CONCLUSION
Moi , Barthélemi de Las Casas , ou Casau§ , religieux de l'ordre de Saint-Dominique, je me suis décidé à écrire cette histoire fort abrégée d'après le conseil de plusieurs personnes pieuses et craignant pieu, lesquelles en ont désiré la publication, parce qu'elles ont pensé que cette publication ferait naître dans le cœur d'un grand nombre de (h rétiens le désir d'apporter un prompt remède à des maux auss^ énormes que multipliés.
Je me suis conformé à ces intentions bienveillantes , animé par des sentimens de compassion pour les malheureux Indiens, qui meurent sans avoir connu la véritable religion , par la faute de tyrans
^ui n'ojil de relations avec eux que pour l«j» vojer , les re'duire en esclavage, les vendre, ouïes faire mourir dans les plus affreux lourmens.
Un autre motif de cette publication c'est mQ^ sincère attachement pour mon roi et maître, le souverain d'Espagne , et pour ce pays : les liommes qui ont fait jusqu'ici tant de mal aux Indiens en étant sortis, j'ai craint que Dieu ne vengeât sur ce royaume, par de grands malheurs, les péchés qui ont été commis par ses enfans.
J'ai profité de l'occasion qui s'est offerte à moi pour suivre la cour , parce que j'ai conçu l'espoir de faire entendre par ce moyen des gémissemens capables de faire porter remède à un mal si grand. D'ailleurs , avant que le conseil m'en eût été donné, j'avais eu la pensée de publier cette relation , et si elle n'avait pas encore paru c'est que des affaires multipliées en retardaient la publication. Je finis mon travail à Valence, le 8 décembre i542.
Je le publie à une époque où les cruautés des Espagnols sont à leur comble dans toute l'Amérique, excepté à Mexico, où elles se sont un peu ralenties. Dans cette ville on voit régner quelque justice , et les exécutions publiques n'y seraient point tolérées ; ce qu'on exige des Indiens en impots est immense et insupportable, mais les homicides sont moins fréquens.
Cet adoucisseanent dans les maux des Indiens du Mexique s'est fait remarquer aussitôt que le roi Charles V, noire maître, à qui on avait caché tant d'horreurs, en a eu connaissance: son amour pour
( >o4) la religion et la justice fait espérer que Sa Majesté voudra connaître la vérité tout entière , et qu'étant bien informée elle mettra fin à ces calamités pour la gloire de Dieu et le bien de l'Eglise. Que Dieu prolonge sa vie et son règne pendant de longues années ! Amen.
ADDITION DE l'année i546.
Depuis que ce petit ouvrage a été publié il a paru plusieurs lois et ordonnances décrétées à Barceîonne par Sa Majesté en 1642, et afficliées à Madrid dans le mois de novembre de l'année suivante. Ces mesures ont été prises sur la proposition d'une junte convoquée à Valladolid , et composée de personnes respectables par leur religion , leur sagesse et leur amour pour la justice. .
Les amis et les agens des bourreaux de l'Amérique se sont procuré un grand nombre d'exemplaires des nouveaux décrets, et les ont envoyés à ceux q\ii ont tant d'intérêt à ce qu'ils ne soient pas publiés, afm de pouvoir continuer leurs vols et leurs massacres : ceux-ci ont su en même temps que l'empereur avait nommé des juges humains et incorruptibles pour aller protéger en Amérique les Indiens contre leurs oppresseurs.
Les tyrans ont pris alors le parti le plus extrême ; ils ont secoué ouvertement le joug de leur souverain pour continuer leurs brigandages, malgré la honte que cette trahison allait faire retomber sur leur tête, et c'est avec la plus grande audace qu'ils commettent
( io5 )
mille excès nouveaux dans le Pérou au moment où j'e'cris , c'est à dire en 1 546.
C'est sur celte dernière terre que Dieu a répandu au milieu de ces tyrans un esprit de vertige qui les a armés l^s uns contre les autres ; mais le funeste exemple de rébellion qu'ils ont donné a porté les gouverneurs, aussi barbares, des autres pays à s'opposer à l'exécution des lois et ordonnances de Sa Majesté. Ils font valoir les prétextes les plus frivoles pour ajourner toute mesure favorable aux Indiens, et prétendent j ustifier leur inaction en disant qu'ils ont réclamé auprès du roi , et qu'ils attendentsa réponse ; cependant ils accablent d'exactions les malheureux Indiens, et les réduisent au plus dur escla-
yaiie.
Enfin il est évident que l'autorité du roi n'a servi de rien jusqu'ici pour arrêter les fléaux qui désolent l'Amérique. Parmi les hommes chargés de gouverner ce pays les uns sont devenus traîtres et rebelles ; les autres, tout en protestant qu'ils sont soumis au monarque et lui obéissent, se comportent comme de véritables tyrans dans leurs districts ; il y en a qui affichent la modération , mais qui pillent avec adresse et secrètement, et il faudrait pour ainsi dire un miracle pour que quelqu'un de ces bourreaux rentrât dans les voies de la justice, et prît le parti d'être bon à 1 avenir. Je pense qu'aucun d'eux ne se croit obligé de restituer ce qu'il a enlevé par violence ; tous retiennent entre leurs mains la part qui revient de droit à Sa Majesté des richesses acquises dans le Nouveau- Monde.
SUPPLEME.'XT.
