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Oeuvres, précédées d'une notice

Un pareil joug révolte, et ne peut que flétrir; C'est l'avoir mérité qu'avoir pu le souffrir. Pourvu sentir l'opprobre^ il est temps qu'on apprenne, Quel est ce roi des arts dont la voix souveraine Prononce au nom du goût ses burlesques arrêts. Soit frayeur , soit dédain , quand tous restent muets , Je suis l'humble roseau qui , par un libre organe , Vous dis : Le roi Midas a des oreilles d'âne.

Mais il faut égayer ce sujet odieux ; Un monstre peint sans art déplairait trop aux yeux. La Vévité sans doute est ma première Muse : Permets, ô Vérité, qu'en instruisant j'amuse , Et que de ses 'couleurs l'aimable Fiction Pare la nudité de ma narration. ' ^ '

Nous renaissions : Brumaire avait sauvé la France, Et des plus beaux destins nous offrant l'espérance',^'* ' D'un peuple détrompé l'heureux libérateur Déroulait à nos yeux son plan réparateur ;*^ ^"'^''•^ ' '^ La Raison triomphait , lorsqu'un monstre sauvage Que l'Orgueil enfanta, que nourrit l'Esclavage,^ ' ' Contre tous les talens toujours prêt à s'armer, La Barbarie , enfin , puisqu'il faut la nommer. Près du sacré parvis où les vrais catholiques Du pontife d' Auxerre honorent les reliques ,

Rassembla dans un antre impénétrable au jour

Tous les. fléaux divers qui composent sa cour.

Là vont se réunir la stupide Ignorance ,

La Fraude aux yeux menteurs , l'horrible Intolérance ,

Fille du Fanatisme , et qu'on voit aujourd'hui ,

Froide dans ses fureurs , souvent marcher sans lui j

L'Usure au cœur d'airain , et sa sœur l'Avarice,

La douce Hypocrisie , épouvantable vice

Qui s'enlaidit des traits qu'il emprunte aux vertus ,

Et mille autres encore en tumulte accourus ,

Peuplent en un instant cette cour souterraine.

De ce hideux sénat la digne souveraine ,

Sur un trône de fer et sous un dais sanglant ,

Agite d'une main un glaive étincelant.

Dans l'autre est un flambeau que la Discorde attise,

Et sur son étendard , que porte la Sottise ,

Aux serres d'une buse un tigre entrelaçant i

Ses ongles tout rouilles d'un carnage récent :

Tel AlectOn préside au conseil des Furies.

Quand on eut fait silence : « 0 sœurs toujours chéries !

« Et vous à me servir également zélés ,

« En quel lieu, mes amis, vous ai-je rassemblés !

« A^ous qui, rois de la France, avez pendant deux lustres

« Brillé , sous mon empire , au rang les plus illustres j

Qui de la nation seuls faisiez les décrets , Seuls dans les tribunaux prononciez les arrêts -, Qui, renouvelant tout, épurant le ciel même, Pour votre usage avez créé l'Être suprême , Rappelez-vous le jour, et que ce souvenir Vous serve de leçon encor pour l'avenir, Le jour où, transportés d'un civique délire , Croyant , pour tout sauver, qu'il fallait tout détruire, Les trois ordres unis , ou plutôt confondus , Aux pieds du souverain, qui n'était déjà plus. Abjurèrent leurs droits , annulèrent leurs titres 5 Et , de leur sort futur acceptant pour arbitres Tous les chefs plébéiens qui combattaient pour nous, Comme de vrais moutons se livrèrent aux loups. En ce jour la Raison , ma constante ennemie , S'était sur ses lauriers un moment endormie. Espérant la plonger du sommeil au tombeau , Je prends son air, ses traits , et jusqu'à son flambeau; ;( Je m'olfre à ses amis : ils me prennent pour elle, c Se pressent sur mes pas enflammés d'un beau zèle. X Je sus en profiter -, j'avais mes orateurs; Par eux je travestis des plans réformateurs Que ma rivale avait préparés pour la France ; Des plus indépendans j'exalte l'espérance ;

« J'obtiens , j'exige encor : de siiccèâ en succès ,

« J'entraîne nos Solons dans les derniers excès.

« La Raison demandait qu'un plus juste équilibre

« Fixât les droits du trône et ceux d'un peuple libre ^

« Qu'on fit peser sur tous le fardeau des tributs ,

« Que de la monarchie on prévînt les abus :

« Moi, prouvant qu'un monarque est un abus lui-même,

« Je lègue au peuple seul la puissance suprême ;

« En droits , en biens , en tout, je les déclare égaux :

« Vive l'Égalité! répètent tous les sots.

« Tout prospérait pour nous, quand, du fond de l'Afrique ,

« Bonaparte , accourant , tua ma république.

« Vous savez trop, hélas l ce qu'il a fait depuis 5

« Autour de moi j'ai vu crouler tous mes appuis :

« Du sol où je régnais c'est peu qu'il nous exile ^

« Au monde il ne veut pas nous laisser un asile.

« Vous à qui mes destins ne sont point étrangers ,

a Vous connaissez nos maux , vous voyez nos dangers,

« Délibérez ; voyez quels moyens sont les nôtres

tt Pour réparer les uns et prévenir les autres.

