PROUST
aphorisme attribué aux Anglais : Le temps est argent ; et par <^t adage d*an philosophe moderne : Le lemps est l'étoffe dont la vie est faite.
Mais comment découvrir cette journée théorique, moyenne Journée de tous les Ir availleurs du globe, dans Tordre de la science, de Fart, de la politique, comme de f agriculture et de l'industrie?
Gomment la constater, la reconnaître, si elle-même, ce qui est indubitable, est, d'un siècle à l'autre, d'une génération à l'autre, variable?
L'impossibilité apparente d'une semUabte détermination a fait abandonner, nier même le principe de A. Smith : chose aussi raisonnable que le serait la conduite d'un géomètre qui, ne pouvant résoudre un problème, prendrait le parti de nier ses axiomes. La pratique, malgré les constata* tions de la science et les perturbations du commerce, en est restée au point où Ta portée la Convention, dans son système de poids et mesures : après avoir déterminé, d'après les dimensioDS du globe, l'unité de poids, on s'est servi de cette unité, appliquée aux métaux précieux, pour déterminer l'unité de valeurs, comme si, entre le méridien et l'action industrielle de l'homme, il pouvait y avoir une commune mesure!
Aujourd'hui l'erreur est devenue si considérable qu'elle £rappe tous les yeux : les transactions en sont faussées; le producteur en pâtit; l'ouvrier surtout en est victime. Quant à la Banque et aux autres soi-disant institutions de crédit, elles profitent de l'anomalie pour réaliser de gros bénéfices par un agio énorme.
Pour dire toute la vérité, le franc de la Convention n'est pas le FRANC véritable; c'est unefauase mesure, une fausse monnaie.
Eh bieni ce franc authentique, prétendu introuvable, nous l'avons trouvé sans effort et, pour ainsi dire, sans l'avoir cherché. Cette monnaie naturelle et légale, nous la possédons dans le boa général de la Société, et nous pou-
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voDS dire d'elle comme le roi Inachus de sa fille lo : Tn non inventa, reposta es.
Par le tarif du change, à l'arbitrage duquel ni l'or, ni l'argent, ni le platine, ni aucun métal, produit, ou service déterminé de quantité, qualité, poids, ^vrée, etc., ne peut se soustraire;— tandis que le billet de la Société ou bon général d'échange est représentatif du pair, c'est-à-dire de VwMié idéale dont on est forcé d'admettre que toute valeur échangeable se compose ; — par l'action de ce tarif, disons-nous, il est évident que ce papier social, gagé sur Tor, l'argent, les produits, les lettres de change, le travail des producteurs, le sol cultivable, les instruments de travail et les maisons, ce papier qui, dans le principe, semblait n'être, comme le billet de la Banque de France, qu'une représentation du numéraire, est devenu la représentation de toutes les valeurs possibles; et puisqu'il s'énonce en francs, il est évident encore que ce franc^ exprimé par le billet de la Société, n'est plus le franc de la Convention, soit S grammes d'argent à 9/10«* de fin, ou une quantité proportionnelle d'or : c'est le franc de la nature et de l'humanité, le franc de la science que Adam Smith avait entrevu dans la journée de travail.
En effet, puisque le bon général d'échange est représentatif de toutes les valeurs produites; que ces valeurs ont toutes pour origine et détermination primordiale la quantité de travail qu'elles ont coûté; que, comparées entre elles, elles supposent une moyenne autour de laquelle chacune oscille et pivote dans une ellipse plus ou moins allongée, comme les planètes et les comètes autour du soleil : il s'ensuit que le bon d'échange, valeur type ou étalon de la Société, n'est autre chose que l'expression de cette unité, ou d'un multiple de cette unité, ou d'une fraction de cette unité , que nous avons appelé la journée moyenne de travail.
Supposons, pour un moment, que cette journée moyenne réponde à une quantité de 25 grammes d'argent à 9/10* de fin, soit une pièce de cent sous: nous dirons que l'ouvrier
qui gagne 5 francs par jour gagne une journée; que celui qui gagne 2 fr. 50 c, 3 francs, 4 francs, gagne 1/2, 3/5, 4/5 de journée; que celui dont le salaire s'élève à 10 ou 15 francs, gagne une journée double ou triple de la moyenne.
