‹ Œuvres, précédées d'une noticeChapitre 35 sur 114 · SUR LE ROB ANTI-SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

SUR LE ROB ANTI-SYPHILITIQUE

DE M. BOYVEA C-LàFFECTETJR. »

Des Achilles , des Alexandres , La sanglante immortalité, Sur des débris et sur des cendres A trop bravé l'humanité : Humanité ! ta voix touchante M'inspire 5 c'est toi que je chante.

Disparaissez, mortels fameux Par des fureurs et par des crimes -, Vous avez fait moins de victimes Que mon héros n'a fait d'heureux.

' Comme il exLste beaucoup de contrefacteurs, je ne crois pas iuutilede prévenir que le robanti- syphilitique dont Je fais l'éloge , est celui de M. Boy veau-Laffecteur , rue de Varennes , n° 10 , faubourg Saint-Germain. {Note de l'auteur, )

Ma muse acquitte votre dette , Vous tous qu'il ravit au trépas :

Votre bouche reste muette 5 Le préjugé vous rend ingrats -, Une injuste et fausse décence Force votre reconnaissance A rougir de son bienfaiteur ; Mais moins que vous , pusillanime , Dans le noble élan qui m'anime , J'oserai nommer Laffecteur.

Depuis trente ans ce nom qu'implorent

Tous ces êtres désespérés ,

Aux maux affreux qui les dévorent

Par un art impuissant livrés ,

Ce nom: dans l'univers circule :

Je braverai le. ridicule,

Et devant tous osant louer

Ce nom béni dans le silence ,

Ma muse fera violence

Aux cœurs qui n'osent l'avouer.

.v,i Homme imprudent! tu fais un crime • / D'un mal que tu n'éprouves pas -, - ' • Mais > .tpemble l. il attend sa victime

POÉSIES DIVERSES. i^nj

Au sein des plus chastes appas ' :

Ce fléau redoutable, immonde, Fatal présent du Nouveau -Monde, Est habile à se déguiser :

Ce germe impur de la licence , Dans les veines de Tinnocence Peut se transmettre et se puiser.

De Frascator la muse antique ^ Osa nous peindre ce fléau :

Ou moins hardie , ou plus pudique, La mienne écarte ce tableau :

Mais sous d'aussi tristes images Elle tracera les ravages D'un remède appelé divin , Remède , hélâs ! plus homicide Que le mal cruel et perfide , Que* souvent il combat en vain.

' Une expérience triste et presque générale ne permet point d'en douter, et je ne vois pas pourquoi nous serions sur ce point plus modestes que nos amis les Espagnols , chez qui cette maladie n'est pas plus honteuse que toutes les autres. ^, * Frascator, médecin célèbre du seizième siècle, a fait un excellent poëme latin , intitulé : Syphilis ou le mal de Dfaples.

,6o POÉSIES DIVERSES.

A ces traits on doit te connaître, De la terre enfant odieux , Qui portes , pour raison peut-être ^ Le nom du messager des dieux » :

Perfide agent I fatal Protée ! Celui que vainquit Aristée , Avec moins d'art se déguisait :

Tu prends des formes attrayantes ^ -, Les siennes étaient effrayantes -, Mais jamais son art ne nuisait.

Et toi !... c'est vous qu'ici j'atteste , Astruc , son zélé partisan j Si je soutiens qu'il est funeste , Je ne l'appris qu'en vous lisant :

En vain votre plume le vante, Même sous votre main savante , 11 soulage moins qu'il ne nuit :

Se jouant de la médecine ,

' On sait que Mercure était le dieu des voleurs. ' Il se change en sirop, en dragées , en pastilles, en biscuit, en gâteau, etc., etc.

l Voyez son traité de Morbis venereis, traduit par Louis.

POÉSIES DIVERSES. *6i

S'il ne guérit, il assassine, Il empoisonne , s'il guérit '.

Tremblez donc , vous dont la mollesse Succombe au plus léger combat j Vous que condamne à la faiblesse L'âge , le sexe ou le climat 5 Voiis qui, sur le point d'être mères, Devez vos forces tout entières Au doux fardeau que vous portez 5 Vous enfin qui venez d'éclore , Tendres fleurs , qui pressez encore Le sein impur dont vous sortez ^ !

