ACTE I, SCÈNE I
Des cœurs les plus aigris l'ardeur républicaine -,
Le sombre Philoclès , dans mon conseil admis,
Se voit avec orgueil au rang de mes amis ;
Aussi fière que lui, Diocliaris, sa fdle,
Me pardonne un éclat dont elle-même brille j
Tous deux, comblés d'honneurs, habitent mon palais ;
Le peuple , à leur exemple , obéit.
AGÂTHOPHILE.
Vos bienfaits Sont un faible garant de son obéissance. Dans Athènes , seigneur, j'ai reçu la naissance , Et j'ai trop bien appris chez ce peuple indompté Qu'entre un maître et l'esclave il n'est point de traité. De la liberté seule un Grec chérit l'empire , C'est son bien , c'est son dieu, c'est là l'air qu'il respire. . Je sais que vos vertus , le besoin de la paix , Le règne de Proclès , l'horreur de ses forfaits , Au peuple qu'avec art conduit votre prudence , Ont fait plus d'une fois bénir sa dépendance -, Mais par quel art un prince , à peine en son printemps , Pourra-t-il contenir tant d'esprits mécontens? A-t-il de gouverner la pénible science ? Aura-t-il vos vertus et votre expérience ?
11 aura tes conseils , digne ami , c'est par eux Que moi-même j'appris à rendre un peuple heureux : Je compte sur ton zèle 5 ami tendre et sincère , Tu serviras le fils si tu chéris le père.
<r AGATHOPHILE.
Sans doute votre fils peut compter sur ma foi 5 Vous servir l'un et l'autre est mon devoir, ma loi. Par d'obscurs ennemis dénoncé comme un traître, Lorsqu'il m'a fallu fuir les murs qui m'ont vu naître, Votre auguste pitié m'admit dans ce palais : Étranger dans Corinthe, où, par mille bienfaits. Me vengeant des rigueurs d'une ingrate patrie , Vous sûtes dans l'exil me faire aimer la vie ; Par un nœud plus sacré mon cœur n'est point lié , Je n'ai fait de serment qu'à la tendre amitié j Je saurai le remplir -, mais. . .
En vain ta sagesse Veut combattre un projet formé par ma tendresse ; Cher ami , je suis père , et , malgré tes avis , Je cède au doux plaisir de couronner mon fils. Seul, hélas ! sans amis, exilé dans Corcyre , 11 consume à pleurer , peut-être à me maudire ,