‹ Œuvres, précédées d'une noticeChapitre 18 sur 114 · MON RÊVE · texte numérisé non relu

MON RÊVE

»VK LA CONVALESCENCE o' XI N E JECNE ACTRICE.

A présent, charmante Julie, Qu'ëchappëe au fatal nocher, Dans le grand chemin de la vie Tu recommences à marcher, Et que le ciel, daignant suspendre Et tes douleurs et mon chagrin , Nous pouvons , plus calmes enfin , Moi te parler et toi m'entendre , Apprends comment s'est opéré Ce prodige tant désiré.

J'ai vu ce que je vais décrire ^

Ou , si c'est reflet du délire

Où ton.cl^nger m'avait jeté ,

Mon rêve à la réalité

Du moins ressemble , et , sans le dire ,

Chacun verra que ce délire

Est celui d'un homme en santé,

A peine par la renommée Ma tendresse fut informée De l'accident subit , affreux , Qui nous a causé tant d'alarmes, Ne pouvant t' offrir que des vœux , Le (fœur serré , les yeux en larmes , Troublé, tremblant, plus mort que vif.

Je cours au temple d'Esculape ^ J'entre : à mon regard attentif S'offre un spectacle qui me frappe :

Du dieu qui dompte le trépas Je vois une foule empressée Tenant la statue embrassée.

Leurs cris ne l'attendrissaient pas.

A ses pieds cependant ta mère Expirait, et , pour l'émouvoir N'osant employer la prière , Faisait parler son désespoir.

Amour pleurait à côté d'elle :

Pour rendre sa douleur plus belle Il avait ôté son bandeau.

Et cachant avec soin ses ailes , Il ne montrait que son flambeau.

« Des nymphes à tes feux rebelles ,

ii8. POESIES DIVERSES.

« Si ce flambeau , pour ton bonheur,

« Autrefois enflamma le cœur,

« Dieu puissant! dit -il, sois sensible

« Au sort d'une jeune beauté

« Qui du cœur le plus inflexible

« Devrait fléchir la dureté ! ' ;

« Exauce - nous ! Ah ! si Julie

« A nos yeux n'était que jolie ,

« Je ne t'importunerais pas 5

« A Paphos ou bien à Cythère

« Je retrouverais ses appas :

« Mais aux seuls bienfaits de ma mère

« Doit-elle le don de charmer?

« Julie a , pour se faire aimer ,

<( D'autres secrets que l'art de plaire -,

« Son moindre charme est dans ses traits '

« Sur son front siège la décence ;

« Dans ses yeux sourit l'innocence ,

« Et sur sa bouche le plaisir

« Se loge d'un air si modeste ,

fc Que l'on n'ose point l'y saisir ;

« Ou bien au fond des cœurs il reste

' Ce vers n'a p.TS de rime qui kii correspoïKlc.

« Sous l'humble forme du désir.

« Voilà celle qu'il faut guérir, « Ou c'en est fait de ma puissance : « A ma voix laisse -toi fléchir^ « Si je puis encor te servir, a Compte sur ma reconnaissance. »

L'Amour à peine avait parlé.

Que je vis paraître Thalie -,

A son air inquiet , troublé ,

A sa sombre mélancolie,

Un instant je la méconnus.

Je la vis sans ses attributs ,

Sans le grelot de la Folie ,

Sans masque , et peignant les douleurs ;

Pour la première fois , sans doute ,

Ses beaux yeux répandaient des pleurs.

« Fils d'Apollon, dit -elle, écoute : '

« C'est sa sœur qui vient te prier 5

« Il faut, si ma gloire t'est chère,

« Pour Julie il faut déployer

« Tout l'art que t'a donné mon frère :

« J'aime Julie, et veux qu'un jour

« Elle soit l'honneur de ma cour.

« Ma tendresse a versé sur elle

« Tous les dons qu'exige son art ,

« Pour servir un jour de modèle ,

« Son talent , en brillant plus tard y

« Assurera mieux sa conquête ^

« L'éckt qui luit subitement

« S'éteint encor plus promptement :

« Par degrés an devient parfaite.

« Elle n'a montré que les fleurs

« D'un talent que la crainte enchaîne ;:

« Déjà ses attraits enchanteurs

« Des cœurs la rendaient souveraine y

« Qu'elle vive l elle sera reine

« Du théâtre ainsi que des cœurs. ».

En ces mots se plaignait Thalîew.

Mais , ô surprise ! au même instant Je vis paraître un revenant Que je pris d'abord pour Julie :

Même air, mêmes traits, mêmes yeux,.

Et surtout même modestie :

Enfin , pour nous abuser mieux > Prenant jusqu'au ton de Julie :

«i Dieu chéri des mortels souffians.

POÉSIES DIVERSES. lai

« J'accours exprès de TÉlysée, « Pour joindre mes vœux supplians « Aux vœux de Thalie éplorée 5 « Je suis sa fille -, reconnais, « D'Olivier la voix et les traits.

« Si jadis par toi condamnée , « J'ai vu la fleur de mon printemps ^ « Hélas! sans pitié moissonnée j « Si je suis morte avant le temps , « Laisse-moi du moins l'avantage « De vivre encor dans mon image ^ « Julie aux mortels attendris ft Rappelle souvent ma mémoire , « Et par elle j'aurai la gloire « De charmer encor tout Paris. »

A ces vœux d'une âme sensible , A ces accens doux , enchanteurs , Le dieu jusqu'alors inflexible , S'émut , laissa tomber des pleurs -y Puis il dit un mot à l'oreille De son ministre , qui , joyeux , (Dans un docteur quelle merveille î ) a Amis, dit -il, soyez heureux,

12a . POÉSIES DIVERSES.

« Dans peu vous reverrez Julie ^ « Le dieu , touché de vos regrets , « M'a révélé tous ses secrets , « Et je vous réponds de sa vie. »

Tous les spectateurs , à ces mots , A cris redoublés applaudirent, Et du temple tous les échos A leurs cris joyeux répondirent.

Plus qu'eux transporté, triomphant.

Hors de moi , j'étais dans l'ivresse 5

Mais l'Amour, vers moi s'avançant ,

Vint tempérer mon allégresse.

« Fort bien, dit-il d'un ton malin,

(c Le trait est généreux, sans doute ^

« Sans songer à ce qu'il t'en coûte

« Tu te réjouis , car enfin ,

« S'il faut que Julie en revienne ,

« C'en est fait de ta liberté ,

« Et c'est aux dépens de la tienne

« Qu'elle recouvre sa santé. »

POÉSIES DIVERSES. i25*

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