OPERATIONS DE LA SOCIETE
Nous venons de montrer comment, indépendamment de i*objet de TinsUtution et des opérations de la Société, les producteurs auraient le plus grand intérêt à prendre des actions payables en nature; comment, par conséquent, la formation du capital social était assurée.
il s'agit de voir à présent si les opérations de la Compagnie seront de nature à détourner les souscripteurs; si, au contraire, elles ne leur fburniront pas de nouveaux et énergiques motifs de souscrire.
Nous réduisons les opérations de la Société à neuf prindpaleô :
1<* Vente des produits, sojjft qu'ils aient été versés en paiement des souscriptions d'actions, soit qu'ils aient été consignés pour la vente par les producteurs;
2° Emission d'un papier social;
3* Escompte des marchandises expertisées;
i° Escompte des effets de commerce à deux signatures;
ô« Avances et prêts de produits «ur produits;
6* Avances et prêts de produRs sur hypothèques;
7® Tarif et réglementation du change;
^«^ Création de succursales;
9" Publication^ au moins hebdomadaire, des opérations de la Société, et revue économique de l'agriculture) du commerce et de l'induslrie.
Nous aUoos passer rapidement m revue ces diverses opérations, en déterminer les,conditi<MiB et leearactère.
264 SOCIÉTÉ DE l'exposition perpétuelle
$ ler. . Yente des marchandises.
La Société; n'étant qu'un établissement de commission, d'échange et de crédit, simple intermédiaire entre les producteurs et les consommateurs, s'interdit toute espèce de trafic et d'industrie pour son propre compte. A la différence des commerçants, qui, à Taide de leurs capitaux, s*emparent de la marchandise, en deviennent acquéreurs et propriétaires pour la revendre ensuite ; jouant à la hausse quand ils achètent, à la baisse quand ils vendent; la Société n'est ni ne peut jamais être, directement ou indirectement, yropriétaire des produits. Elle agit toujours pour le compte d'autrui ; elle ne se permet aucune manipulation, mélange ou transformation de la marchandise; elle la livre comme elle l'a reçue, sous la responsabilité du producteur, au prix indiqué par lui-même, et sous la garantie par lui exprimée de quantité, qualité et poids.
En conséquence, toutes marchandises, matières premières ou ouvrées, produits agricoles ou industriels, envoyés à la Société, devront porter :
Le nom du producteur;
Le nom du lieu de production;
La désignation de la quantit^t dimension et poids;
La désignation de la qualité].
Enfin, lephw.
A leur arrivée, les marchandises seront expertisées; un procès-verbal constatera si elles sont ou non oonformes à la déclaration.
Indépendamment du prix indiqué par le propriétaire, estimation approximative sera faite du produit; elle aura pour but d'en reconnaître la valeur intrinsèque, c'est-à-dire le prix certain qu*on pourrait en obtenir dans les circonstances même les plus défavorables. — Nous verrons plus bas l'utilité de cette estimation.
Des échantillons seront prélevés sur les produits, exposés, avec copie du procès-verbal, au Palais de l'Industrie, à l'examen des acquéreurs.
L'original dû procès-verbal de reconnaissance et d'estimation sera remis au bureau de la Compagnie, qui en donnera aussitôt avis à l'expéditeur, en même temps qu'elle lai ouvrira un crédit pour une somme égale au montant de l'estimation.
Les marchandises ainsi reçues en bon état de conditionnement, expertisées et estimées par la Société, seront ensuite emmagasinées et classées, par catégories, genres, espèces et variétés, de manière que le consommateur ait sous les yeux, pour chaque objet, l'ensemble de la production sociale; qu'il puisse d'un c«ip d'œil juger des différences de qualité et de prix, et s'approvisionner, à son choix, aux meilleures conditions et avec toute la sécurité désirable.
De son côté, la Société, par les avis incessamment renouvelés de sa Feuille d'annonces, par les articles de sa Revue, par Vexposition de ses types et échantillons, par sa correspondance, en un mot, par tous les moyens à sa disposition, provoquera la venie et l'écoulement des produits, et travaillera incessamment à se créer de nouveaux débouchés.