J*avais entre les mains une lettre écrite par un Espagnol qui avait accompagné le comnifftdant de l'expédition du royaume de Quito et des pays voisins ; je la remis au libraire pour qu'il la fît imprimer avec d'autres feuilles manuscrites. Sa négligence a été cause qu'il en a été séparé une feuille qui s^est égarée, ce qui est une véritable perte pour l'histoire, car on y trouvait des détails dignes d'être connus ; ce qui en reste, quoique incomplet, n'est pas moins précieux , comme offrant le récit original des faits par un témoin oculaire, soldat lui-même de l'expédition. Les particularités contenues dans ce fragment m'ont fait penser qu'il était de mon devoir de le mettre sous les yeux de Votre Altesse, afin qu'elle puisse reconnaître par ce qu'il renferme qu'il n'y a rien d'exagéré dans l'exposé que je viens de lui faire. Ce témoin s'exprime ainsi :
c( Il permit qu'on les chargeât de fers et
qu'on les mît en prison , ce qui fut exécuté. Le capitaine tenait trois ou quatre chaînes de ces malheureux qui étaient pour lui ; et comme il ne donnait aucun soin à ce que la terre fût ensemencée et cultivée , et qu'il n'était occupé qu'à piller les Indiens et à leur enlever les vivres qu'ils avaient dans leurs maisons , il en résulta une telle disette dans le pays qu'un grand nombre, exténués par la faim, tombaient morts dans les chemins. Comme ils étaient employés pour transporter jusqu'à la côte les effets et le butin des
( I07 ) Espagnols, il en périt dix mille, et il est certain qu'il n'en arriva pas un seul sur le rivage qui ne mourut bientôt à cause de la chaleur brûlante de la terre.
)) Ensuite , prenant la direction qu'avait suivie Juan de Ampudia, il se fit précéder par les Indiens qu'il avait enlevés dans le Quito, et qui avaient une journée de chemin sur lui , afin qu'ils découvrissent de nouvelles villes et les missent eux-mêmes au pillage avant son arrivée. Ces Indiens composaient sa troupe d'esclaves et celle de ses compagnons, dont les uns en avaient deux cents , les autres trois cents, et quelques uns une centaine. Ils revenaient auprès de leurs maîtres avec le butin qu'ils avaient fait, et après avoir exercé mille cruautés sur les femmes et les enfans.
» 11 suivit le même plan dans le royaume de Quito , mettant le feu partout , notamment aux inagasins de maïs , que les caciques avaient formés pour la subsistance du peuple , et permettant qu'on fît une grande destruction de moutons , quoiqu'ils fussent d'une immense ressource pour les Espagnols comme pour les Indiens. Il en faisait égorger deux à trois cents à la fois pour en avoir seulement la cervelle et la graisse, et il en abandonnait la chair. Les Indiens qui secondaient les Espagnols dans cette expédition imitaient leur exemple , et tuaient une multitude de ces animaux , dont ils ne mangeaient que le cœur. On a vu dans la province nommée Purua deux hommes égorger vingt-cinq brebis et moutons de charge , de cent francs par tête , pour en avoir la graisse et la cervelle,
» Celte frénéeie pour la destruction fit perdre plus de cent mille têtes de bétail , causa une grande disette de cette espèce de provision , et une mortalité considérable parmi leshabitans. Quito est fort ricbe en bétes à laine, plus encore en maïs, et cependant, par une suite de cet affreux système, le prix d'un mouton fut bientôt de quarante francs , de même que celui d'une fanègue de maïs.
)) Après avoir parcouru la côte le commandant de Texpédition résolut de s'éloigner du royaume de Quito, et de rejoindre le capitaine Juan de Ampudia avec plus de deux cents Espagnols , fantassins ou cavaliers , dont plusieurs étaient déjà habitans de Quito. Il leur permit de se faire accompagner par les caciques qui leur étaient échus en partage , et par autant d'Indiens qu'il leur plairait : les Espagnols mirent à profit cette disposition de leur commandant.
)) Alphonse Sanchez Nui ta emmena avec lui son cacique et plus de cent Indiens avec leurs femmes ; Pedre Cobo et son neveu en prirent plus de cent cinquante; beaucoup d'Indiens partaient avec leurs enfans parce qu'ils mouraient de faim.
J) Moran , domicdié à Popayan , se mit en route avec plus de deux cents esclaves, et les Espagnols qui habitaient le pays , ainsi que les soldats , usèrent plus ou moins de la faculté qui leur était accordée.
)) Us demandèrent au chef de l'expédition s'il leur permettait de mettre leurs esclaves en prison : (f Oui , vraiment , répondit-il , et jusqu'à ce qu'ils » en meurent ; on pourra alors en prendre d'au-
( ïog ) » ires : s'ils sont sujets du roi , les Espagnols qui » meurent dans la guerre le sont aussi. »
» Arrivé dans un lieu nommé OtaLalo, qui lui était échu dans le partage qu'on avait fait des terres et de la population , il demanda au cacique cinq cents Indiens pour en faire des soldats. Le cacique les lui remit avec quelques autres Indiens considérables qui pouvaient lui rendre différens services dans son expédition. Le commandant en donna une parlie aux gens de sa suite , et garda les autres pour lui: les uns portaient les bagages, les autres suivaient enchaînés ; il y en avait aussi qui étaient libres et toujours prêts à exécuter ses ordres.
» On pouvait compter six mille Indiens, hommes et femmes, qui sortirent de la province de Quito; mais à peine s'en trouvait-il vingt après l'expédition : les autres avaient succombé aux fatigues et sous l'influence d'un climat plus ardent que celui de Quito.
» Il arriva un jour que , le commandant avant donné l'ordre à Alphonse Sanchez d'entrer dans une province , cet officier rencontra sur son chemin un certain nombre de femmes et d'enfans qui venaient à sa rencontre avec des provisions : cette marque de soumission ne le toucha point ; il les fit passer tous au fd de l'épée. On remarqua dans cette circonstance des choses assez singulières : au premier coup d'épée qu'un soldat donna à une Indienne, l'arme se brisa par le milieu , et au second coup il ne lui resta que la poignée dans la main. Le poignard à deux fils d'un autre soldat présenta plusieurs fois le même phénomène.
