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matiqn et de son développement pratiques. La pro-priété^ si on la saisit à V origine^ est un principe vicieux en soi et antisocial^ mais destiné à devenir, par sa généralisation même et par le concours d'autres institutions^ le pivot et le grand ressort de tout le système social. La première partie de cette proposition a été démontrée par la critique de 1840-48; c'est au lecteur à juger maintenant si la seconde est prouvée d'une manière satisfaisante.
Est-il vrai que l'État, après s'être constitué sur le principe de la séparation des pouvoirs, requiert un contre-poids qui l'empêche d'osciller et de devenir hostile à la liberté; que ce contre-poids ne peut se rencontrer ni dans l'exploitation en commun du sol, ni dans la possession ou propriété conditionnelle, restreinte, dépendante et féodale, puisque ce serait placer le contre-poids dans la puissance même qu'il s'agit de contre-balancer, ce qui est absurde ; tandis que nous le trouvons dans la propriété absolue, c'està-dire indépendante, égale en autorité et souveraineté à l'État? Est-il vrai, en conséquence, que par la fonction essentiellement politique qui lui est dévolue, la propriété, précisément parce que son absolutisme doit s'opposer à celui de l'État, se pose dans le système social comme libérale, fédérative, décentralisatrice, républicaine, égalitaire, progressive, justicière? Est-il vrai que ces attributs, dont aucun ne se trouve dans le principe de propriété, lui viennent au fur et à mesure de sa généralisation, c'est-à-dire à mesure qu'un plus grand nombre de*citoyens arrive
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à la propriété ; et que pour opérer cette généralisation, pour en assurer ensuite le nivellement, il suffit d'organiser autour de la propriété et pour son service un certain nombre d'institutions et de services, négligés jusqu'à ce jour, abandonnés au monopole et à l'anarchie? Voilà sur quoi le lecteur est invité à se prononcer, après mûr examen et sérieuse réflexion.
La destination politique et sociale de la propriété , reconnue, j'appellerai une dernière fois l'attention du lecteur sur l'espèce d'incompatibilité qui existe ici entre le principe et les fins, et qui fait de la propriété une création vraiment extraordinaire. Est-il vrai, demanderai-je encore, que cette propriété, maintenant sans reproche, est pourtant la même, quant à sa nature, à ses origines, à sa définition psychologique, à sa virtualité passionnelle, que celle dont la critique exacte et impartiale a si vivement surpris l'opinion ; que rien n'a été modifié, ajouté, retranché, adouci dans la notion première; que si la propriété s'est humanisée, si de scélérate elle est devenue sainte, ce n'est pas que nous en ayons changé l'essence, que nous avons au contraire religieusement respectée; c'est tout simplement que nous en avons agrandi la sphère et généralisé l'essor? Est-il vrai que c'est dans celte nature égoïste, satanique et réfractaire que nous avons trouvé le moyen le plus énergique de résister au despotisme sans faire crouler l'État, comme aussi d'égaliser les fortunes sans organiser la spoliation et sans museler la liberté? Est-il vrai, dis-je, car je ne saurais trop insister sur cette
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vérîté k laquelle la logîqne de Fécole ne nons à pasaccoutumés, que pour changer les effets à' une institution qui, dans ses commencements, fat le comble de l'iniquité, pour métamorphoser l'ange de ténèbres en ange de lumière, nous n'arons en besoin que de Topposer à lui-même, en même temps qu'au pouvoir, de l'entourer de garanties et de décupler ses moyens, comme si nous eussions voulu exalter sans cesse, dans la propriété, l'absolutisme et l'abus?
Ainsi, c'est à la condition de rester ce que la nature l'a faite, à la condition de conserver sa personnalité entière, son moi indompté, son «sprit de révolution et de débauche, que la propriété peut devenir un instrument de garantie, de liberté, de justice et d'ordre. Ce ne sont pas ses inclinations qu'il faut changer, ce sont ses œuvres; ce n'est plus en coihbattant^ à la manière des anciens moralistes, le principe de concupiscence, qu'il faut désormais songer à purifier la conscience humaine; comme l'arbre dont le fruit âpre et vert au commencement se dore au soleil et devient plus doux que le miel ; c'est en prodiguant à la propriété la lumière, les vents frais et la rosée que nous tirerons de ses germes de péché desfruits de vertu. Notre critique antérieure subsiste donc :^ la théorie de la propriété libérale, égalitaire, moralisatrice tomberait, si nous prétendions la distinguer de la propriété absolutiste, accapareuse et abusive; et cette transformation que je cherchais sous le nom de synthèse, nous l'avons obtenue, sans aucune altération du principe, par un simple équilibre.