Il sera publié un tarif indiquant, pour chaque espèce de marchandises et produits :
a) Le droit d'exposition des' types et échantillons au Palais de Tlndustrie ;
b) Les frais de magasinage;
c) La commission à percevoir par la Société sur les ventes et échanges.
Les frai» de garde, magasinage, exposition^ seront cotés, autant que possible, au prix de revient des immeubles et services de la Société; — quant à la commission, die ne devra jamais, dans aucun cas, dépasser 2 i/2 p. 100.
La Société, ayant pour actionnaires ses propres clients.
266 SOCIÉTÉ DE l'eioposition perpétuelle
n'a pas de bénéfices à réaliser sor eux; par contre, cQe a un immense atantage à réduire sans cesse les frais et faux frais de toute nature, qui, dans le commerce ordinaire, grèvent la marchandise, d élèvent «cuvent hors de toute proportion le prix des produite.
On peut juger de la faveur qu'obtiendra, à l'intérieur et au dehors, l'entremise de la Société, quand on sait que les commissions perçues par les courtiers et comfiiiseiMinaifes de vente et d'achat s'élèvent fréipiemment à iO, 12, 15, 20 et 25 p. 100, c'est-à*dire au cinquième et au quart du prix des ventes. Le sieur Bonnard, de Marseille, dont le comptoir, établi à Paris, a acquis en quelques mois une vogue extraordinaire, -«si toutefois on doit «'en rapporter aux jactanccB d'un honme connu par ses hâbleries autant que par son ignorance et ses plagiats, -** Bonnard, disonsnous, prend jusqu'à 33 et 60 p. 100 de oommifision. Sa maxime est que, même en faisant vendre le produit au prix de revient, il lui rend service, et que toute commisBion, si élevée qu'elle soit, est légitime.
J 2. — Êniisiion du papier de la Société.
La Société fait tout à la fois la commission et la banque.
En couverture des marchandises qui lui sont remises en consignation ou doQt elle opère la vente, des effets de commerce qui lui sont présentés à l'escompte, la Société, outre le numéraire dont elle dispose, émet des Sons nénèrwa d'^c/mngfe, représentatifs de valeurs par elle emmagasinées, réalisées, en portefeuille ou en caisse, et donnant droit à une valeur égale en marchandises, à prendre- dans les magasins au ehpix du porteur.
Ces bons généraux, à la coupure de 10, 20, 50 et 100 fr., seront la monnaie courante de la Société et reçus por elle en tous paiements de marchandises et remboursements de billets.
Tous les comptes de la Société seront balancés, et ses écritures tenues dans cette monnaie, qui deviendra pour «lie insensiblement Tunilé de valeur, et représentera le pair du change.
Gomme ils auront cours entre les adhérents, correspondants, chalands, etc., de la Société, leur circulation s'étendra naturellement au dehors. Ils seront, en conséquence, remboursables à toute réquisition, en espèces comme en marchandises, aut conditions qui seront déterminées ciaprès :
Ces Bons généraux étant, d'après le principe de leur émission, représentatifs de produits, non d'espèces, la Société a le droit de les émettre et de les faire circuler comme bon loi semble ; il ne saurait y avoir de difficulté au point de vue légal que pour le remboursement en espèces. — La Banque de France ayant seule le privilège d'émettre des billets payables à vue an porteur, peut-être y aura-t-il lieu pour la Société de l'Exposition de ne payer les siens ^'à im ou plusieurs jours de vue; ce qui, une fois compris dn public et passé dans les habitudes, ne causera aucun embarras.
Le papier circulabte de la Société, maintenu par elle toujours au pair, grâce à la faculté de remboursement, à toute réquisition, en espèces ou marchandises de la Société, deviendra le grand levier de ses opérations et l'instrument irrésistible de sa puissance. Sans égal dans le monde pour la fixité eomme pour la solidité, c'est par lui surtout que la Société commencera cette révolution pacifique dans les habitudes du commerce, les rapports du travail et du capital, l'équilibre de la production et de la consommation, la garantie , du travail et du débouché, etc., qui est l'idéal des économistes, le gage du bien-être des masses, de la supériorité '] morale, politique et économique de la nationi et de la gloire deTEmpire*
268 SOCIÉTÉ DE l'exposition perpétuelle
$ 3. — Escompte des marchandises.