Et voyez maintenant les conséquences : si le salaire des ouvriers s'exprime en francs de la Société, non plus en francs métalliques de la Convention ou de la routine^ le prix des objets de consommation peut osciller et danser tant qu'il voudra : l'ouvrier ne supportera jamais que sa juste part de la baisse comme de renchérissement. Est-ce que la journée moyenne de travail ne reste pas la base de toutes les évaluations? Est-ce que le billet de la Société n'exprime pas cette journée moyenne, quelle qu'elle soit? Que cette moyenne varie donc tant qu'elle voudra, comparativement à elle-même, elle n'en reste pas moins, relative^ ment aux valeurs produites dont elle est la base, l'unité fixe, idéale^ absolue. Tandis que nous voyons l'ouvrier qui, depuis un demi-siècle, reçoit un salaire moyen de 4 francs, appauvri de 25 p. 100 par l'effet de la hausse des autres produits et du stationnement, voire même de la baisse des métaux; ce même ouvrier, si son salaire eût été exprimé en francs théoriques de la Société, aurait bénéficié de toutes les améliorations industrielles : avec le même salaire, son bien-être se serait accru de toute la quantité dont il a été diminué, 25 p. 100.
Nous terminons ici ces éclaircissements, qui demanderaient un traité spécial. Bornons-nous à dire que c'est par cette monétisation générale des produits, par cette haute police exercée sur toutes les valeurs, conséquence nécessaire de Torganisation de l'échange telle que nous Tavons précédemment exposée, que la France prendra le pas sur toutes les nations et deviendra pour jamais le porte-drapeau de l'humanité civilisée.
le.
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$ 8. — Création de succursales.
La Société de TExpositioD perpétuelle est destinée à centraliser toute la circulation commerciale. Elle n'existerait qu'à demi; elle manquerait à sa mission, elle péricliterait et tomberait à la (in, si, par une inconséquence sans excuse, elle agissait autrement.
Que serait son papier 6duciaire, si Fusage devait s^en renfermer dans le rayon kilométrique de la capitale, tout au plus dans les limites du département de la Seine? A quoi bon ce levier, d'un bras si long, capable à lui seul de déplacer le monde, s'il devait se borner à des économies de transport et d'usure du numéraire, d'un quartier de Paris à l'autre; tout au plus à des balances de comptes et des virements?
jComment ensuite, sans cette plénitude d'actioiTque donne seule la généralité, mettre en rapport, en communication permanente, les producteurs des diverses régions du territoire? Comment provoquer, effectuer leurs échanges? Gomment opérer le placement des produits et matières premières en excédant, soit sur autres produits et matières premières, soit sur hypothèque?
Gomment enfin arriver à Féquilibre des valeurs, ce but suprême, idéal de l'économie publique?
Être ou n'être pas^ c'est-à-dire embrasser la surface entière du pays ou rester dans le néant, telle est pour la nou* velle institution l'alternative.
Et il faut ajouter qu'il lui sera incomparablement plus ai«)é d'être le tout que de rester la parlie : il suffit d'avoir la moindre idée de la circulation et de l'échange, d'en con* i>aître les conditions et les exigences, pour s'en convaincre. £h quoi 1 le moindre fabricant parisien, le plus petit banquier de province a des relations dans chaque chef-lien, dans chaque capitale; il est, en puissance, la banque centrale du globe; il perdrait si on lui interdisait la moindre
partie de la terre habitable. Et une Société dont la nature est d'être unique, qui a pour but de changer la routine mercantile et de régénérer la constitution économique de la société, hésiterait à suivre son développement légitime, naturel, nécessaire!
Non, non, il n'en saurait être amsi. Le voulût-elle, la Société de l'Exposition ne le pourrait pas. Il en sera d'elle comme des chemins de fer : une fois installée et connue, elle sera appelée de tous côtés par les départements et les eommunes, comme la sauvegarde de tous les intérêts et de tous les droits.
Ne perdons pas de temps à répondre aux objections tirées de la grandeur de l'entreprise, de la multitude du personnel qu'elle suppose, de l'immensité des détails, de la surveillance infinie » etc. Après la Banque de France et les chemins de fer, de telles objections sont sans portée. Pourquoi donc la nouvelle Société, fondée sur l'utilité publique * et dans le but d assurer à tous la jouissance égale de leurs produits et de leur industrie, par l'échange^ l'escompte, etc., «erait-elle administrée, servie avec moins d'intelligence et de zèle que les entreprises qui reposent sur le privilège?...
Mais nous voulons donner une idée générale de cet orga- > nîsme, jusqu'ici sans modèle.
