SOCIÉTÉ DE L*EXPOSITION PERPÉTUELLE
Et qu'en aura-t-il coûté à TÉtat pour produire toutes ces choses? —Rien.
Quel effort de génie pour résoudre ces insolubles problèmes? «- Aucun.
Quel coup de la puissance soureraine pour terrasser ces monstres? — Pas une chiquenaude.
a Les maladies ne se guérissent point, comme Ton croit, par une action directe, curative ou créatrice des remèdes, — nous disait un médecin de nos amis; — les médicaments, quels qu'ils soient, comme les opérations de la chirurgie, ne servent qu'à mettre les forces oi^niques en peésence d'elles-mêmes, et, cette mise en présencer effectuée, la nature se guérit toute seule. »
Nous avons mis en présence les forces productives, et la société se guérit d'elle-même. L'Empereur peut régner : ni lui ni personne ne gouverne plus.
15. Une plaie de la société moderne, fondée tout entière, comme nous l'avons dit au début de ce projet, sur la division et l'aliénation inintelligente du domaine public et l'antagonisme universel; est la concurrence subversive, déloyale, destructive du travail et des capitaux. Nous manquerions à notre devoir si nous ne rappelions pas ici l'ouvrage, plein d'éloquence, et qui produisit, il y a une douzaine d'années, une sensation si vive, de M. Louis Blanc.
Une autre plaie est celle de la contrefaçon, à laquelle viennent se joindre la falsification, l'intoxication, la fraude, le vol.
Un troisième fléau, plus hideux' encore, parce qu'il vient de plus haut, est le chancre de l'agiotage qui, des sommités de la finance se propageant jusqu'aux paysans et aux portiers, fait déserter pour la Bourse le travail et la culture, et défie toutes les habiletés de la police judiciaire, toutes les rigueurs du parquet.
La nouvelle institution met fin à toutes ces pratiques détestables.
La concurrence reprend ce caractère d'honneur, d'émulation libérale et féconde qui fit d'elle une des forces de la
Révolution de 89, quand il fallut combattre et renverser, avec les derniers vestiges de la féodalité nobiliaire, le système de monopole créé dans le Tiers-État par la politique routinière, imprudente, des anciens rois.
La contrefaçon! Gomment serait-elle possible avec le régime de haute et universelle garantie créé par la Société de l'Exposition perpétuelle?
Quant à Tagiotage financier, au jeu démoralisateur et stérile sur les valeurs industrielles, il doit progressivement décroître, à mesure que la Société s*emparera de la circulation des produits ; que, par Témancipation du travailleur et l'organisation ouvrière, elle soustraira ces produits à la spéculation agioteuse; que, sous sa puissante influence, commencera la conversion des grandes compagnies actuelles de capitalistes en compagnies de producteurs et d'ouvriers.
Bientôt à Tagiotage il ne restera, comme il y a peu d'années, que les fonds publics, le 3, le 4 et le 4 1/2 p. 100. Mais est-ce que devant l'abaissement du taux de l'intérêt, produit par la circulation nouvelle, il n'est pas permis d'espérer que l'État, de conversion en conversion, arrive au remboursement de sa dette?
16. Nous avons expliqué ch. IV, J 7, en traitant de la tarification du change, comment, dans les prévisions de la Société, devrait s'opérer, d'une manière insensible et sûrC) la réforme des monnaies. Nous ne reviendrons pas sur ce sujet, l'un des plus ardus de la science et des plus féconds en résultats.
Mais, après avoir réglé le change à l'intérieur, est-ce donc que la Société n'aura pas puissance de le régler aussi au dehors?
Qui ne voit ici qu'autant les producteurs et échangistes du pays montreront d*empressement à faire usage d'un papier qui, toujours remboursable, leur épargne 4 p. 100 d'intérêt dans toutes leurs transactions , autant les étrangers, Belges, Allemands, Suisses, Américains, Anglais, rechercheront ce même papier dont l'emploi leur procure,
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I ipso faciûy sur tous leurs achats, une économie de 4 p. 100.
I ' Or, une fois le papier de change de la Société introduit
{ dans le commerce des nations, la Société de l'Exposition
I universelle gouverne le commerce du monde; le métal dé-
; trôné ne remplit plusqu'un rôle secondaire; la douane perd
en lui sa première et principale raison d'existence; et tandis que les protectionnistes et les libre-échangistes disputent ; de leurs systèmes, également faux dans leur absolu, le gou-
vernement, appuyé sur la nouvelle Société, suivant le mour \ vement qu'elle lui indique, abaisse progressivement son
tarif douanier, élimine au fur et à mesure les articles i que le bon marché créé par la Société protège mieux que
son administration^ et s'apprête à saisir la prépondérance sur l'Europe par la suppression définitive des barrières»
Nous ne pouvons, dans ce court exposé, approfondir ni même énumérer toutes les conséquences heureuses que doit développer la Société de FExposition, soit dans l'ordre économique, soit dans Tordre politique et moral.