Sar la demande des déposants, et d'après restimation qui aura été faite des produits, la Société pourra en faire immédiatement l'escompte, soit en ses billets, soit en espèces, aux conditions ci-après :
Le consignataire souscrira envers la Société une promesse de rembourser à terme fixe les avances à lui faites, soit en produits de son industrie, soit en billeti^ de la Société, soit enfin en espèces.
Plus simplement, l'escompte qui lui aura été accordé des marchandises par lui remises à la Société en dépôt et consignation, impliquera de sa part cette promesse de remboursement.
Si le déposant se contente de billets de la Société, il n'aura à supporter qu'une commission d'escompte, dont le maximum est fixé provisoirement à i/2 p. 100.
S'il demande de l'argenf, la Société en remettra : dans ce cas, le déposant aura à subir, en sus de la commission cidessus, un intérêt de 4 p. 100.
Si, ce qui est peu probable, la Société avait épuisé son encaisse, tant celui provenant de son fonds social que celai obtenu par la vente au comptant, elle se procurerait alors, au moyen de l'obligation souscrite par le déposant et revêtue de son endos, du numéraire à la Banque de France; dans ce cas aussi, le déposant aurait à payer l'intérêt exigé par la Banque.
La raison de cette différence de prix de l'escompte, selon qu'il a lieu en espèces ou en billets de la Société, est facile à saisir.
La Société, intermédiaire entre le producteur et le cou* sommateur, ne paye aucun intérêt pour les marchandise» et produits qi^elle reçoit en consignation, puisque, au contraire, elle perçoit elle-même, pour cette consignation et pour la vente, une taxe de magasinage, commission, etc.
Les produits, s'échangeant les uns contre les autres, ne se doivent pas non plus d'intérêt, puisque l'intérêt, devant ^Ire réciproque, s'annulle.
Or, le papier de la Société est le signe et Finstrument de cet échange : il ne doit donc être l'objet d'aucun intérêt, mais tout au plus d*une conunissîon.
n n'en est pas de même du numéraire. La Société, soit qu'elle le prenne dans son fonds social, soit qu'elle se le procure à la Banque de France, doit en payer l'intérêt, dans le premier cas à ses actionnaires, dans le second à la Banque. L'escompté devra donc subir à son tour ce même intérêt.
C'est aux adhérents, déposants, chalands de la Société, à mesure que les opérations de celle-ci prendront du développement, et que ses bons généraux se répandront dans la circulation générale, à voir lequel leur est le plus avantageux, d'escompter leurs produits, d'opérer leurs achats, etc., sans intérêt de banque, ou de payer un intérêt. La Société leur offre l'option, et tout son effort sera de faire que cette option ne soit pas une vaine chimère.
$ 4. — Escompte des effets de commerce.
La Société, ainsi qu'il a été dit, faisant la banque, escompte les lettres de change à deux signatures.
Pour cet escompte, comme pour celui des marchandises, elle offre, soit des produits à choisir dans ses magasins, c'est-à-dire des bons généraux, ou billets, soit des espèces.
Si le porteur des lettres de change prend des billets de la Société, il n'a, comme tout à l'heure, à payer qu'une commission.
S'il veut de l'argent, la Société, soit qu'elle en fournisse de sa propre caisse, soit qu'elle porte les lettres de change à ^ la Banque de France, perçoit, en sus de sa commission, un intérêt.
•270 SOCIÉTÉ DE L'EJOPOMflON PERPÉTUELLE
L'opération étant la mémo que tout à l'heure, les conditions sont aussi les mêmes.
De là une autre conséquence, qu'il importe de ne pÊ» omettre.
Le papier de la Société, a-441 été dit, est remboursable contre espèces à toute réquîsitioii.
Rien de plus juste : en cela la Société remplit le devoir de toute véritable banque.
Mais, tandis que la Banque de France, par exemple, au moment où elle Mt Tescom^te des valeurs qui lui sont présentées, retient l'inéérôt de la somme qu'elle remet en ses billets, et par conséquent doit faire à toute réquisition le remboursement de ses billets «w pcir^ la Société de l'Exposition, qui^ en Caiisant l'escompte eu son propre papier, n'a perçu qu'une cocamission, ne peut plus faire le remboursement de ce papier aux m^es conditions que la Banque de France; elle doit retenir un intérêt.
