ACTE IV, SCENE V
Et qui ?
PHILOTAS.
Diocharis.
Cœur ingrat et pervers !
Quand j'allais... Mais peut-on conspirer dans les fers?
PHILOTAS.
De trop justes soupçons légitiment ma crainte 5 L'audace de Corcyre a réveillé Corinthe ; On murmure , ou s'agite , on vante Philoclès , Et j'ai vu circuler des messages secrets. . ; . Mes soins sur un esclave ont surpris cette lettre : Aux mains d'Agathopliile il allait la remettre.
PÉRIANDRE lit.
« J'apprends que sous tes coups ont péri nos vengeurs ; « Ce dernier trait m'éclaire en comblant mes malheurs; « Notre hymen dépendait du succès de Corcyre 5 « Et c'est ton propre espoir que tu viens de détruire, u J'avoue , en rougissant , ingrat , que je t'aimais j « A mon cœur , à ma main , renonce désormais : « Je te le jure encor, par le ciel qui m'inspire , « Pour moi jamais d'hymen , tant que le roi respire. »
4i8 PÉRIANDRE,
(Après ayoir lu.)
Ainsi , contre mes jours s'armant de ses appas ,
L'implacable beauté commande mon trépas I
Dans les fers, sous le glaive , on brave ma vengeance î
Corinthe avec Corcyre était d'intelligence -,
Je n'en puis plus douter. Eh bien ! tremblez, ingrats !
€e jour verra la fin de tous vos attentats :
Que la mort , que le sang.. . . Malheureux Périandre î
Que feras-tu du sang que ta main veut répandre?
Te rendra-t-il ton fds?... A ton cœur agité
Rendra- t-il l'innocence et la tranquillité?
La couronne déjà sur ton front chancelante,
La porteras-tu mieux et souillée et sanglante?...
Lorsque ayant de Corinthe éclairé le tombeau,
De la guerre en tes mains s'éteindra le flambeau ,
Crois-tu , dormant en paix sur des débris en poudre ^
Du ciel qui te poursuit éteindre aussi la foudre?...
Mais dois-je donc laisser leurs complots impunis?
C'est peu qu'à ma tendresse on ait ravi mon fils ^
D'Agathophile encore on veut punir le zèle !
Il sera malheureux parce qu'il m'est fidèle !
Ah ! c'est trop tourmenter mon esprit incertain j
Périandre, il est temps de fixer ton destin.
Oui , je dois à mon fils encor ce sacrifice j