APERÇU GÉNÉRAL DES RÉSULTATS DE L'LNSTITUTÏON
Le projet qae nous venons de développer et que nous proposons de réaliser par décret impérial, au moyen d'une concession conditionnelle du Palais de l'Industrie et d'une garantie également conditionnelle d'intérêt à 4 p. 100 aux actionnaires, peut se résumer et se définir dans les termes suivants, que nous recommandons à la méditation de Son Altesse Impériale :
Organisation et centrtdUation de f échange des produits cofOre les produits, d'après la formule de J. B. Say, avec le moins de numéraire, le moins ^intermédiaires, le moins de frais possible, et au profit exclusif des producteurs et consommateurs.
Tel est le principe fondamental, scientifique et juridique qui domine tout notre projet, et dont tous les chapitres et articles, aussi nombreux que nous eussions pu les faire, aussi loin qu'ils puissent s'étendre, ne sont toujours que de rigoureux corollaires.
Examinons maintenant, d'un coup d'œil rapide, les conséquences, pour le commerce d'abord, puis pour la consommation, puis pour la production et le travail, pour le crédit, pour l'ordre public, pour les classes laborieuses el pour la société tout entière, de l'application de ce principe.
Personne n'ignore que la circulation de la richesse, en autres termes, l'échange des produits les uns contre les autres, fut de bonne heure l'objet d'une fonction ou industrie particulière de la société, alMindonnée à Tinitiative, aux risques et périls, et par suite aux manœuvres plus ou moins abusives, d'un certain nombre d'individus désignés, pour cette raison, sous le titre de commerçants.
On sait aussi quelle fut de tout temps Tinfluence de cette dasse de la société sur les consommations générales, sur la classe laborieuse, sur la fortune publique et les mœurs des nations, et sur les gouTernements.
L'enchérissement constant des subsistances , matières premières et produits, quelquefois la disette;
L'exploitation des travailleurs, le paupérisme systématique, la misère constitutionnelle, effets d'une circulation subversive, de la prélibation capitaliste, et de Faccumulation des valeurs les plus positives en un petit nombre de mains ;
La corruption des mœurs et leur hypocrisie; La domination de FËtat par une caste égoïste et sans principes;
Finalement des révolutions sans terme, sans efficacité, et X^ar conséquent sans but :
Tels sont les fruits qu'a produits à toutes les époques, dans tous les pays, l'anarchie mercantile, et qu'elle est en train parmi nous de produire encore.
En ce moment, le prix de toutes les valeurs est arrivé à un taux si exorbitant, que la consommation devient impossible, et que la classe productrice, qui devrait, précisément parce qu'elle produit, être la plus riche, classe ouvrière et classe moyenne, s'enfonce de plus en plus dans la misère. Le producteur ne consomme pas : telle est la formule qu'on peut donner au mal inconnu qui ruine et dévore la société. Pour que le producteur consomme davantage, il n'y a que deux moyens :
l*' Diminuer le prix des produits; 2'' Augmenter le salaire ou revenu.
Occupons-nous d'abord du preipier.
Jusqu'à ce jour on n'a demandé la diminution du prix des produits qu'aux salaires des travailleurs, soit en inven* tant des machines qui les remplacent, soit en diminuant, par la division du travail et autres combinaisons plus ou moins économiques, le prix de la façon, le taux de la main-
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d'œuvre. Ces DÉoyei» eont k peu près épmsés; et en admettant qu*il reste beaueonp à ùore de oe côté, Texpérience acquise depuis un siède ctaes toutes les nations les pkts industrieuses et les plus commerçantes du globe, prouve que, loin de se ralentir, le paupérisme n*a fait que s'aceroitre par la catégorie de procédés que nous Tenons d'indiquer.