L'intérêt à percevoir par la Société, dans ce cas, sera calculé d'après la moyenne des échéances des lettres de change qui lui sont offertes, et du magasinage des produits.
$ 5. — Avances et prêts de produits sur prodtUts,
L'échange des produits les uns contre les autres, dans une nation, prend une variété infinie de former Nous venons de rendre compte des ventes et achats, escomptes de marchandises et de lettres de change, auxquelles pourvoit k Société.
Elle, aura encore d'autres moyens d'écoulement
Ainsi, elle fera des avances de produits sur consignation de produits; elle livrera, par exemple, des matières premières à un producteur, en échange de produits manufacturés, dûment expertisés et estimés, et vice versa.
Par ce genre d'opérations, la Société nouvelle réalise un
vœu, resté jusqu'ici à l'état de spéculation pure, mais qui n'a jamais pu se réaliser dans la pratique : elle met le <^dit à la portée de tout le monde, même des simples ouvriers, qui, chaque jour, pourront apporter le fruit de leur travail, exposer leurs inventions et leurs chefs-d'œuvre, et emporter en échange la matière première nécessaire à leur travail du lendemain.
Pour bien se rendre compte de la nature de cette opéra* tion, dont l'importance égale la délicatesse, il faut se rappeler dans quelles limites agit la Société.
La Société de l'Exposition perpétuelle, avons-nous dit, est un établissement de commission; à ce titre, elle s'interdit toute espèce de trafic et d'industrie pour son propre compte; elle n'est qu'un intermédiaire.
D'après ce principe, elle s'interdit la commandite : puisque, en commanditant une industrie quelconque, elle prendrait, de fait, parti pour un de ses actionnaires adhérents contre tous les autres ; elle se créerait un intérêt particulier, en dehors de l'intérêt public qu'elle représente.
Sous ce rapport, elle ne peut donc ni ne doit se faire ac:ent. instis:atrice d'aucune entreprise, d'aucune société ouvrière ; prendre parti pour une classe de la société contre Fautre; attiser la guerre sociale, que son but est d'éteindre. Elle ne peut s'arroger une initiative qui n'est point dans sa nature : elle sortirait de ses attributions et de son caractère. et mériterait Tanimadversion du pays et du gouvernement. Une société comme celle qu'il s'agit de fonder, qui, dans l'état actuel des choses, se livrerait à de pareilles manœuvres, devrait être immédiatement dissoute : elle serait une peste pour le pays et pour l'État.
Mais autant la Société doit se tenir en dehors de l'action industrielle et de la lutte des producteurs, autant il lui appartient de soutenir cette lutte, de la régler, de l'organiser, si l'on peut ainsi dire, d'en assurer la loyauté et la fécondité. La Société est ici juge du camp : si elle n'entre pas dans l'arène, elle soutient, elle protège les combat-
272 SOCIÉTÉ DE l'exposition perpétuelle
tants; elle veille à ce que tout se passe selon les lois de la justice et de Thonneur chevaleresque. I
Au Crédit mobiUer, par exemple, la commandite indos- , trielle ; *
Au ministère de Vinsiruction publique de préparer, par réducation et les écoles de toutes péclalité et degré, Témancipation du prolétariat.
• Ce qui appartient h la Société de V Exposition, c'est de pourvoir, par les facilités plus grandes et de moins en moins onéreuses de la circulation et de l'échange, au bas prix des produits, à leur amélioration; partant à l'excitation de la concurrence, au développement du génie industriel; finalement à Faugmentation du travail, du salahre et du bien-être.
Qu'elle facilite donc, tant qu'elle pourra, par ses avances de produits contre produits, de matières premières contre produits, de produits contre matières premières, le travail à l'ouvrier; qu'elle aiguise soi) génie; qu'elle encourage ses efforts ; qu*elle fasse valoir ses essais ; qu'elle organise même chaque année des concours; qu'elle rassemble des comices; qu'il y ait des distributions de médailles, de petites primes, des mentions honorables, etc. : toutes ces choses peuvent entrer dans les attributions de la Société.
