MON RÊVE
»VK LA CONVALESCENCE o' XI N E JECNE ACTRICE.
A présent, charmante Julie, Qu'ëchappëe au fatal nocher, Dans le grand chemin de la vie Tu recommences à marcher, Et que le ciel, daignant suspendre Et tes douleurs et mon chagrin , Nous pouvons , plus calmes enfin , Moi te parler et toi m'entendre , Apprends comment s'est opéré Ce prodige tant désiré.
J'ai vu ce que je vais décrire ^
Ou , si c'est reflet du délire
Où ton.cl^nger m'avait jeté ,
Mon rêve à la réalité
Du moins ressemble , et , sans le dire ,
Chacun verra que ce délire
Est celui d'un homme en santé,
A peine par la renommée Ma tendresse fut informée De l'accident subit , affreux , Qui nous a causé tant d'alarmes, Ne pouvant t' offrir que des vœux , Le (fœur serré , les yeux en larmes , Troublé, tremblant, plus mort que vif.
Je cours au temple d'Esculape ^ J'entre : à mon regard attentif S'offre un spectacle qui me frappe :
Du dieu qui dompte le trépas Je vois une foule empressée Tenant la statue embrassée.
Leurs cris ne l'attendrissaient pas.
A ses pieds cependant ta mère Expirait, et , pour l'émouvoir N'osant employer la prière , Faisait parler son désespoir.
Amour pleurait à côté d'elle :
Pour rendre sa douleur plus belle Il avait ôté son bandeau.
Et cachant avec soin ses ailes , Il ne montrait que son flambeau.
« Des nymphes à tes feux rebelles ,
ii8. POESIES DIVERSES.
« Si ce flambeau , pour ton bonheur,
« Autrefois enflamma le cœur,
« Dieu puissant! dit -il, sois sensible
« Au sort d'une jeune beauté
« Qui du cœur le plus inflexible
« Devrait fléchir la dureté ! ' ;
« Exauce - nous ! Ah ! si Julie
« A nos yeux n'était que jolie ,
« Je ne t'importunerais pas 5
« A Paphos ou bien à Cythère
« Je retrouverais ses appas :
« Mais aux seuls bienfaits de ma mère
« Doit-elle le don de charmer?
« Julie a , pour se faire aimer ,
<( D'autres secrets que l'art de plaire -,
« Son moindre charme est dans ses traits '
« Sur son front siège la décence ;
« Dans ses yeux sourit l'innocence ,
« Et sur sa bouche le plaisir
« Se loge d'un air si modeste ,
fc Que l'on n'ose point l'y saisir ;
« Ou bien au fond des cœurs il reste
' Ce vers n'a p.TS de rime qui kii correspoïKlc.
« Sous l'humble forme du désir.
« Voilà celle qu'il faut guérir, « Ou c'en est fait de ma puissance : « A ma voix laisse -toi fléchir^ « Si je puis encor te servir, a Compte sur ma reconnaissance. »
L'Amour à peine avait parlé.
Que je vis paraître Thalie -,
A son air inquiet , troublé ,
A sa sombre mélancolie,
Un instant je la méconnus.
Je la vis sans ses attributs ,
Sans le grelot de la Folie ,
Sans masque , et peignant les douleurs ;
Pour la première fois , sans doute ,
Ses beaux yeux répandaient des pleurs.
« Fils d'Apollon, dit -elle, écoute : '
« C'est sa sœur qui vient te prier 5
« Il faut, si ma gloire t'est chère,
« Pour Julie il faut déployer
« Tout l'art que t'a donné mon frère :
« J'aime Julie, et veux qu'un jour
« Elle soit l'honneur de ma cour.
« Ma tendresse a versé sur elle
« Tous les dons qu'exige son art ,
« Pour servir un jour de modèle ,
« Son talent , en brillant plus tard y
« Assurera mieux sa conquête ^
« L'éckt qui luit subitement
« S'éteint encor plus promptement :
« Par degrés an devient parfaite.
« Elle n'a montré que les fleurs
« D'un talent que la crainte enchaîne ;:
« Déjà ses attraits enchanteurs
« Des cœurs la rendaient souveraine y
« Qu'elle vive l elle sera reine
« Du théâtre ainsi que des cœurs. ».
En ces mots se plaignait Thalîew.
Mais , ô surprise ! au même instant Je vis paraître un revenant Que je pris d'abord pour Julie :
Même air, mêmes traits, mêmes yeux,.
Et surtout même modestie :
Enfin , pour nous abuser mieux > Prenant jusqu'au ton de Julie :
«i Dieu chéri des mortels souffians.
POÉSIES DIVERSES. lai
« J'accours exprès de TÉlysée, « Pour joindre mes vœux supplians « Aux vœux de Thalie éplorée 5 « Je suis sa fille -, reconnais, « D'Olivier la voix et les traits.
« Si jadis par toi condamnée , « J'ai vu la fleur de mon printemps ^ « Hélas! sans pitié moissonnée j « Si je suis morte avant le temps , « Laisse-moi du moins l'avantage « De vivre encor dans mon image ^ « Julie aux mortels attendris ft Rappelle souvent ma mémoire , « Et par elle j'aurai la gloire « De charmer encor tout Paris. »
A ces vœux d'une âme sensible , A ces accens doux , enchanteurs , Le dieu jusqu'alors inflexible , S'émut , laissa tomber des pleurs -y Puis il dit un mot à l'oreille De son ministre , qui , joyeux , (Dans un docteur quelle merveille î ) a Amis, dit -il, soyez heureux,
12a . POÉSIES DIVERSES.
« Dans peu vous reverrez Julie ^ « Le dieu , touché de vos regrets , « M'a révélé tous ses secrets , « Et je vous réponds de sa vie. »
Tous les spectateurs , à ces mots , A cris redoublés applaudirent, Et du temple tous les échos A leurs cris joyeux répondirent.
Plus qu'eux transporté, triomphant.
Hors de moi , j'étais dans l'ivresse 5
Mais l'Amour, vers moi s'avançant ,
Vint tempérer mon allégresse.
« Fort bien, dit-il d'un ton malin,
(c Le trait est généreux, sans doute ^
« Sans songer à ce qu'il t'en coûte
« Tu te réjouis , car enfin ,
« S'il faut que Julie en revienne ,
« C'en est fait de ta liberté ,
« Et c'est aux dépens de la tienne
« Qu'elle recouvre sa santé. »
POÉSIES DIVERSES. i25*