Et puis, voyez la contradiction I Le producteur ne consomme pas : pourquoit C'est que le produil est trop dier. Pourquoi le produit esiril trop <^er? C'est, dit-on, que le salaire est trop éleyé. Done <m réduit le salaire afin de diminuer le prix ; mais comme, cette diminution de prixobtenue, on a réduit d'autant les moyens d'acquérir du produo» leur, il se trouve qu'on n*a rien obtenu; on n'a fait que parcourir un cercle vicieux.
Cependant il reste à latre une chose.
Au lieu ae demander la diminution du prix des produits au salaire, ne pourrait-on la demander aux frais de la circulation elle-même?
Si l'on examine la constitution actuelle du commerce, on trouve, en effet, que de ce côté le prix des produits est augmenté, en sus du prix de fabrique : de l'intérêt des capitaux employés dans le commerce, et dont la masse pourrait notablement être réduite; des appointements du personnel, dont la multitude est aussi hors de proportion avec le service qu'il rend; de i'exagàmtion des loyers et fermages; de l'éâiormité des frais généraux et faux frais; de tout ce que prélèvent enfin le monopole, la spéculation agioteuse et le parasitisme sous toutes ses formes.
La somme de ces augmentations, que nous désignerons d'un seul mot sous le nom de frais de la ctetUatûmf considérée comme fonctions intermédiaires entre la production et la consonmation, a été évaluée pour la France, par un économiste conservateur faisant autorité en cette matière, M. Michel Chevalier, à quatre milliards, soit le tiers de la production totale.
Tout le monde sait que le taux légal des capitaux engagés
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dans le commerce est de 6 p. iOO, taiidia que rintérèt des fonds placés sur hypothèque, ou surrËtat, ou engagés daus l'industrie et l'agriculture, n'est légalement que de 5 p. 100, 4 1/2, 4 et même 3 p. 100. Goomie si l'État s'était fait précisément une loi d'augmenter les charges et surcharges, taxes et surtaxes de la circulation, de oe monde d'intermédiaires parasites^ qui grèvent la marchandise et Fempè* chent d'arriver au consommateur, au producteur. La société est pleine de ces contradictions.
Tout le monde sait également que les commissioinDaires et courtiers de commerce, que les boutiquiers et marchanda ne prennent pas moins de iO, 12, 15, 24), 25 p. 100 et au delà de commission ou de bénéfice en sus des autres frais; et comme si cette pompe d'épuisement était à ses yeux une fonction sacrée, TÉtat a eu soin d'entourer cet état-major du mercantilisme de toutes les garanties et privilèges; il en a limité le nombre, il les constitue en monopole, il leur donne des juges spéciaux, qu'il refi:^e aux écrivains politiques ; il leur rend pour leurs exécutions la loi sommaire et expéditive.
Tout le monde sait enfin que pour opérer la distribution des produits, ce commerce anarchique est forcé d'user d'une multitude innombrable d'employés, voyageurs et stationnalres; d'entretenir une infinité de relations qui se croisent, se contrebuteni, se contredisent, se neutralisent, se créent . des embarras inextricables: la fortune de chaque conHn^çant étant attachée à la ruine de son confrère, qui est son compétiteiir et son rival.
Or, ce que les chemins de fer ont fait pour l'industrie voîturière et messagiste, ne saurait-on le faire pour le commerce proprement dit, en un mot pour l'échange? Seulement, tandis qu'en créant les Compagnies de chemins de ; fer, l'État n'a fait que remidacer un chaos de petits mono- ' pôles par une demi-douzaine de grands monopoles, phis redoutables pour le pa^s et pour l'État que n'était la fourmilière des entrepreneurs de transports et voituriers, et
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qui se réservent la plus grosse part du bénéfice de Tinvention qu'ils exploitent, nous proposons à TËtat d'organiser, non pas un monopole, — que le commerce anarchique continue son agitation dispendieuse tant qu'il voudra , qu'il continue de faire des victimes s'il en trouve, — mais une Société centrale d'échange direct, garantissant le produit en quantité, qualité et prix, faisant l'escompte à i/2 p. 100, et se contentant pour sa commission de 2 1/2 p. 100 en maximum : les bénéfices de l'exploitation devant en outre être partagés entre les producteurs consommateurs, appelés par préférence à souscrire.