» Lorsque le capitaine sortit de Quito pour Soii expédition il ôta à un grand nombre d'Indiens leurs jeunes femmes pour les donner aux esclaves particulièrement attachés à son service , et il distribua celles qui étaient plus âgées aux vieux Indiens quî étaient dans la ville.
» Une de ces femmes , chargée de trois enfans , vient prier le commandant de ne pas lui ôter sont mari, parce que lui seul peut empêcher sa famiUe de mourir de faim. Elle n'est point écoutée; elle insiste ; mais ses cris et ses gémissemens importunent le capitaine , qui la fait éloignr r : cette femme perd à l'instant la raison, saisit l'enfant qu'elle porte dans ses bras , et l'écrase contre une pierre.
» Le commandant étant arrivé à Palo , près de Rio-Grande , province de Lili, y trouve le capitaine' Juan de Ampudia , à qui avait été donnée la commission de découvrir et de pacifier de nouvelles terres.
» Celui-ci avait fondé au nom du roi la ville d'Ampudia avec l'autorisation du marquis Pizarro. Pedre Solano de Quinones en était l'alcade ; elle avait huit officiers municipaux , et tout le pays soumis à sa juridiction était en paix et bien administré. L'alcade sort de la ville avec beaucoup d'Indiens et quelques Espagnols pour aller recevoir le capitaine avec des présens et des vivres ; les Indiens du voisinage qui s'en aperçoivent suivent cet exemple , entre autres les caciques et les habitans de Palo, Xamundi , Soliman et Bolo , qui étaient des villes de celte contrée. Le commandant , irrité de ce que les Indiens n'apportaient pas autant de maïs qu'if e'ri
( ui ) avait demandé , envoya une compagnie de ses gens , composée d'Espagnols et d'Indiens , à Bolo et à Palo pour y faire des provisions de celte denrée. Après avoir exécuté l'ordre de leur chef, ils pillèrent les maisons et enchaînèrent comme des esclaves tous lés opprimés qui voulurent faire quelque résistance.
» Les habitans de ces deux villes vinrent se plaindre , mais inutilement, du tort qu'on leur avait fait ; on se contenta de leur promettre qu'on n'entrerait plus dans leurs maisons ; cependant six jours s'étaient à peine écotilés lorsque leurs ennemis vinrent les mettre au pillage une seconde fois. Voyant alors qu'ils ne pouvaient compter sur la parole de leurs tyransy ils se soulevèrent contre le joug des Espagnols , et ce mouvement eut de très fâcheuses conséquences pour la religion et pour les intérêts diï roi.
y) Dans les montagnes qui forment la limite de celte région habitait la peuplade des Indiens Olomas et celle des Manipos , nation belliqueuse , indomptable et féroce. Ces Indiens s'aperçurent que ceux de la plaine n'étaient plus protégés par les Espagnols , et qu'ils mouraient de faim ; ils profitèrent de ce changement, et vinrent achever la ruine du pays,
» A la vue de ce désastre le capitaine se retira à Ampudia , dont les habitans le reconnurent pour commandant général du dis trie l. Sept jours après il partit pour Lih et Peti avec plus de deux cents hommes , tant infanterie que cavalerie.
» Il fit prendre ensuite plusieurs directions h quelques uns de ses capitaines , avec ordre de poursuivre les Indiens; ils firent un butin immense, massacrèrent beaucoup d'habitans , et mirent le feu à un grand nombre de villages.
>) Les caciques , seigneurs du pays, voyant les malheurs de leur peuple , tentèrent de changer la face de leurs affaires en envoyant au commandant espagnol des de'putés chargés de vivres et de présens.
)) Le général sortit de Lili emmenant la plupart des habitans , qu'il avait fait enchaîner , et arriva à Yce ; il renvoya de là une troupe de ses gens à Lili pour piller et saccager cette peuplade, et avec la permission d'y tuer autant de monde qu'ils pourraient , et d'en incendier les maisons : ses soldats en brûlèrent plus de cent.
» Il se rendit ensuite dans un autre lieu nonmié Colilicui. Le cacique qui en était le maître était allé à sa rencontre avec des provisions portées par un grand nombre d'Indiens , et l'avait reçu avec tous les signes de l'amitié et de la meilleure mtelligence. L'Espagnol ayant demandé une grande quantité d'or , on lui fit observer qu'il y en avait fort peu dans le pays, mais qu'on lui apporterait tout ce qu'on pourrait en trouver. Le cacique ordonne en effet à tous les Indiens de remettre l'or qu'ils possèdent dans leurs maisons au général. Ceux qui en ont s'empressent d'obéir, et reçoivent en échange une cédule qui prouve leur obéissance. Cette opération terminée , le chef espagnol envoie une partie de ses
( ii3) soldats chez tous les habitans , avec ordre d'en exiger de l'or , à moins qu'ils ne prouvent par leurs récépissés qu'ils en ont remis , et de massacrer tous ceux qui , sans montrer cette espèce de quittance protesteront qu'ils n'en ont pas. Cette mesure fut suivie d'un massacre considérable.
» Après cette exécution le général ordonna au cacique de faire savoir de sa part au cacique d'un lieu voisin , nommé Dagua , de venir sans relard le trouver , lui et ses Indiens , avec une grande quantité d'or.