Elles lui conviennent d'autant mieux, qu'après tout la Société, jugeant, non d'après l'opinion de ses administrateurs et experts, mais d'après le suffrage public, constaté par ses écritures, par l'importance des demandes et le chiffre des ventes, est ici Torgane de l'opinion du pays, et, pour ainsi dire, la voix la plus authentiquement exprimée du suffrage universel.
J 6. — Avances et prêts de produits sur hypothèque.
De même que la Société de F Exposition perpétuelle ne fait nulle concurrence à la Société de Crédit mobilier, dont
Tattribution propre est la commandite, elle ne se propose pas davantage de rivaliser avec la Société de Crédit foncier, qui d'ailleurs n'existe pas.
Qu'entendons-nous par avances et prêts de produits sur hypothèque?
Tantôt la Société prêtera à un agriculteur des outils, des semences, des objets de consommation, des bestiaux au besoin, dont la valeur sera hypothéquée sur le sol, et de préférence sur les récoltes. — Elle fera de même pour le manufacturier : on comprend au surplus que l'avance ou prestation de produits à long terme sur hypothèques ne viendra qu'en dernier lieu, après qu'on aura épuisé les avances sur consignation de produits et à terme court.
L'importance de ces opérations, lorsqu'il sera permis à la Société de s^y livrer, est incalculable.
C'est un fait que le travail général a puissance de produire plus qu'il ne consomme, surtout dans l'industrie et les arts. 11 y aura donc toujours dans les entrepôts des quantités considérables de produits en excédant, qui, ne pouvant s'échanger contre d'autres produits ou se placer à court terme, devront chercher leur écoulement au moyen du placement à long terme, et sur hypothèque.
Dans cette situation, il est évident que le preneur sur hypothèque rend au consignataire surchargé un service égal à celui qu'il en reçoit; leurs positions respectives sont identiques à celle des échangistes au comptant Le placement pourra donc se faire aussi, comme l'échange immédiat, sans intérêt, sous la garantie de la Société, et moyennant la simple commission qui lui appartient.
Ainsi la Société de H Exposition perpétuelle, qui ne semble faite, au premier abord, que pour l'échange des produits manufacturés et des objets de consommation, touche aux intérêts les plus intimes de l'agriculture; elle devient l'intermédiaire précieux, tout-puissant, entre la population rurale et la population industrielle.
On s'est ingénié à cette institution du Crédit fonder; on
274 SOCIÉTÉ DE l'exposition perpétuelle
a fait les combinsôsons le» plus savantes pour riatévèt, TaoK nuUé, rémission des obUgations; pour œtte création ayortée, on a réformé la loi des hypothèques; on a multiplié les> encouragements, les ^citations, les privilèges, et le résuhat de ce long et solennel effort a été néant.
Sans afficher des prètentioas aussi hautes,, sans y mettre tant de mystève, la Société de l'Exposition perpétuelle pourra subvenir un jour pour une part considérable aux besoins de Tagriculture , avec profit^ pour elle, profit pour ses commettants, et sans exiger du laboureur aucune rétributiom U..
Cette conception nouvelle du prêt sur hypothèque implique aaturelLement que le montant des avances faites d'après ce mode sera proportionnel aux existences, de produits en excédant. Si Texcédanâ est faible, les prestations sur hypothèques seront peu considérables; si lesexcédamts augmentent, les prestations augmenteront aussi : et qui sait si, après tout, c» mode de placement ne deviendra pas lui-môme un objet de spécuktioa pour les consignataires?.,.
$ 7. — * Tarif du cbmgei.
a Tous les objets mis à la disposition de la Société, Tor et l'argent y compris, et en général tous les articles de son bilan, seront gouvernés par un tarif du change toujours variable. La Société ne pourra bénéficier sur ce tarif, lequel a pour but unique d'assurer l'équilibre des valeurs.
a En conséquence^ toute hausse du change d'uil article sera balancée par une baisse équivalente du change d'un ou plusieurs autres articles, en ayant égard aux sommes totales existantes, sauf tolérance d'un dixième des variations en plus ou en moins. Les différences temporaires de la balance sere&t portées à un compte spécial de balance, j qui devra finalement se solder d'une période à une autre.