Tel est le point de départ de la nouvelle institution dont nous allons maintenant parcourir les conséquences :
1. Si donc, par le système que nous proposons d'établir, les frais de circulation et d'échange, soit des intermédiaires entre la production et la consommation, frais qui s'élèvent aujourd'hui à 35 p. 100, d'après le témoignage de M. Chevalier, se réduisaient du premier coup à 5, le septième de la dépense actuelle ; il est clair que le prix des produits diminuerait sur la totalité de 30 p. 100, c'est-à-dire qu'il ne se composerait plus en général que des frais de production, augmentés de 5 p. 100 pour l'échange.
Le premier effet de l'institution est donc de créer la me à bon marché^ ce rêve d'Henri IV, poursuivi par quelques esprits genoux de notre époque.
2. Si le prix des produits diminue, la consommation croît d'autant, et par conséquent le bien-être. La circulation, de pauvre et fiévreuse qu'elle était, devient pleine, active et régulière. Nous touchons à la santé du corps social, à la vie normale. I
3. La consommation rétablie, la production ordinaire ' devient insuffisante; le débouché appelle le produit, comme l'estomae du convalescent appelle la nourriture. De là une demande plus considérable de travail et de bras. Quel service à rendre à la ville de Paris, aux départements, au commerce, à l'empire, écrasés sous les dépenses énormes
de travaux, de bâtisses, qui ne peuvent durer longtemps, et dont Futilité douteuse rappelle involontairement aux esprits les trop célèbres ateliers nationaux l
4. Avec la demande plus considérable de travail, nonseulement la multitude des ouvriers déclassés ou chômant retrouve de Toccupation; le taux des salaires recommence à monter: double avantage, d'un côté pour l'ouvrier, qui peut profiter de la hausse par le meilleur marché des produits et par Taugmentation de son revenu; de l'autre, pour l'État, qui se trouve débarrassé d'une clientèle onéreuse, et qui voit s éloigner de plus en plus le temps des chômages et des grèves. Sans intervention de la police et des tribunaux, la Société de l'Exposition, par son action économique, rétablit l'ordre dans l'atelier comme elle le fait sur le marché. Elle n'a pas besoin de regarder derrière elle; il lui suffit de marcher.
5. Le Palais de l'Industrie a reçu, dit-on, cette année, les échantillons de vingt mille producteurs I Prenons ce chifiTre pour base hypothétique du nombre de producteurs de tout genre, auxquels ce magnifique bazar servira de moutre et d'étalage; la supposition est modeste, puisque avec l'adjonction des docks, haUes et autres entrepôts, qui lui serviront d'auxiliaires, l'Exposition perpétuelle doit prendre une extension beaucoup plus considérable.
Voici donc vingt mille fabricants qui n'ont plus besoin de boutiques^ et dont le conmierce, parfaitement organisé, fait une concurrence sérieuse aux partisans de l'ancien système. Groit-on qu*il n'y ait pas là une force énergique pour contraindre, par les voies les plus légitimes, les propriétaires de Paris et des villes à réduire notablement le taux, vraiment tyraonique, de leurs loyers? Croit-on que les petits magasins de détail, affiliés à la Société, ainsi que nous l'avons dit chap. lY, $ 8, ne seront pas ici les agents irrésistibles de cette révolu^on de la boutique^ aussi bien au point de vue du commerce de détail qu'à celui de la propriété?
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$. Le moBTement ne a^arrètera pas là. Dès lors que la boutique devient inutile au producteur, le domicile sur la Tue> dans les grandes rues, sur les quais et les boulevards, au centre des dtés, n'est plus nécessaire. Ils peuvent s'éparpiller dans les faubourgs, la banlieue, les moindres hameaux. Avec la vie à bon marché, réclamée par M. Delamarre, nous ' anms ie logement à bon morc^t réclamé par tout le monde, et qu'il n'est au pouvoir de personne, hormis la Société de l'Exposition, de procurer.