On m'a accusé de .n'aroir été, àam cette critique dont chacun peut aujourd'hui apprécier rimporlance, que le plagiaire de Brissot. On dira bienlèt, je m'y attends, que pour la tbé<Mie dont je vieus de dc»mer Tébanehe, je ne suis aussi que le plagiaire de quelque auteur mort-né, perdu dans la poussière des InUio- Aèques depuis deux ou trois cents ans. Tant mieux si r<m me trouve des devanciers; je n'en aurai que plus de confiance en moi-même et plus d'audace. En atten* dant, je ne connais l'ouvrage de jfoissot que par les extraits qu'en a publiés, en 1850, un M. Sudre, dans un ouvrage couronné par rÂeadémie française. C'^ait le temps où Ton appelait à la rescousse contre le socidisme la jeunesse lettrée, où Ton prodiguait les encouragements à ceux qui brûlaient le )rius d'encens devant la propriété. Il résulte des extraits publiés par M. Sudre que Brissot aurait dit avant moi, mais seulement par forme d'hyperbole et dans le feu de la déclamation, la propriété, c'eit le vol l Si c'est la priorité de Texpresâon que l'on revendique pour le jeune publiciste qui devint plus tard chef de la Gironde, je la lui cède volontiers. Mais Brissot n'a pas compris le sens de ses propres j)aroles, et sa critique est erronée sur tous les points. D'abord, en disant que la propriété est un vol, il n'entend nullement atta-quer le principe de concupiscence qu'a condamné rÉvangile et duquel sont sortis ces deux équivalents économiques, le vol et la propriété : ce n'était pourtant qu'à cette condition que l'invective de Brissot ^pouvait avoir une valeur philosojAique et être consi*
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dérée comme \xm définition. Loin de là, ce que Brissot blâme et condamne dans la propriété et qu'il appelle vol, est justement ce qui en fait l'énergie, sans quoi la propriété n'est plus rien, et laisse la place à la tyrannie, l'absolutisme et l'abus. Ce qu'il demande, c'est qu'on revienne à la propriété naturelle^ cojDme il la nomme, c'est-à-dire à cette possession conditionnelle, restreinte, viagère, subordonnée, dont nous avons raconté la formation au sortir de la communauté primitive, et que nous avons du rejeter ensuite comme une forme de civilisation inférieure, propre seulement à consolider, sou^ des apparences d*équité, le despotisme et la servitude. Brissot, en un mot, après avoir très-bien vu les excès de tous genres qui de tout temu» avaient déshonoré la propriété, n'a pas compris que la propriété était, par nature et destination, absolutiste, envahissante et abusive, jm utendi et abutendij qu'elle devait être maintenue telle, si Ton voulait en faire un élément politique, une fonction sociale; il a voulu, au contraire, la rendre raisonnable, modérée, eu faire une pythagoricienne : ce qui le faisait retomber tout juste dans l'état de subversion auquel il s'agissait de mettre fin.
D'autres ont prétendu qu'en 1840 et 1846, de même qu'en 1848, j'avais visé à la célébrité par le scandale. Cette fois ils diront, déjà ils l'impriment, que je cherche à ramener sur moi l'attention du public, qui m'abandonne, par une contradiction nouvelle, plus impudente encore que la première. Que Teuton que je réponde à des intelligences borgnes. Fou-
rîer aurait dit simplistes, fanatiques de Tunité en logique et métaphysique aussi bien qu'en politique, incapables de saisir cette proposition, pourtant bien simple : que le monde moral, comme le monde physique, repose sur une pluralité d'éléments irréductibles et antagoniques, et que c'est de la contradiction de ces éléments que résulte la vie et le mouvement de l'univers? Eux, au contraire, expliquent la nature, la société et l'histoire comme un syllogisme. Ils font tout sortir de I'un, comme les anciens* mythologues; et quand on étale devant eux cette multitude d'inconciliables, d'indéfinis et d'incoercibles qui bouleversent leurs cosmogonies unitaires, ils vous accusent de polythéisme et soutiennent que c'est vous-même qui êtes en contradiction. Ces hommes, en qui la faconde égale l'ineptie, ont acquis une certaine considération dans le monde des badauds, ravis de s'entendre dire, par ces beaux discoureurs, qu'il n'y a rien de vrai au delà de ce qu'ils ont appris en nourrice, et que la suprême sagesse consiste à penser ce qu'ont pensé leurs pères. Le règne de ces charlatans ne finira qu'à la banqueroute du dernier préjugé: c'est pourquoi, tout en les méprisant, nous devons nous armer de patience.
