ACTE I, ^d^MMf
Le tyran promena son sceptre énsanj^lanté.
Dans un jour solennel , soit fureur, soit caprice ,
Soit par le vil attrait d'une infâme avarice ,
Le cruel . prétextant en l'honneur de nos dieux
Je ne sais quelle offrande , osa , brigand pieux ,
A nos jeunes beautés, vainement suppliantes ,
Arracher sans pudeur ces parures brillantes ,
Arme d'iiii sexe faible, ou plutôt son trésor, ?'^"^'«^V'--
Par qui les plus beaux traits s'embellissent encor :
J'épargne k son ami l'effrayante peinture
Des forfaits dont frémit l'hymen et la nature ; ^
( Âgathophile fait un gesle de désapprobation. )
Il en fut accusé , mais ces forfaits affreux , Même dans un tyran , je les crois fabuleux. Vous parûtes depuis ; pour éteindre , ou distraire Dans un sang étranger sa fureur sanguinaire , Aux champs corcyréens vous guidâtes ses pas. Tandis qu'il y portait des fers et le trépas , Un factieux, Proclès, usurpa sa couronne. Vous savez qu'il perdit et la vie et le trône ^ Mais savez-vous aussi que Périandre alors Jura que, si nos mains secondaient ses efforts, Si Proclès périssait, content de sa vengeance, 11 noi^ rendrait nos lois et notre indépendance?
Et quand je le sommai de sa promesse : « Un roi , (c Dans un pressant danger , peut engager sa foi , <( Dit-il , mais un danger plus pressant la dégage. « Je ne veux point tomber du trône à l'esclavage. » Maintenant vantez-nous ses vertus.
Convenez que du moins l'exemple de Proclès Légitimait sa crainte -, et si , dans sa jeunesse , Périandre eut des torts que dément sa sagesse , Il les a réparés 5 les leçons du malheur, Vous l'avouez vous-même, ont bien changé son cœur : Enfin , si ses vertus vous trouvent inflexible , A ses bienfaits du moins montrez-vous plus sensible.
PHILOCLÈS
A ses bienfaits !
AGATHOPHILE.
Sur vous j sur ceux qui vous sont chers....
PHILOCLÈS
Achevez, dites -nous qu'il a doré nos fers, Que , chef d'un vain sénat qu'il a créé , qu'il brave , J'ai les honneurs honteux de son premier esclave ', Que , pour mieux épier nos discours , nos projets , 11 nous tient prisonniers dans son propre palais.