On conçoit sans peine que la Société mère, créée à Paris, ^ant son siège au Palais de l'Industrie, s'entoure, en chaque province et département, de succursales constituées à :son image, recevant d'elle l'impulsion et 4a loi, comme a fait la Banque de France pour les comptoirs de départements.
Si la Société centrale nomme les directeurs, contrôle et
surveille les opérations, fixe le tarif du change, émet le
. papier de la Société, recueille les renseignements et compose
les statistiques, elle est le pivot auquel tout aboutit, le foyer
4'action d'où rayonnent en tous sens la vie et la lumière.
Tout cela est de compréhension facile.
Mais qui ne voit qu'outre ces succursales, bureaux et bazars, établis sur le plan de la métropole, la Sodété, par
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là masse de ses placements, se met en relation avec les Docks, entrepôts, halles, magasins généraux -et spéciaux, où se trouvent accumulés les produits et marchandises que sa tâche est d'écouler; que, tout en se distinguant de ces établissements et sans empiéter sur leurs attributions, c'est elle qui les utilise, qui les discipline, qui leur donne Timpulsion et l'unité, qui en détermine l'importance?
Ainsi, par la constitution de la Société, les Docks, dont la création est demeurée jusqu'à ce moment, comme celle du Crédit foncier, une lettre morte, parce qu'ils manquaient de signification, de ressort, tranchons le mot, de raison suffisante d'être, les Docks trouvent immédiatement leur nécessité et leur emploi ; avec le temps, la Société se les assimile, les moule à son calibre, les frappe de son estampille; elle en fait ce qu'il impliquerait contradiction Qu'ils ne fussent pas, ce sans quoi ils ne sauraient, dans !a France centralisée, démocratique et unitaire, subsister: des établissements comme elle-même, non plus d'exploitation privée, mais d'utilité publique.
Une influence analogue sera exercée par la Société sur le commerce de détail. La Société de l'Exposition donnant le ton au commerce de gros, les détaillants seraient bientôt entraînés, par la clameur publique et la force des choses, à ne mettre en vente que des produits ayant passé par les mains de la Société nouvelle, c'est-à-dire expertisés et estimés, et qu'ils exposeraient à leur tour, avec les procèsverbaux d'éxpeflise, aux regards des amateurs et chalands. Par ce moyen, le détaillant, obligé de faire connaître à Pacheteur le prix du gros, devra se contenter d'un bénéfice nodéré, avouable, le sou pour franc, par exemple. Et tandis que sous Tancien régime commercial, la sagesse du législateur n'a pu aboutir, à l'égard des brevets d'invention, qu'à cette formule inepte : sans garantie du gouvernement, le consommateur petit et grand aura son vin, son halle, son linge et tous les objets de sa consommation avec garantie ëe la Société.
J 9. — Office de publicité.
Le commerce actuel a pour règle d'établir le secret le plu^ abâolu sur ses opérations. Le secret est rdme du commerce, dit le proverbe. Empêcher tous rapports directs entre les producteurs et les consommateurs, appauvrir les uns et les autres par Tignorance, les difficultés de rapprochement, les risques de transport, les hasards du marché, rincer titude des besoins; en un mot, pêcher en eau (rouble, tel est Tart et tel est l'objet du commerce. La Société de TExposition remplace ce secret abusif, qui ne profite qu'aux intermédiaires, par la plus complète publicité. Déjà nous avons dit, paragraphe 1*', à quelles conditions de déclaration de prix, de provenance, de quantité, qualité, poids, les produits et marchandises seraient admis à Texposition; mais la publicité dont nous entendons ici faire une loi à la Société ne se borne pas là : elle s'étend sur tous les actes de là Soi 'été elle-même^ autant du moins que ces actes ne comproaiettentpas des tiers déposants ou adhérents, ayant droit pour les procédés de leur propre industrie, le succès de leur entreprise, au secret.
En deux mots, la Société, si elle est tenue de garder le secret d'autrui, n'en a elle-même aucun pour le public, qui est et doit rester en tout et pour tout son souverain.
De même que la Banque de France, la Société de l'Expo* si tion publiera un état de situation chaque semaine; — de même aussi que les compagnies des Docks, de navigation, de mines et de chemins de fer, elle aura un organe accrédité, paraissant une, deux ou un plus grand nombre de fois la semaine, et destiné à recevoir toutes les communications offîcieUes et ofQcieuses de la Société : statistiques, mercu-» riales, existences en magasins, dans les Docks, les entrepôts et les halles, mouvements des transactions, oscillations du change, etc.