» Il arriva dans une autre ville, et chargea ses troupes et le cacique de Colilicui de lui amener des Indiens de charge ; ils revinrent avec plus de cent de ces malheureux : le général en garda une partie pour lui , et distribua les autres à ses soldats ; tous furent mis dans les fers et ne lardèrent pas à mourir. Il donna leurs enfans au cacique de Colilicui en lui ordonnant de les manger. On voit encore les peaux de quelques unes de ces innocentes victimes dans la maison du cacique.
»Ce chef quitta le pays pour se rendre dans la province de Calili sans aucun guide. Il y opéra sa jonction avec Juan de Ampudia, qui avait déjà parcouru beaucoup de provinces.
)) Ils commirent l'un et l'autre de grands ravages et causèrent d'effroyables calamités sur leur passage.
» Juan de Ampudia arriva à Bilacon, dont le
cacique avait fait creuser et masquer de grandes
fosses pour détruire la cavalerie de ses ennemis. En
effet, le cheval d'Antonio Redondo et celui de
(ii4)
Marcos Marquez y tombèrent . Animé par la vengeance, Ampudia fil saisir tous les Indiens qu'on put surprendre , et on les précipita dans les puits de Bitacon ; il en périt un grand nombre , el leurs maisons furent réduites en cendres.
» Le commandant s'étant réuni avec Juan de Ampudia, ils entrèrent sans guide et sans interprète dans une ville considérable , et en massacrèrent les habitans , sans épargner même les plus soumis el les plus tranquilles.
» Ampudia ayant parlé à son compagnon de l'embuscade qu'on avait tendue à sa troupe près de Bitacon , celui-ci applaudit à la vengeance qu'il en avait tirée , et lui apprit que des Indiens de Rio- Bamba lui ayant préparé la même embùcbe , il en avait fait périr plus de deux cents.
)) Le même clief entra dans la province de Biru ou d'Anzerma , et y mit tout à feu et à sang. Il chargea Francisco Garcia d'en faire autant dans un autre district : les malheureux Indiens sortaient de leurs villages demandant la paix et offrant leurs femmes, leurs cnfans et des vivres ; Garcia , insensible , poursuivait la guerre avec la même fureur , tuant ceux dont il ne voulait pas pour esclaves , et plongeant les autres dans des cachots , où ils mouraient promptement. Il pilla partout, et mit le feu à un grand nombre de villages. Ses soldats se partagèrent deux raille prisonniers , qui succombèrent bientôt au chagrin de se voir dans cet état.
» Le capitaine jugea à propos de se diriger vers la province de Calili , emmenant avec lui des pri-
( ii5)
souniers, à qui il faisait couper la léte lorsqu'ils ne pouvaient plus marcher, afin d'effrayer lestraîneurs. C'est ainsi que périrent tous ceux qui avaient été pris à Quito, Paslo, Quilla, Cangua, Paria, Popayan, Lili, Anzerraa et autres lieux.
)) 11 revint dans la principale ville de la province, et voulut que ses soldats passassent au fil de l'épée autant d'Indiens qu'ils pourraient; il en fit mettre en prison plus de trois cents.
» 11 envoya Juan de Ampudia dans la province de Lili avec ordre d'y enlever des Indiens de charge , parce que ceux qu'il avait amenés d'Anzerma et d'autres lieux étaient morts. Ampudia revint avec mille esclaves, qu'il n'avait pu se procurer que par la mort d'un grand nombre d'autres. Le capitaine en garda pour lui une partie , et donna le reste à sa troupe. Ces nouveaux esclaves eurent le même sort que les premiers; ils moururent après quelques jours. )) Après avoir ainsi dépeuplé la ville de LiU, il tourna la côte de Popayan. Martin de Aguirre, soldat espagnol, étant tombé malade en chemin , le capitaine ne prit même aucmisoin de lui; il l'abandonna.
» 11 peupla Popayan d'Espagnols et d'Indiens , mais pilla les habitans de la campagne.
» Il établit dans la ville im atelier de monnaie , et y fit frapper tout l'or qu'il avait extorqué, et celui d'Anipudia , sans réserver la part qui en revenait au roi. Maître de tout, à peine indemnisa-t-il par de modiques sommes ceux de ses soldats qui avaient perdu leurs chevaux dans l'expédition.
» Il fit ensuite le voyage de Cuzco pour traiter avec le gouverneur de cette province , disant qu'il emportait la cinquième partie de l'or qu'il avait levé , et qui était pour le fisc . Il passa par Quito , et marqua son passage par le vol, le meurtre et l'esclavage, suivant sa coutume. Les prisonniers moururent tous avant d'arriver à leur destination.
» Son intérêt personnel le porta à supprimer l'atelier qu'il avait organisé , et dont il s'était servi à Popayan.
)) Il ne se dissimulait pas le mal qu'il faisait dans les pays qu'il traversait : (c Ceux qui passeront par » ici dans cinquante ans, disait -il, entendront ra- » conter mes exploits, et diront ; Le tyran est passé » par ici ))
Tel est, prince, l'objet de cette lettre. Votre Altesse y a vu de quelle manière un capitaine espagnol a visité certains pays déjà connus dans l'Amérique, et comment il en a découvert d'autres, où il n'a rencontré que des Indiens pacifiques et toujours disposés à se vouer avec la plus entière soumission au service des conquérans. Votre Altesse ne peut douter que tous les autres Espagnols n'aient agi d'après le même plan partout ailleurs dans le Nouveau- Monde.
H ««fWVWMUVVïS^tAAMAnAWW* VV«A/^MA'V%W«iW««'
ILOTES DE M. LLOREISTE.
Note sur l'article II. (Page i4.)