Et toi , qui , d'une chaîne heureuse Tout prêt de former les saints nœuds , Veux d'une épouse vertueuse

» Souvent ceux qui en ont fait usage s'en ressentent toute la vie : quelquefois il cause les mêmes ravages que le mal qu'il combat j des douleurs dans les membres , des chaleurs aux extrémités, des maux de tête opiniâtres, des étourdissemens , des insomnies, la perle de la mémoire, la mélancolie, l'imbécillité, etc. , etc. C'est le senlinicnt de Vigarous.

' On peut citer encore tant d'innocentes victimes confiées à des nourrices infectées j les enfans trouvés , etc. , etc.

Loge. h. • 11

Assurer les pudiques feux :

Contre des soupçons que peut-être Ta délicatesse a fait naître , Hëlas !. d'un remède assassin , Ta généreuse inquiétude Bravera donc la certitude Pour détruire un mal incertain !

Arrête !... Et vous que l'espérance Semblait avoir abandonnés, Ne craignez plus qu'à la souffrance Vos tristes jours soient condamnés.

Laffecteur vit : son art magique Possède le dictame unique.

Si vos maux sont invétérés , Consolez-vous \ sa main propice , Du plus horrible précipice , Vous aura bientôt retirés.

Sans danger, sans dégoût, sans peine,

Son remède réparateur

Va, circulant de veine en veine,

Chercher le venin corrupteur.

Et semble , dans la peur de nuire.

POÉSIES DIVERSES. i63

Moins le chasser que reconduire :

Grâce aux salubres végétaux ' , Dont cette liqueur se compose , Le corps soulagé se repose, Et sent à peine fuir ses maux.

L'orgueil , l'intérêt et l'envie , .,

° ' ' .: ::)T; ? > as»lqoi;>q 00

Ont attaqué ce don nouveau : r ' ^ : ^

Ce rob, où l'on puise la vie, ^^^^.^^^^^

Fut d'abord un faible ruisseau.

On voulut altérer sa source ^ ,

On voulut arrêter sa course ;

Mais le ruisseau devint torrent ;

Et c'est en vain qu'on voudrait rompre,^

C'est en vain qu'on voudrait corromprç

Son cours rapide et bienfaisant.

^ te rob ànti-sypliilitique a été décomposé par MM, Bucquel, Darcet et lessier, et compose par les commissaires de Lassonne, Macquer, Geoffroy, Lorry, Bucquet, La Rochefoucauld, Poultiers , de La Salle et Mouligny, tous membres de l'Académie des Sciences • il n'y a que la plus insigne mauvaise foi qui puisse prétendre qu'il y entre du mercure.

* Il existe encore une foule de contrefacteurs qui font calomnier ce remède précieux.

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Murmure , mais dans la poussière , Lâche envieux ! vil détracleuF !

Dans l'un et dans l'autre hémisphère , Qui souÛVe connaît Laffecteur :

Par sa constante expérience Il a conquis la confiance Des peuples et des souverains ' j Son nom, cher surtout à la France, Depuis trente ans est l'espérance De nos intrépides marins =».

Ses soins heureux devraient s'étendre A tous nos braves défenseurs 5 SouiFrans , ils ont le droit d'attendre • Mêmes secours, mêmes faveurs 3.

' Le roi de Prusse, le fameux Frédéric, et l'impératrice de Russie , ont fait offrir à Boy veau-Laffecteur les conditions les plus brillantes pour l'attirer dans leurs états.

» Depuis près de trente ans il fournit les hôpitaux de la marine.

3 Boy veau- Laffecteur a présenté à la convention nationale une pctiliou par laquelle il offre de se charger de tous les vénériens incurables de la république : il vient d'en (aire une pareille à sa majesté l'empereur et roi.

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0 vous! pères de la patrie.

Entendez sa voix qui vous crie :

« Confiez-lui ces malheureux ,

« Qu'à leurs tourmens l'art abandonne ^

« Et qu'à leur sauveur l'art pardonne ,

« Quand il ne peut plus rien pour eux. »

Devant la volonté publique

Le vil intérêt fléchira ^

Et d'un orgueil anti-civique

L'humanité triomphera :

Mais dussent les preneurs avides

De tant de poisons homicides

Vendre impunément le trépas;

Pour sa gloire et pour sa vengeance ,

Laffecteur se charge d'avance

De ceux qu'ils ne guériront pas.

J'entends déjà la malveillance , Qu'irrite un légitime encens , S'armer de ma reconnaissance Pour calomnier mes acceus.

« L'éloge est commandé, dit-elle.... »

11 l'est , mais par le plus pur zèle :

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Il l'est , mais par la vérité -, Et plus d'un cœur que j'interprète , Tout bas applaudit et répète Un éloge si mérité.

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