Nous aurions voulu pouvoir dire, par exemple, comment elle crée la liberté la plus complète de Thomme et du citoyen, sans aucun risque pour l'État, et au contraire avec un avantage croissant pour le pouvoir ; comment, en un mot, dans ce système de garanties réciproques, .plus la liberté se manifeste par la littérature, les journaux, les discussions politiques et économiques, l'association, les réunions, etc., etc., plus le gouvernement se sent fort et à *abri de toute atteinte.
Qu'il nous suffise, quant à présent, de rappeler ce seul fait rendu, par cet exposé, indubitable, palpable: à savoir que l'institution projetée a pour efiet immédiat de convertir l'anarchie actuelle et la démagogie jacobinique en une démocratie organisée, solidaire, compacte, aussi amie de l'ordre qu'ardente au progrès, et de mettre cette démocratie travailleuse dans l'alliance du gouvernement, en opposition
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à la féodalité financière et mercantile, agioteuse, corruptrice et absorbante qui, avec FÉglise et les vieux partis, menace d'anéantir, sous les rmnesdu nouTel empire, notre Yieille Révolution.
Nous terminerons en donnant ici le profil de la Société :
La Société de TExposition peqiétuelte a pour objet :
1*» L'échange direct et aux moindres frais possibles des produits contre les produits, au moyen d*un bon général d'échange, remboursable à tonte réquisition, soit en marchandises, soit en numéraire^ aux bureaux ofu magasins de la Société;
2° L'escompte des mardiandises, matières premières et produits, soit contre boiig généraux d'échange, soit contre espèces ;
3° L^escompte des effets de commerce à deux signatures ;
4» Les avances et prêts de produits sur produits et sur hypothèque;
5» La régulaHsatioadu change et l'équilibre des valeurs ;
G"" La publicité, la bonne f6i et la garantie dans les transactions.
Cette Société est fondée au capital de 100 millions de francs, divisé par actions de 100 francs, payables un dixième en espèces, et neuf dixièmes en produits ou marchandises. Ces actions au porteur portent intérêt à 4 p. 100, garanti par l'État.
La préférence de souscriptions est accordée aux producteurs et industriels sur tous les autres capitalistes : l'institution ayant pour objet le rétablissement des rapports naturels entre la production et la consommation, altérés par l'intervention exagérée et abusive du capital.
La Société s'interdit de la manière la plus formelle :
La fabrication (production industrielle, agricole, etc.), de quelque genre que ce soit;
Le commerce pour son propre compte;
Les opérations de bourse sur efiëts publics et titres d'actions ;
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La commandite.
Le taux des escomptes en bons généraux d'échange est fixé provisoirement à K/k p. iOO; en espèces, à 4 1/4.
Le taux de sa commission en maximum à 2 1/2 p. 100.
Elle perçoit €n outre, sur les marchandises qui lui sont confiées, un droit de magasinage, dépôt et annonces, le tout calculé sur le prix de revient.
Les conditions d'admission à la Société sont :
1« Souscription d'un nombre d'actions proportionnel à l'importance de l'industrie et des affaires du client ,*
2° Dépôt d'échantillons de marchandises avec indication de prix, valable pour trois mois au moins, marque de fabrique, désignation de qualité, quantité et poids;
3^ Promesse de fournir à la Société, à prix convenu ei dans la quantité désignée, les produits de la fabrication du souscripteur.
La durée de la Société est de 99 ans.
Les opérations de la Société commenceront aussitôt qu'il aura été souscrit pour m mï&ion d'actions.
En conséquence, et vu les motifs du projet et les conditions annoncées :
Le gouvernement impérial fait concession, à MM. X, Z, Y et Compagnie, du Palais de l'IndusMe, avec ses annexes et dépendances, à perpétuité, c'est-à-dire pour autant de temps que durera l'institution.
Pendant les trois premières années de la Société, à partir du jour de sa. constitution, la concession sera faite à titre gratuit. —A partir delà quatrième année, la Société payera à TËtat, à titre de loyer, une somme annuelle, calculée à raison de 3 p. 100 sur le montant des dépenses de la Cornpagnie du Palais. ,
Le gouvernement garantit en outre l'intérêt à 4 p. 100 des actions souscrites.