la plèbe, elle lui a été inoculée par les pères conscriffts^ fondateurs de la République ; elle lui est entrée dans l'esprit avec la notion même du droit, avec la religion.

Le peuple, dans le principe, ne réclamait pas le domaine quiritaire ; il se contentait d'une simple possession, et il la demanda, cette possession, comme garantie de liberté, de mordité, de justice et d'ordre. Ce ne fiit pas sa faute si elle se confondit ensuite avec la propriété; ce fut le fait des événements de l'irrévocable histoire.

L*empire tombé, les hordes germaniques débor-

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