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Fidèle à son principe d'abstention, la Société ne publie ni ne subventionne un journal, dont la rédaction et la critique, même en ce qui concerne la Société, doivent rester complètement libres et indépendantes. Elle se borne à traiter avec lui pour tontes insertions et publications aux prix et ^ conditions ordinaires des journaux.
Chaque année, ou deux fois l'an, la Société publiera un bilan général, détaillé par chapitres et articles, tel enfin qu^on pent l'exiger d'un établissement public destiné à servir de type et de modèle, aussi bien pour l'organisation, le service et la comptabilité, que pour la loyauté et la justice.
Tout ce qui peut intéresser la curiosité publique dans la constitution, la gestion, les tendances et projets de la Société : personnel et matériel, appointements, salaires, loyers, contributions, frais de bureaux, encouragements, récompenses, primes, médailles, secours et pensions, receltes de toute nature et par catégories, dépôt, magasinage, commission, escompte, intérêt, détails statistiques, opérations, transactions, ventes, échanges, placements, quantités, qualités, poids, prix, maxima, minima et moyenne, le compte rendu de la Société annuel et semestriel doit tout dire, tout soumettre au contrôle de l'opinion, tout exposer aux regards du maître, qui n'est autre ici que le public môme.
La Société fera plus encore.
Expression de la science autant que de l'utilité publique, elle publiera de temps en temps dans la feuille qui lui servira spécialement d'organe, et ai^ec l'assistance bénévole de la rédaction, une Revue des faits économiques les plus intéressants du pays et du globe; elle en fera ressortir les principes elles lois; elle en montrera les aberrations et anomalies; en un mot, elle ne négligera rien de tout ce qui peut contribuer à l'éducation économique de ses actionnaires, adhérents, commettants, clients, ainsi qu'à la réforme industrielle et mercantile de la nation. C'est en faisant la lumière que la Société étendra sa puissance au de-
dans et au dehors; e^est par la justice et la science qu'elle saisira le gouTcrnement des intérêts et le sceptre du inonde.
Les articles qui précèdent, formant fensemble du chapitre IV et la série des opérations principales de la Société, .ne sont pas le résultat de nos seules inspirations personnelles.
Désireux de donner à noCre projet le caractère de la plus grande généralité d'opinion , et d'en faire , autant que possible, l'expression de la démocratie industrielle la plus avancée, aussi bien en pratique qu'en spéculation, nous avons consulté et con^taré le plus grand uombre de publications faites depuis six ans sur la matière; nous en avons dégagé la substance; nous avons interrogé les hommes les plus remarquables par leur Intelligence et leur expérience, ceux dont la probité et le dévouement pouvaient nous être une garantie de certitude. Nous n'avons pas négligé non plus l'opinion des gens d'affaires qui, étrangers à toute considération de parti , même de philanthropie , pouvaient nous éclairer sur une fondation d'une importance aussi décisive.
Nous croyons pov^ir affirmer que si les idées que nous venons de développer, par le fond et même par la forme, sont essentiellement nêirei, en ce sens qa'dies découlent toutes de principes supérieurs que nous avons émis et soutenus plus d'une fois, et qu'elles sont toutes autant de cas particuliers d'une synthèse générale des sciences morales, politiques et économiques, à la construction de laquelle nous travaillons chaque jour; m l^il, la priorité d'émission, voire même d'application de plusieurs de ces idées, appartient à d'autres, dont il nous est d'autant plus agréable de reconnaître le droit, que nous y trouvons pour nous-mêmes une garantie de plus de certitude.
KouB citerons nommément, pour les $J 3«, 4«, 5* et 6«, M. Franpoi8€oi6NBT, manufacturier à Saint-Denis, l'un des industriels les plus recommandables du département de la Seine et de nos économistes les plus éclairés, et dent nous
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nous «H>mmes fait un devoir de suivre pas à pas le travail qu'il a bien voulu, à notre prière, faire sur l'institution en projet; pour TappUcation du Tarif du change, $7, M. d'Es- CLÉB, auteur de plusieurs publications sur la matière, homme d^intelligence et de dévouement, que dç longues et dures épreuves ont instruit, et dont nous aimons d'autant plus à relever le mérite que d'autres semblent davantage le méconnaître.