CHEZ LES ROMAINS
4ut naturellement s'opposer de toutes ses forces* On a reproché à cette caste altière son avarice, sa cruauté, son fanatisme de privilège : il y a beaucoup de vrai en tout cela. Mais je ne trouve pas que l'on aitas&es tenu compte aux patriciens d'une ehos«i : ils défendaient des principes, et s'Us résî3taia[tt à ce que nous appelons aujourd'hui le progrès, et dont personne à Rome n'avait certainenaent l'idée, ils avaient pour eux la logique; ils étaient les vrais conservateurs de la République. En ce qui concerne le sol, par exemple, les patriciens pouvaient dire que, la royauté ayant été abolie, le patriciat l'avait remplacée; que la souveraineté était en lui, qu'il était donc naturel qu'ils eussent le domaine éminmi; qu'en conséquence, c'était à eux seuls que devaient revenir les terres conquises, comme autrefois elles eussent été dévolues au roi; que les plébéiens ne pouvaient être que leurs tenanciers, leurs fermiers; que les admettre, comme on faisait, ex mqtêOy avec les patriciens au partage de VagerpablicuSj c'était renverser tous ks rapports sociaux et politiques, faire du sujet l'égal du souverain; que le titre de possession^ donné à ces terres, était illusoire, puisque les concessions étaient irrévocables; que le plébéien, soi-disant tenancier de l'État, n'était soumis à aucune redevance, et que, sauf l'hommage à l'État, il disposait de sa possession comme le patricien de sa propriété; bref, qu'appeler à la possession foncière la multitude, qui n'en consi-* dérait que les avantages matériels, mais n'en com'^ prenait pas les devoirs, c'était avilir la noblesse et
116 tA PROPRIÉTÉ
perdre la République. Si tel ne fut pas le discours des nobles, c*aa fut au moins la pensée. Déjà Ton commençait à prévoir que la plèbe, non moins avide que l'aristocratie, mais beaucoup moins jalouse des libertés publiques et de la constitution, la plèbe, matérialiste et sensuelle, ferait bon marché des lois et tuerait la République.
L'opposition du sénat fut impuissante, et devait l'être. Ses observations étaient justes, mais ne répondaient point à cette argumentation si pressante et si simple du parti plébéien .Nousaussi, nous voulons être libres; nous aussi, nous entendons ne dépendre que de la loi; nous aussi, nous revendiquons le droit à la terre, comme nous avons revendiqué le droit à la famille, comme nous avons revendiqué le droit à la religion. Pourquoi resterions -nous sans sacrifices, sans autels, sans dieux, plutôt que vous? Pourquoi nos femmes seraient-elles des concubines, et nos enfants des bâtards, plutôt que les vôtres? Pourquoi, si nous avons le culte et la famille, n'aurions-nous pa^ la terre, gage d'inviélabililé, aussi bien que vous? Prétendez-vous faire éternellement de nos filles vos maltresses, comme Appius fit de Virginie, de nos fils vos mignons, comme fitPapiriusî... La réponse était foudroyante et à bout portant : aussi la victoire du peuple ne fut pas un moment douteuse.
En 286, nouvelle distribution de terres au peuple et abolition des dettes par le dictateur Hortensius. Sept jugera sont donnés à chaque citoyen pauvre.
En 133 paraissent les Gracques; ils succombent