7. Nous avons dit, d'après fautorité de M. Chevalier, que leprélèvemenl des intermédiaires, commerçants, monopoleurs et parasites, sur la production générale, était d'en* viron 35 p. 100, représentant une somme totale de 4 milliards. Supposons que, par le développement de l'institution nouvelle et son établissement dans toute la France, cette somme de frais se réduise seulement à 1 milliard. Les 3 milliards supprimés, ou pour mieux dire sauvés, et représentant partie du trayail maintenant disponible, partie des intérêts de capitaux également rendus disponibles, il est indubitable que ce travail et ces capitaux se reportent sur la production proprement dite, c'est-à-dire l'industrie, Tagriculiure, la navigation, etc.
Ainsi, l'industrie qui languit foute de capitaux;
L'agriculture qui se désespère faute du crédit promis, eC que la défection du capital lui dérobe ;
L'esprit d'entreprise refoulé de partout, à mmns qu'iln'obtienne, Dieu sait à quel prix, Veûrequatur des Pereire, des Mirés et consorts;
Tout ce qui constitue le travail national, en un mot, va tecevoir une nouvelle vie, une nouvelle vigueur I Pas n'est ici besoin des trésors de la Californie et de l'Australie : un simple déplacement suffit. Le service de la circulation coûte trop cher; il absorbe trop de capitaux : il faut, en organisant la circulation, reporter ces capitaux du système veineux ou lymphatique au système musculaire: et la nation sera rendue à la santé; le malade pourra se moquer des médedos, .
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8. Produite davantage, avgmeeter les réserves, diiBmuer la somme da capital ei^agé, loot cela revient à dire mxg* meotation des capitaux.
Mais plus une marcbandiBe augmente, plus elle est offerte: pins elle est offerte, plus son prix iMiisse. Nous avons donf le cofntal à bcn marché, comme la subsistance et le domi die, la commandite au rabais. C'est alors, et alors seute^ ment, que TEmpereur pourra reprendre la réalisation de sa pensée d'une institution de Crédit fonder et agricole. La Sodété de TËxposition, par ses avances et prestations de piroduits sur hypothèques à zéro d^ntérèt, révolutionnant le bail à cheptel, ouvrira le fûllon et tracera !a méthode.
9. Une fois engagée dans ce courant, il n'est plus possible que la Société s'arrête. Ne voyons-nous pas en ce moment le paysan de la Picardie, de la Beauce, des meil* leures régions de la France, restreindre son exploitation, borner ses dépenses d'entretien et d'amélioration au strict nécessaire, et réserver ses économnes pour Femprunt, parce qu'il considère que l'intérêt de 4 1/2 que lui offre TÉtat est plus lucratif que le revenu de la terre?... Les mêmes motifs existant dans le travail industriel, force sera aux propriétaires fonciers de réduire le prix de leurs fermages, bien plus, de vendre leurs terres. Alors, avec la réduction inévitable du prix des baux se réalise cet autre vœu de réconomie politique :la terre à celui qui la cvllive, la rente, foncière à l'État et au paysan.
Sans doute ce n'est pas dès le premier jour que Ton peut voir se réaliser dans leur plénitude ces magnifiques espérances ; mais peut-on nier que dans la société le bien et le mal ne se tiennent, et que, comme l'altération du sang produit à la longue la dissolution des organes, de même sa pureté et sa richesse amènent leur beauté et leur énergie?