P£KDA^T l'absence de Christophe Colomb , Barthéicmi son Ircre gouverna l'île Espagnole avec la qualité de lieutenant. Il était adelantado (gouverneur) des Indes en 1493. Le malheureux Guarionex resta prisonnier depuis cette année jusqu'au mois de juillet i5o2, où il mourut sur le vaisseau qui allait le transporter en Espagne. La réponse héroïque de son ami Mayobanex , cacique souverain des Ciguayos, mérite une place dans l'histoire. Guarionex , battu avec son armée par Barthélemi Colomb , s'était retiré sur les domaines de ce prince ; l'Espagnol l'y suivit, et, pour se rendre maître de sa personne, il employa les prières et les promesses auprès du cacique : « Dites aux chrétiens , répondit Mayo- » banex à l'envoyé de Barthélemi Colomb, que Guarionex est un » homme de bien, un roi vertueux j que jamais il n'a fait de mal j) à personne j qu'il est pour cela digne de compassion; mais que les » chrétiens sont des méchans et des usurpateurs ; que ce motif me » fait mépriser leur amitié, et que je réserve la mienne pour le )j malheureux Guarionex. » Ses sujets lui conseillèrent cependant de livrer ce prince pour éviter le fléau d'une guerre. Sur son refus, il est attaqué par Colomb, qui le fait prisonnier avec son ami, la femme d'un de ses proches parens , cacique d'une province voisine, et plusieurs des principaux Indiens. Le mari de cette Indienne n'avait point pris les armes contre les Espagnols ; il eut quelque temps apris le courage d'aller trouver Barthélemi Colomb et de lui redemander sa femme, qui était, dit-on, très belle : le vainqueur voulut se montrer généreux , et renvoya le cacique satisfait. (ITcrrera , Histoire des Indes occidentales , décade I , chap. 3 , 8 et 9. —
Je préviens mes lecteurs que j'emprunterai mes autres notes à cet auteur, et que je me bornerai à indiquer Tannée des événemens. )
Guacanagary , roi du Darien de la plaine du nord de l'ile Espagnole de Saint-Domingue, ou Haïti, soutint aussi la guerre contre Barthélemi Colomb , et mourut après avoir erré pendant quelque temps dans les bois et les montagnes.
Carnabo , roi de la Maguana dans la même ile , mourut prisonnier des Espagnols sur un vaisseau de l'escadre qui périt le 3 juillet i5o3 , à son retour en Espagne. Il avait été pris par le capitaine Alphonse d'Ojeda.
Anacaona, reine de Jayagua, qui avait succédé à son frère Behechio , essuya le malheur dont il est parlé dans le Mémoire de Las Casas en 1 5o3 , pendant que l'ile était gouvernée par Nicolas d'Obando, commandeur de Lares, qui fut plus tard grand commandeur d'Alcantara. Quoique la reine Isabelle , en apprenant l'horrible catastrophe de cette femme , eut promis d'en punir l'auteur d'une manière exemplaire , elle mourut sans avoir fait exécuter sa résolution, parce qu'Obando prouva qu'Anacaona avait conspiré contre les Espagnols; comme si on pouvait donner le nom de conspiration aux efforts d'une reine et de son peuple pour recouvrer leur liberté , lorsque l'abus de la force les en avait si injustement dépouillés ! Cette réflexion s'applique à tous les événemens du même genre dont cette histoire est remplie.
Quant au cinquième royaume de l'de Espagnole, appelé Higuey, l'historien Herrera nous apprend que Nicolas Obando en fit pendre le roi Cotubanami en i5o4, et qu'il pardonna à tous les autres habitans : il ne nomme pas la reine de ce pays, et dit seulement qu'instruite , ainsi que ses fils , que son mari était tombé entre les mains des Espagnols, elle quitta sa retraite, et s'enfuit avec eux dans les bois. Il est possible que l'événement raconté par Las Casas soit arrivé plus tard. Herrera ajoute que par la conquête de Higuey l'ile resta tout entière au pouvoir des Espagnols , et qu'Obando y fit bâtir deux villes et dix-sept villages, occupés par des Castillans, qui acquirent en propriété les Indiens de ce territoire.
Article III. (Page 21.)
II arriva des Espagnols dans ces iles longtemps avant l'aanée i5on époque indiquée par Las Casas , puisqu'elles avaient été découvertes par Christophe Colomb , qui mourut le 20 mai i5o6 à Valladolid pauvre, dans la disgrâce et persécuté, pour l'éternelle honte du roi catholique Ferdinand V. Cependant ce ne fut qu'en 1609, ainsi que Las Casas le fait observer , que ces iles commencèrent à se peupler d'Espagnols.
La première guerre civile entre les Espagnols éclata en i5o4 , dans l'Ile de la Jamaïque j la soif de l'or en fut la cause. Francisco de Porras se révolta contre le premier amiral , qui envoya de Saint- Domingue son frère Barthélemi pour réduire ce rebelle.
En i5o8 le roi catholique autorisa le capitaine Alphonse d'Ojeda et Diégue de Nicuesa à entrer dans la Terre-Ferme , et à continuer les découvertes commencées de ce côté par le grand amiral Colomb ; on devait donner le nom Aq Nouvelle- Andalousie aux provinces que découvrirait Ojcda, et celui de Castitle-d' Or aux pays où pénétrerait Nicuesa. Le roi désigna Jii Jamaïque comme devant fournir tout ce qui était nécessaire à ces deux expéditions, et nomma gouverneurs de l'ilc ceux qui devaient les commander. Le second amiral , don Diègue Colomb, fils de Christophe, fut vivement offensé d'une mesure qu'il regardait comme une violation du contrat signé en faveur de son père par Ferdinand et Isabelle , pour un voyage de découvertes , et il songea à prévenir le tort dont il était menacé avant* qu'Ojcda et Nicuesa profitassent de la faveur que le roi venait de leur faire. Il donna en conséquence le commandement de la Jamaïque au capitaine Juan Escjuibel , qui alla fonder une colonie dans l'Ile le 22 novembre 1 609. Les naturels ne virent pas sans jalousie cet établissement : Esquibel lit tuer les caciques, et ce fut de son temps que se passèrent lus autres événemens que Las Casas a racontés.