J'ai exposé les sentiments qui ont dicté ma conduite depuis vingt-cinq ans. Je n'ai pas été animé, quoi qu'on ait dit, d'une pensée foncièrement hostile ni pour l'institution de propriété, dont je cherchais la clef, ni pour la classe des bénéficiaires. J'ai demandé une Justification meilleure du droit établi, et cela dans ua
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iMit de consolidation, — comme aussi, bien entendu,, s'il y avait lie», ^— de réforme.
Et ja puis dire aujoard'Iiui que, sous ce dernier rapport, je ne me suis pas trompé dans mes espérances. La théorie de la propriété, que je produis enfin, ne satisfait pas seulement à un besoin de logique au^ quel peu de gens sont sensibles; elle ouvre des perspectives immenses; elle jette un vif édat sur la base du système social ; elle nous révèle une des lois les fats profondes'de notre nature, à savoir que la faculté égoïste, que la morale antique et chrétienne, que rinsTînet de toutes les premières sociétés avaient fait repousser, a été justement désignée par la nature pour être le premier représentant, le gérant du Dfoit.
Peut-être aurais-je mieux fait de garder le silence que d'agiter le puWic d'une controverse inquiétante, et qui pouvait avoir ses dangers.
A cela je réponds que mon intention était de faire appel aux savants et aux juristes; — que j'ai posé la question en mi temps parfaitement calme, 1840, en pleine paix sociaje, huit ans avant la révolution de Février, alors queM. Thîers était ministre, MM. Vivien et Dufaure, avec lui ; — qu'en 1848 je me suis tenu à l'écart; que les cris de la presse conservatrice m'ont obligé seuls à rompre le silence, et que c'est uniquement pour me défendre que je suis devenu, d'écrivain isolé, journaliste et publiciste.
Je ne crois pas que jamais philosophe ou savant ait poursuivi si longtemps une vérké, et surmonté autant d'obstacles : il m'a fallu pour cela plus que l'amour du
vrai et de la justice : il m'^ fallu l'opiniâtreté contre l'opinion de mes contemporains. Je compte pour rien tous mes procès. Jamais pareille angoisse n'avait été éproavée; janaaûs scepticisme plus dangereux n'était sorti d'une critique. Si k propriété est démontrée illér gitime, et qu'on ne puisse ia détruire ni la changer; queUe est donc la moirale bumaine? qu'est-ce que la société ? Chercher le droit, endésespoir de cause, dans l'abus, qui s'en fût âVisé jamais!' •
A raison de la persévérance et de la sintérité que j'ai apportées dans mes études^ j'ai le droit de me plaindre du public et de demander pourcjuoi injustica m'est constamment faite. Pourquoi ?C'#et que je prê-^ cfae le droit, tout le droit, rien que le droit, et que 97 hommes sur iOO veulent plus ou moins que le droit. ■ . '
Sur éAO individus, il y a 25 scélérats, convicts ^u non convicts, notoires ou occulUis, 30 coquins, 15 douteux, 7 passables, qui ne font janiais tosi, de leur propre mouvement, à personne, mais ne sacrffiei^Bt pas une cèole pour la vérïté, et 3 hommes de vraie vertu et probité.
On crie sur moi mdémolisseur. Ce nom ne reslern jusqu'au bout; c'est la fin de non-rec#voîr quoii oppose à iMs mes ti'avatix : homme de démofinon, impuissant à produire ! . . . J'ai pouxtanl donné déjà passablement ^ démonstrations de choses très*positives telles que : '•
i. Une théorie de la Forcé collective : métaphysique du Groupe (sera surt€i^ démontrée, ain^ que la
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théorie des Nationalités, dans un livre qui sera prochainement publié);
2. Une théorie diâiectique : Formation des genres et espèces par la méthode sérielle; agrandis^sinent du syllogisme, qui n*est bon que lorsque les prémisses sont admises ;
3. Une théorie du IH'oit et ie la Loi morale (doctrine de rimraanence) ;