40. Alors la nation pourra procéder d'ensemble aux grands travaux d'amélioration du sol et de colonisation, que , depuis vingt ans, tous les économistes, ceux* de la tradition et ceux du i»^grès, novateurs et station-
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naires, rédament pour elle : de|séchement des marais; la Sologne, la Camargue, les côtes de TOcéan à conquérir; îe reboisement, Tirrigation, le drainage; — avec les moyens que fournit la navigation à vapeur, la prolongation du territoire français jusqu'à TAtlas, et, si nous osons ainsi dire, l'absorption dans la vieille Gaule de l'Afrique septentrionale... Tous les obstacles attachés à la colonisation seraient levés : la Société de l'Exposition assure les moyens tnatériels ; c'est à l'État, en poursuivant dans la voie qu'elle aura ouverte, que lui-même s'est ouverte déjà par son système d'emprunts, à substituer ensuite la colonisation par tout le monde à la colonisation par compagnies de monopoleurs et création de fiefs.
il. Mais nous ne répondrions pas à l'attente de l'Empereur et au désir par lui formellement exprimé, si, après avoir montré les effets de la nouvelle institution en ce qui touche l'amélioration du sort des ouvriers, la vie à bon marché, le travail plus abondant et mieux rétribué, nous ne faisions ressortir les conséquences que la Société est destinée, très-prodiainement, à produire, relativement à leur indépendance et à leur émancipation.
En éliminant, comme nous l'avons fait, Tarmée des intermédiaires parasites, et en organisant la circulation des produits par la commandite des producteurs eux-mêmes, nous avons interverti le rapport qui unit, dans l'économie sociale, les deux grandes puissances industrielles, à savoir: le travail et le capital.
L,e travail était dominé et serf, — maintenant il est affranchi et libre.
Il recevait les ordres du capital ; — c'est lui qui commande et qui intime au capital ses propres volontés.
De subalterne, le travail est devenu maître ; par contre, de tyran et spoliateur, le capital est devenu un serviteur obéissant et utile.
Qu'avons-nous fait pour obtenir ce résultat ? Bien que d'ouvrir un asile aux producteurs dans le Palais de l'In-
dustrie» de les mettre tous en présence les uns des aulres, de leur apprendre à se connaître, et de leur proposer, sans qu'il leur en coûtât ni peine ni sacrifice, dé faire euxmèaies leurs affaires.
C'est sur cette interversion générale des rapports économiques que nous avons basé le nouveau système d'ordre public auquel, selon nous, toute la France, mais surtout la démocratie travailleuse, aspire ; c'est à Faide de cette permutation de l'autorité que nous avons procédé au rétablissement de réquilibre des forces sociales.
Considérons maintenant quelle est, dans ce nouveau régime, la situation de classes ouvrières :
12. On compte de vingt-cinq à trente mille ouvriers en soie dans la seule ville de Lyon. Cette corporation célèbre s'étend fort au loin dans les campagnes des départements du Rhône et de l'Ain ; la cherté des loyers et des subsistances les chassent de plus en plus de la ville dans les communes rurales, où la misère ne cesse de les poursuivre. Ces ouvriers, sans relations entre eux ni avec le consommateur, indigène ou étranger; sans nulles connaissances des choses du commerce, sont depuis un temps immémorial la mine féconde qui enrichit tout un peuple de commissionnaires et de négociants, race égoïste, rapace, étrangère à tout sentiment humain, autant qu'au travail même.
L'ouvrier travaille ; le marchand et le commissionnaire récoltent et jouissent.
L'ouvrier produit; le marchand et le commissionnaire exposent. Combien de noms d'ouvriers en soieries sont arrivés à l'exposition ?
Le marchand, par ses capitaux, accapare la matière pre-* mière ; le commissionnaire accapare la commande : tous les deux, unis pour exploiter cette branche d'industrie, ne laissent qu'un maigre salaire à l'ouvrier, au producteur. Ce qui est vendu au consommateur 10 francs par les intermédiaires, spéculateurs et parasites, a coûté 3 francs à la fabrication I....
