SCÈNE I
PÉRIANDRE, AGATHOPHILE.
PÉRIANDRE. Il paraît enfoncé clans une rêverie profonde , j usqu'à ce qu'il ait aperçu AgatUopliile , qu'il a fait appeler.
Approche, Agathophile, ami tendre et fidèle, De vertu, d'indulgence, ô trop rare modèle ! Qui , sincère toujours , et toujours généreux , M'as blâmé tout-puissant, m'as servi malheureux : C'est toi qui le premier sans doute as droit d'apprendre Un projet qui peut-être à ton ami va rendre Ce calme heureux du cœur, préférable cent fois Au bruyant appareil dont s'entourent les rois.
AGATHOPHILE.
Ah ! s'il doit en effet dissiper le nuage
Qui sans cesse obscurcit votre auguste visage,
Ce projet, quel qu'il soit , a déjà mon aveu.
Mais souffrez que mon zèle , en exprimant ce vœu ,
S'étonne de vous voir, cherchant la solitude ,
De vos sombres chagrins nourrir l'inquiétude :
Je sais tous vos malheurs , je les ai partagés 5
Mais on sent moins ses maux dès qu'on les a vengés.
Proclès a par sa mort expié son outrage ;
Et sur Corinthe enfin vous régnez sans partage.
Apprends de mes chagrins le trop juste sujet , Et tu vas applaudir à mon heureux projet. Pour soulever Corinthe épiant mon absencé?itflit<i Quand Proclès m'eut ravi la suprême puissance, Tu sais que dans ces murs , par la force envahis , Le perfide retint et ma femme et mon fils j Le bruit courut alors (ô ciel ! et j'ai pu croire , Sur la foi d'un vain bruit, une trame si noire î ) Que Mélissa , parjure , avait d'un factieux Favorisé l'audace et couronné les feux.
J'adorais Mélissa ! j'aurais donné pour elle Mon sang. . . Je ne vis plus qu'une épouse infidelle !.. Et le trône et Proclès sortirent de mon cœur : J'oubliai ma vengeance ; et ma sombre douleur Dans les bras d'un rival se la peignant heureuse ,