Quant à l'ilc de San-Juan de Puerto-Rico , la découverte et la prise de possession en appartenaient à l'amiral Christophe Colomb,
ainsi que les autres avantages qui avaient été stipulés par sa convention avec les rois de Castille ; cependant Nicolas d'Obando , déjà grand commandeur d'Alcantara , chargea en i5o8 le capitaine Jean Ponce de Léon d'y aller faire la recherche des mines dont on lui avait parlé ; don Diègue Colomb de son côté nomma l'année suivante pour gouverneur de l'Ile Juan Ceron. Kicolas Obando, étant revenu dans ce temps là en Espagne , obtint du roi la nomination de Ponce de Léon, qui, immédiatement après avoir reçu son brevet , prit possession de son emploi , fit arrêter Juan Ceron, et l'envoya en Espagne. Celui-ci n'eut pas de peine à prou- Ter son droit et celui de l'amiral; il obtint du conseil sa réintégration, sans pouvoir cependant rentrer dans ses fonctions, le roi lui en ayant confié d'autres pour maintenir en place Ponce de Léon , qu'il avait nommé. Ce fut pendant son gouvernement que les faits dont parle Las Casas arrivèrent.
Article IV. (Page 22.)
Christophe Colomb découvrit cette ile en 1492. Il était mort lorsque Nicolas d'Obando , gouverneur de Saint-Domingue, chargea, en i5o8, Sébastien d'Ocampo de longer la côte pour s'assurer si Cuba était une ile ou une terre ferme. Cet officier employa huit mois à remplir sa commission , et reconnut que Cuba n'était qu'une ile. En i5io le capitaine Alphonse d'Ojeda y débarqua après avoir échoué dans une de ses expéditions , et y fut très bien accueilli parles naturels. En i5ii don Diègue Colomb, qui gouvernait déjà les Indes, après avoir gagné son procès contre Nicolas d'Obando et contre le roi lui-même , chargea le capitaine Diègue Velazqucz dépasser à l'ile de Cuba, de la soumettre, et d'y établir une colonie d'Espagnols , à laquelle il distribuerait les habitans , de manière que les plus tranquilles ne subissent que la condition de navorias , ou domestiques, taudis que ccu.x qui auraient des dispositions à la guerre seraient réduits à l'état àe prisonniers esclaves. Velazqucz eut pour licutenans les capitaines Pamphile de Narvacz et Jean de Grijalba , pour secrétaires Fcrnand Cortès et André de Dueio,et pour premier chapelain le licencie Barthélemi de Las
Casas, qui avait chanté en i5io la première messe qu'on eut entendue dans l'Amérique. Les événemens que l'auteur raconte dans cet article appartiennent à l'histoire de l'année i5i2, et à celle de Velazqucz et de Narvaez.
Article V. (Page 26. )
L'histoire que l'auteur raconte ici eut lieu pendant que le pays était gouverné par Pedre Arias Davila, frère du comte de Punonrostro. La Terre-Ferme fut découverte par Christophe Colomb, du côté de la province de Paria, voisine de l'ile delà Trinité , dans le mois d'août de l'année 1498- L'année suivante Alphonse d'Ojeda , Juan de la Cosa et Améric Vespuce descendirent sur les terres de Venezuela. Améric profita de cette circonstance pour s'attribuer l'honneur d'avoir découvert le continent; et il y réussit, jusqu'à ce que don Diègue Colomb, en ayant appelé au conseil du roi , établit les droits de sa famille et fit condamner Améric. Cette décision n'a pas empêché que le Nouveau-Monde ait conservé le nom d'Améric, conune si cette grande découverte avait été son ouvrage.
La même année i499 Cristobat Guerra et Pedre Alphonse Ninon arrivèrent sur la même côte , et occupèrent le pays de Coro et une partie de celui des Perles. En i5oo Vincent Yancz Pinzon , le même qui avait accompagné Colomb dans son premier voyage , et le premier qui ait passé la ligne équinoxialc du nord au sud du côté de la Terre-Ferme , arriva à l'embouchure du Maragnon , ou du fleuve des Amazones , et prit possession du cap Saint-Augustin , aujourd'hui le cap Nord. La même année le capitaine Diègue de Lepe arriva jusqu'à la frontière du Brésil, que Pedre Alvarez Cabrai découvrit pour le roi de Portugal. En i5o2 l'amiral Christophe Colomb reconnut la côte de Terre -Ferme jusqu'à Montebclo j et fonda une colonie dans la province de Veragua. En i5o6 Jean Diaz de Solis et Vincent Yancz Pinzon pénétrèrent dans le royaume de Yucatan. En i5io Alphonse d'Ojeda, Jean de la Cosa, Diègue Nicuesa et François Pizarro arrivèrent à Carthagène , nommée alors Cararaari , laissèrent du monde à .Saint-Sébastien avec un gouverneur, Lopc d'Olano, qui devait y commander comme lieutenant de
Kicuesa , et ils se rendirent ensuite k Veragua , où ils fondèrent une autre colonie sous Alphonse NuSez , autre lieutenant du chef de ces différentes expéditions, Nicuesa , qui se dirigea ensuite sur Portobelo , où il établit une peuplade de Castillans. Carthagène était gouvernée par François Pizarro, qui fut destitué de son emploi d'alcade par le bachelier Martin Fernandez d'Enciso , et envoyé à Uraba , qu'on voulait occuper et peupler d'Espagnols, Quelque temps après arriva dans le pays le capitaine Basco Kunez de Balboa, qui mit des Européens à Sainte-Marie du Darien , et s'empara du gouvernement de tout le pays , malgré le chef Enciso. Bientôt un autre commandant débarqua sur la même cote ; ce fut Eodrigue Enriquez de Colmenarès , qui poussa les découvertes plus loin que les autres. En i5ii Balboa et Pizarro, s'étant réunis à Diègue d'Almagro , s'engagèrent fort avant dans les terres , et acquirent la certitude de l'existence de la mer du sud et des royaumes du Pérou. En i5i2 Balboa envoya du monde vers des points opposés à celui qu'avait suivi Rodrigue Enriquez de Colmenarès : celui-ci découvrit une province voisine du Darien et l'ile de Canafistola. En i5i3 Jean Diaz de Solis poussa jusqu'à un fleuve auquel il donna son nom, aujofird'hui Rio de la Plata. En i5i4 le roi d'Espagne nomma Pedre Arias Davila, dont il a été déjà question, gouverneur du Darien et de la Terre-Ferme, et ce fut sous son administration que furent commises les atrocités qui font frémir dans le récit de Las Casas : beaucoup doivent être imputées à des capitaines et à d'autres délégués qu'il avait investis de pleinspouvoirs.