« — Je n'en connais aucun , et j'en frémis d'effroi ,

« Reprit l'Intolérance ; amis , c'est surtout moi '

« Que poursuit du vainqueur l'implacable colère -,

« 11 prétend , le cruçl ! quand sa main tutélaire

« De la religion relève les autels,

« Qu'elle règne sans moi , qu'éclairant les mortels

« Sans les persécuter, même sans les proscrire ,

« La pieuse Indulgence assure son empire 5

« Enfin je la vois vivre en paix avec ses sœurs ;

« Les plus fermes croyans ne sont plus oppresseurs ;

« Tous les cœurs sont unis quand le culte diffère ,

« Et même dans un juif un chrétien voit un frère :

« Quel scandale ! — Ma sœur, le scandale n'est rien ,

« S'écria l'Ignorance au stupide maintien 5

« Mon sort plus que le vôtre à chaque instant empire j

« C'est par les fondemens qu'on sape mon empire :

« L'Instruction renaît : en de plus heureux jours ,

« Je crus avoir fermé son temple pour toujours ;

« Au silence , à l'exil je l'avais condamnée ,

« Et son dernier refuge était le Prytanée ;

« J'espérais bien qu'un jour il serait son tombeau.

« Là d'infidèles mains , conservant son flambeau ,

( L'alimentaient en fraude , et dans plus d'un lycée ,

« Sa féconde lueur, qu'on croyait éclipsée ,

« Ainsi se communique , et circule et s'accroît.

« Que dis-je ! d'infortune ô funeste surcroît !

(( Dans l'éternelle nuit pour me faire descendre ,

{( On prétend que bientôt renaîtra de sa cendre

« Le corps académique autrefois si fameux , ce Cette fille des rois qui périt avec eux. « Si ce malheur arrive , il n'est plus d'espérance , « Plus de salut pour nous , plus de retour en France. « — Avec plus de candeur on ne peut déplorer « Des maux qu'il vaudrait mieux songer à réparer, « Reprit sans s'émouvoir la douce Hypocrisie. «i Tant que Napoléon régnera , c'est folie « Que d'espérer le sceptre à nos mains arraché, « Ou cet espoir, du moins , doit demeurer caché. « Nous ne pouvons plus rien , rien par la violence; « Tout par l'adresse , tout avec la patience. « Pour garder le pouvoir qu'il usurpa sur nous , « Notre fier ennemi contre cent rois jaloux « Sera loin de la France obligé de combattre 5 « Il faut un demi-siècle au moins pour les abattre ; «(»Nous cependant ici nous aurons nos Débats; « Son œil ne pourra voir de si loin . ni si bas. (( Or, voici le projet qu'en sœur je vous confie : « Sur la Raison , qu'il faut nommer Philosophie , ft D'abord nous rejetons le mal par nous commis ; « Par Rousseau , par Voltaire et par tous ses amis , « Prouvons qu'aux factions la France fut livrée. « Dès aujourd'hui , changeant de style et de livrée.

lo FOLLICULUS,

« Parons-nous des vertus qu'alors nous détestions \

« Détestons les forfaits qu'alors nous exaltions ^

« De pieuses clameurs , de saintes apostrophes ,

« Effrayons la science 5 appelons philosophes

« Tous les amis des arts , des lettres , des vertus ^

« Calomnions si bien que l'on n'écrive plus.

« Pour arriver plus vite à ce Lut désirable,

« Je vous propose un homme unique, incomparable,

« A flétrir toute gloire homme prédestiné j

« Du talent véritable il est ennemi né ;

« De son âme son corps est la parfaite image,

« Et son cœur n'est pas plus affreux que son visage.

« Son père lui donna Zoïle pour patron -,

« Pour hochet il suça la plume de Fréron :

« On raconte de lui d'étonnantes merveilles 5

« La nature à son ventre attacha les oreilles ,

« Et dans son estomac elle a mis son cerveau.

« Formé par mes leçons , ce prodige nouveau

« De mensonge à son tour peut tenir une école :

« J'avoûrai qu'il n'a pas le don de la parole ,

a Mais il médit d'un style assez original ;

« Pour égarer un peuple, il suffit d'un journal.

« — Un peu d'esprit pourtant nous sera nécessaire.

« — Amis , rassurez-vous : par faveur singulière ,

« Mon cher Folliculus , car enfin , c'est son nom ,

« En a tout juste assez pour faire un feuilleton.

« A tous ces dons il joint celui d'être insensible ;

« Il n'a rien fait -, sans risque il peut être inflexible -,

« H n'a pas un ami -, donc rien à ménager ^

« Mort au plaisir, il vit pour boire et pour manger : •

« Que ne fera-t-il point pour manger et pour boire ?

« Tel est Folliculus. » L'infernal auditoire ,

A ces mots , ne répond que par des cris confus :

« C'est lui ! nous l'adoptons -, vivat Folliculus !

« — Oui , voilà mon héros , reprend la Barbarie ;

« Qu'il écrive -, lui seul peut venger la patrie ;

« Qu'il soit mon précurseur ! A ces mots l'Intérêt ,

« Qui déjà sur ce plan fait son calcul secret ,

« Observe qu'il faudra remplir différens rôles ,

a Et que Folliculus n'a pas assez d'épaules

« Pour porter seul le poids dont on veut le charger ;

« Le profit , les périls , il faut tout partager :

« — Choisissons , s'il en est , même s'il en peut être ,

« Des collaborateurs dignes d'un si grand maître ,

« Des braves comme lui , c'est un choix hasardeux.

« — J'en offre un, dit l'Orgueil. — Moi, j'en fournirai deux,

« Cria la Faim. — Moi trois , dit la Fainéantise.

« — Je les garantis tous , ajouta la Sottise.

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