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Avec la Société de TExposition, le parasitisme boutiquier, agioteur, est éliminé ; TouTrier obtenant avances de maîière$ premières contre produUs, deYieat, sans qu'il lui ea coûte ni une minute de son temps ni un centime de* dépense, son propre marchand, son propre commissionnaire. Une part de Ténorme surcharge qui pesait sur son produit tombe dans son escarcelle ; l'autre part est bonifiée au consommateur.
. Ce que nous disons de Touvrier en soie, il faut le dire de Touvrier rubanier, qui peuple les montagnes du Forez, de l'ouvrier passementier, qui jadis remplissait certains quartiers de la capitale, et que la misère, effet de l'exploitation, commuée à faire défiler vers les plaines de la Picardie, où, loin des rations commerciales, se coosonuDe son asservissement.
Il faut le dire enfin de 4oates les profesuons où le travailleur travaille chez lui» pendant quç son produit est groupé, aggloméré, agioté par les entrepreneurs spéculateurs.
13. Or, ce que le travailleur à domicile obtiendra d'emblée de la Société d'Expoaitio!ii» le travailleur en atelier e manufacture l'obtiendra également, mais à une condition préalable, r£tô«oda/son.
Après la révolution de 1848, le gouvernement, sentant la nécessité de faire quelque chose pour la classe ouvrière, essaya de commanditer, aux frais du Trésor, quelques associations. Le succès obtenu par ce genre de secours a été }ius que médiocre; si l'État se met à commanditer le travail, l'État est perdu, et, ce qui est pis, la désorganisation se met dans la société.
En principe, l'État ne doit pas plus commanditer le travail que se faire industriel ou commerçant : son rôle est d'avertir, d'exciter, et puis de s- abstenir.
Mais que des sociétés ouvrières se forment pour Texploitatioa des industries qui requièrent le travail combiné, divisé et groupé, comme celles qui, déjà en petit nombre^
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existent dans la capitale, alon la Société âe TExpositioa peut leur venir en aide et assurer leur existence ; — que A'ont pas à gagner, par exonple^ les sociétés des ébénistes, des pianistes, des tourneurs, des limeurs; avec rinsttiatioii nouvelle?... Et ce raoaTement coDBBieiieé, gui ne voit que le courant emportera toQt svee le temps : manufactures, métallurgie, houilles, gaz, navigation, chemins de fer? Bientôt, sous la presâon de Fidée populaire et de la oonscieiiiee publique, tous ces établissements du monopole, toutes ces forteresses du privilège devront liquider, et la féodaMté financière fera sa nuit du 4 août. Alors, évidemment, la démocratie appartient au pouvoir qui lui aura ouvert cette large écluse, et, avee la désaocratie , la sodété.
14. Ékvoifi-noas à des considérations de plus en plus Kénérates.
L'ouvrier émancipé, non plus par une vaine déclaration de droits civils, politiques et humanîtahres, par un exercice impuissant du suffrage universel, par une promesse fallacieuse de commandite, par les secours d'une philanthropie injurieuse, arrachés aux daaaes riches au moyen de taxes arbitraires, vexatoires eA toujours insufSsantes ; mais parla seule organisation de la faculté d'échange, l'ouvrier émancipé, disons-nous, le prolétariat s'évanouit, puisqu'il n'y a de prolétaire que celui dont le travail est sans garantie ni indépendance, ou qui même n'a point de travail. — Le rêve doctrinaire du gowernement de la classe moyenne devient une vérité; car toute la nation entre dans la classe moyenne, et ne peut plus en sortir.
Un autre rêve, regardé dans cies derniers temps comme la plus dangereuse des utopies, trouve sa réalisation : c'esi {e Stroit au travail.. ».
Une troisième chimère, déclarée telle depuis cinquante . ans par tous les économistes, et mise de pair avec la quadrature du cercle et le mouvement perpétuel, — YexiinctUm du paupérisme , VaboUtUm de la mendieiié , — apparaît comme une vérité de sens commun.