Article VI. (Page 01.)
Gil Gonzalez Davila occupa eu 1 522 la province de jN icaragua ; il la quitta, en partant du point de Panama, le 21 janvier. Son pilote , André Kiùo, parcourut six cent cinquante lieues de côtes, et s'avanra jusqu'au dix-septième degré et demi. 11 alla ensuite auxYbueras, aujourd'hui Honduras, où il fonda la colonie de Truxillo, espérant trouver un passage de la mer du Nord dans celle du .Sud. Vers ce temps là, ou en 1024, Arias Davila chargea Franroiî
Hernandez de Cordoue d'établir une population à Nicaragua ; c'est dans ce pays que fut fondée Bruxelas, et ensuite, dans la province de Nequecheii, la nouvelle ville de Grenade. Gil Gonzalez Davila fit marcher avec un corps de troupes le capitaine Soto contre Hernandez de Cordoue ; il s'ensuivit une guerre civile , pendant laquelle un nouveau capitaine, Christophe de Olid, arriva, et s'établit avec ses colons à El Triunfo de la Cruz , éloigné de Puerto de Caballos de quatorze lieues. Il s'était déjà rendu indépendant de Fernand Cortès,qui avait conquis le Mexique, et en était gouverneur. Celui-ci chargea le capitaine François de Las Casas , qui avait épousé une de ses parentes , d'aller réduire et de lui amener Christophe de Olid. Cette expédition donna lieu à différentes guerres civiles, pendant lesquelles Olid fut tué par d'autres Espagnols. Gonzalez Davila, Hernandez de Cordoue, Soto et François de Las Casas, dont chacun avait ses partisans et ses soldats, poursuivirent la destruction des Indiens de la manière que Las Casas l'expose dans cet article. Pedre de Los Rios et Arias Davila suivirent le même système dans leur gouvernement de Nicaragua , aujourd'hui le nouveau royaume de Léon. L'évêque Las Casas fut envoyé par le roi d'Espagne en Amérique pendant l'année 1627, afin d'arrêter le cours de tant de calamités. Une commission semblable fut donnée en i536 à don Rodrigue de Contreras, gentilhomme de Ségovic, qui fut accompagné par ses deux fils, Fernand et don Pedre : malheureusement ils marchèrent sur les traces de ceux qu'ils étaient venus pour punir au nom du roi ; ils tuèrent levêque de Nicaragua, don Antonio de Valdivieso , et se révoltèrent contre le président don Pedre Gasca : ils périrent enfin misérablement en i55o.
Article Vil. (Page 37.)
Le capitaine Jean de Grijalba, envoyé de l'île de Cuba par Je gouverneur don Diegue Velazqucz , découvrit en i5i7 la Nouvelle- Espagne, y entra en i5i8 , arriva àSan-Juan de Ulua et à Panuco , que François de Garay avait vu le picniicr. Il revint à Cuba sans avoir fait aucun établissement dans les pays <{u'iî avait visites . parte
que SCS instraclions ne s'étendaient pas jusque là. Velazquez fut très mécontent de la manière dont cette expédition avait été faite ; il le fit sentir à Grijalba, et en confia une nouvelle à Fcrnand Cortès. Celui-ci arriva à la Havane, ensuite à l'ile Sainte-Croix de Cozumel , à Tabasco et à San-Juan de Ulua , contrée qui était sous la domination deMontezuma, empereur et roi du Mexique. Il fonda Villa- Rica de la Vera Cruz, en confia le gouvernement à quelques capitaines qui avaient assisté à la conquête de plusieurs autres pays , ou qui prirent part à celles qui eurent lieu dans la suite : leurs noms doivent trouver ici leur place , parce qu'ils appartiennent à l'histoire des événemcns dont Las Casas parle dans ce chapitre. On y trouve les alcades Alphonse Hernandez-Porto-Carrero et François de Montejo j les regidors Alphonse Davila et de Alvarado, Pedre de Alvarado et Gonzalo de Sandoval ; le procureur général François Alvarez Chico ; le grand alguazil Jean de Escalante ; le greffier Diegue de Godoy. Cette réunion d* municipaux nomma pour capitaine général de l'armée Fernand Cortès , et le reconnut comme indépendant du gouverneur Velazquez. Le nouveau général nomma Christophe de Olid pour son mestre-de-camp , Pedre de Alvarado pour son maréchal des logis , et pour enseigne Diègue Corral ; pour trésorier Gonzale JMejia , pour maître des comptes Alphonse Davila, pour alguazils Ochoa et Romero. Ses principaux capitaines furent Alphonse Hcrnandez - Porto - Carrero , Alphonse Davila , François de Montejo , Jean d'Escalante , Cristobal de Olid et Pedre d'Alvarado , outre Diègue de Ordas , François de Morla , François de Salccdo et Jean Velazquez de Léon. 11 avait aussi avec lui Escobar , le prêtre Jean Diaz , et quelques autres Espagnols qui parurent dans la suite avec éclat sur ce théâtre de tragiques événeinens. Il parcourut les pays de, Zempoala , de Chianhuitzlar , des Totonaquez, de Trascala, des OtonMcs , de Cimpacingo, de Chulula , de Tepeaca , de Tezcuco , de Quitlavaca , d'Yztacpalapa et de Mexico. En 1620 il fait commencer les travaux dans les mines ; envoie en iSai Christobal de Olid à Mechoacan ; Gonzalo de Sandoval dans les provinces de Puerto-Abaxo, don Pedre de Alvarado à Cututepcquc , et François de Orosco dans celle de Gua.xaca;en i5.i2 François Alvaicz Chuo à Zacatula et dan? les pays situés vers