« Les changements dans le tarif du change eoocernant
stowr %7^
]«0 proporlioi» fonéamtAtalM, seroni approuvés par une cûamiissioB du chuge^ composée de tro» membres aiiauellemeat élus par l'Assemblée géeérale. »
Qo^cpies esptiealioas so&fc ici nécessaires.
Dans les commeDcemeBtSi»etpeiMlaa^ nxk ass^z long temps encore^ la Société se bocoera à iaire la veale st Técliaiige des produits, de \& manière qui a éié plus haut indiquée^ $S 1, a et 5» e!est-4^dÂre aux prâ fixés par les producteurs, et renouvelés par e«x à. des époquAs plus o» moins rap^ pMMbées.
11 est clair que, dans ces conditîeo», les varîatioDS des valeurs ne regardant aiieunement la Société; elles sont au vîsqpA comme à l'avan^tage de» seuls déposants. S'il y a une hausse sur la mar<^ndiise^ le producteur qui a fait la consigoaUon en profite et ga^^ne; si la baisse se manifeste, au cottiraire, une perte, ouloufi au moiosune dimijoulionde hàséâ^e, s'inscrit pour lui.
Xel e»t, nous le répétons, Idv poini de départ des opératjoaft de la Seeiéié.
Mais cet état de choses ne peut durer toujours. Par Tol^ei de son institution, paar son esprit et sa nature, la Socîé:té. est régulatrice du marché : elle pousse à la stabilité das pr4$, à la constance de la mercuriale. Par son action Ineessaate, l'écart dss prix en mtJsivmm. et mnimum tend à s'amoindrir toujours davantage et à devenir, sans pouvoir néeAmoiQs jamais y arriver^ zéro.
Toute institution, ayaat pour loi de se conformer à la loi des choses, de suivre le mouivemenb naturel des phénomènes et des idées» aie devoir^ ce mouvement une fois reconnu, de le régulariser et faciliter : la Société de rExpobltion devra donc, après un certain temps d'expérience, prendre en xùsàu la direction des valeurs et de leurs oscillations.
A cet effet, elle procède en général de la manière suivante :
Au Ueu de recourir simplement, comme il a été dit plus haut, aux indications arbitraires des déposants, elle traite
276 SOCIÉTÉ DE l'exposition perpétuelle
avec eux, sous forme de marchés à livrer à époques échelonnées, de produits portant indication précise du prix, des quantités et qualités, livrables à la Société ou aux porteurs de ses ordres, contre des sommes déterminées en billets de la Société ou en valeurs sociales.
Par ces traités, dont les conditions ont été arbitrées contradictoirement entre les producteurs déposants et le jury d'estimation, lesdits producteurs se trouvent assurés contre la hausse et la baisse, qui, dès ce moment, deviennent sans intérêt. C'est la Société seule que cette hausse et cette baisse désormais concernent.
Mais, ainsi qu'il a été dit J 1*', là Société ne se livre pour son compte à aucun trafic; elle ne peut devenir acquéreur et propriétaire des produits; conséquemment elle ne sépcule point, à la manière des gens de bourse et courtiers de commerce, sur la hausse et sur la baisse; l'agiotage^ l'accaparement lui sont interdits. Son salaii^ à elle, la source de son revenu et de ses bénéfices, est dans sa commissûm son escompte^ ses menus droits de magasinage et dépôt Si donc elle s'empare du mouvement, si elle tend, par tous ses efforts, non pas à se rendre maîtresse absolue des cours, ce qui est impossible, mais à les diriger; ce n'est point en vue d'un lucre : c'est uniquement afin de les modérer l'un par l'autre, d'en faire la compensation perpétuelle et quotidienne.
Si donc la démande se porte avec vivacité sur un produit, pendant qu'il y a délaissement d'un ou plusieurs autres, la Société élève de x p. 100 le prix du premier, et baisse en même temps d'une quantité j?, égale à la précédente, s prix des autres, de façon que la compensation soit, autant que possible, exacte. C'est à cause de la difficulté d'obtenir cette exactitude mathématique qu'il est accordé une tolérance qui, se compensant elle-même d'une période à l'autre, ne peut jamais affecter l'avoir de la Société.
Supposons, par exemple, que l'or, ainsi qu'il arrive en ce moment, soit en baisse, c'est-à-dire plus offert, tandis
que l'argent est en hausse ou plus demandé : la Société, ayant à faire T escompte de ses valeurs en ses propres billets, donnera 100 francs de sa monnaie contre 105 francs d'or » 100 francs d'argent, ou, pour parler plus juste, contre un poids d'or supérieur d'un vingtième à celui de cinq pièces de 20 francs, et un p<Nds d'argent inférieur d'un vingtième aussi à celui de vingt pièces de 5 francs, soit dix-neuf.
Par cette compensation, la Société n'a fait aucun bénéfice; elle n'a fait autre chose qu'intervenir, avec la monnaie qui lui est propre, pour rétablir l'équilibre, et c'est juste le contraire de ce q^ue pratique la Banque de France, qui, maltresse de payer ses billets en or ou en argent, les deux métaux étant reçus comme monnaie légale, donne de l'or si l'or est en baisse, ou paie en argent si l'argent est plus offert et moins demandé: de sorte que, dans Tun et l'autre cas, elle réalise un bénéfice. Par où l'on voit la différence qu'il y a entre une institution de privilège et une institution d'utilité publique : la première exp/oife le public, la seconde le sert.
Ce que nous venons de dire pour l'or et l'argent a lieu pour tous les produits, matières premières, substances ali- • mentaires : quelles que soient pour tous Vojfre et la demande, deux puissances quMl n'est donné à personne de prévenir ou d'empêcher, la Société, par son tarif du change, en annulle les oscillations en compensant à chaque instant la hausse par la baisse, et vice versa.
' Ainsi, la Société suivant Xope et la demande dans toutes leurs évolutions, sans les quitter d'un pas, s'attachant à elles comme l'ombre au corps, il en résulte que la hausse et la baisse du change déterminé par le tarif tend à remplacer la hausse et la baisse 4es produits.
Des conséquences inappréciables et d'une portée immense résultent de là. Il s'ensuit, par exemple :
1"^ Que tous les produits sont pour ainsi dire monétisés, doués au plus haut degré de la faculté circulatoire. Toute la différence entre eux étant indiquée par le tarif du change,
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comme nous venons de le dire pour l'or et pour Y argent; en payant la différence ou recevant la bonification, le producteur peut payer tout ce quil doit, soit sur place, soit au dehors, avec son produit, ou, ce qui revient au même, avec un autre produit en échange du sien. Par exemple « le marchand de charbon de Paris qui doit à Mons oa Sarrebruck une somme de 1,^000 francs, et qui ne peut pas naturellement envoyer à son fournisseur du charbon, s& procurera du blé ou tout autre produit ayant cours sur la place où il ddt ^ayer» comme le négociant de Lyon ou de Paris se procure du Londres ou du Hambourg^ c'est-à-dire des lettres de change sur ces deux places, pour payer et pour effectuer les paiements qu'il doit y faire.
2o II s'ensuit, en second lieu, que toute manœuvre d'accaparement, d'agiotage, de monopole, est rendue impossible, étranglée à sa naissance, étouffée dans son germe. Comment pourrait-elle avoir lieu? Le producteur a plus d'avantage à traiter avec la Société d'une façon régulière qu'à s'abandonner aux hasards de Foffre et de la demande et à se livrer aux spéculateurs; d'autre part, en face de la Société, qui spécule pour réaliser l'égalité des prix par la compensation des valeurs, sans béné^ce pour elle-même, comment ceux-ci oseraient-ils faire la moindre tentative?
3° Une autre conséquence, non moins grave, et pour la science économique du plus haut intérêt, est la solution du problème de la monnaie, inutilement cherchée jusqu'à ce jour, et que M. Chevalier, après les plus persévérants et les plus inutiles efforts, a abandonnée, au désespoir des économistes.
Le prix de tout produit, a dit A. Smith, est déterminé en dernière analyse par la quantité et la qualité du travail qu'il coûte ou qu'il est censé couler.
La journée de travail, non pas quelconque, mais moyenne entre tous les travaux et services possibles: telle est donc, en réalité, l'unité fondamentale de toutes les valeurs.
La même pensée a été exprimée en autres termes par cet