la mer du Sud ; GuiJlen de la Loa , Castillo et Romain Lopez vers les régions de la mer du Nord j en i 5q3 François de Garay pour fonder une colonie sur le Rio de las Painias, expédition dans laquelle cet Espagnol mourut j et enfin un grand nombre d'autres de ses compagnons sur tous les points delà Nouvelle-Espagne et des provinces limitrophes. Tous ces chefs d'expéditions particulières suivirent, à peu de chose près, le même plan de campagne contre les malheureux Indiens. Le respect qu'on doit à la vérité de l'histoire oblige néanmoins de convenir qu'on s'aperçoit, en lisant les Décades d'Antoine de Herrera , que les Indiens , animés par le désir de conserver leur religion et leur indépendance,* firent une guerre presque continuelle aux Espagnols au commencement de la conquête, et que, lorsqu'ils eurent succombé , ils cherchèrent encore à conspirer contre leurs ennemis dans tous les villages où ils n'étaient qu'en petit nombre j et, quelque révoltantes que paraissent dans l'histoire de Herrera les circonstances de la prison et de la mort de Montezuma , elles n'y inspirent pas autant d'horreur que l'âme en éprouve en lisant le récit de Las Casas, parce que, pour rendre le tableau qu'il en offre plus pathétique et plus complet, il rapproche souvent les faits et les époques.
Le lecteur doit se rappeler quelquefois la réflexion que nous faisons ici en lisant les ouvrages de Las Casas.
Article VIII. (Page 45.)
Les habitans de ce pays avaient envoyé des députés àFernand Cortès avec des présens, et lui avaient demandé la paix, pendant qu'il faisait la conquête du Mexique ; mais comme ils embrassèrent ensuite le parti de la guerre contre les Espagnols, Fernand Cortès envoya pour les soumettre , ainsi que les pays voisins, Pedrc de Alvarado, etcefut|sous ce commandant que se passèrent, en i523, les plus remarquables des cvinemcns dont Las Casas a rendu compte.
Article IX. (Page 5o. )
LVvcque de Chiapa veut parler dans cet article de Nuno de Guziiian ; mais l'historien Herrera place Tépoque de son gouvernement à Panuco en i528. Ce qui arriva à Mechoacan et à Jalisco appartient à l'année i53o, suivant le nïvme auteur. Le pays de Panuco avait été découvert en i5i8 par Jean de Grijalba. Les cruautés qui furent exercées sur les liabitans y excitèrent des révoltes : la plus considciable fut celle de Jalisco en i54i ; don Antonio de Mendoza, premier vice-roi de Mexico , fut obligé de se mettre à la tète des soldats espagnols pour l'apaiser, parce que ses lieutenans n'avaient pu en venir à bout. Panuco avait éprouvé les plus affreuses calamités en i523. François Garay, chef d'une expédition, ayant voulu se rendre à Mexico pour voir Firnand Cortcs, laissa le commandement de sa province à Diègue de Ocampo , mais obligea , avant de partir, les gens dont il se méfiait de quitter la ville de Santisteban del Puerto. Cette mesure Ct refluer dans les plaines les compagnies de Jean de Grijalla, de Gonzale de Figueroa , d'Alphonse de Mendoza , d'Antoine de la Cerda , de Laurent de Ulloa , de Jean d'Avila et de Jean de Médina. Ces troupes, qui ne connaissaient plus de discipline, refusèrent de rentrer dans l'ordre, et Fernand Certes fut obligé d'envoyer de Mexico une armée sous les ordres de Gonzale de Sandoval pour les réduire : il périt dans cette circonstance un grand nombre de naturels.
ArlicleX. (PageE6.)
En i5o6 les capitaines Jean Diaz de Solis et Vincent Yanez Piuzon découvrirent le royaume de Yucatan , dont une partie fut reconnue de nouveau en i5i7 par le capitaine François Hernandez de Cordoue j cependant sa conquête n'eut lieu qu'au temps de celle de la Nouvelle-Espagne. L'adelantado François de Montcjo fit voile d'Espagne en 1627 avec une colonie pour Yucatan, dont il devait être le gouverneur rn vertu d'un accord fait l'année précédente
( 127 ) entre lui et Sa Majesté. C'est de ce gouverneur que Las Casas parle dans son article ; et ceci est d'autant plus remarquable que Monteio garait que des religieux avaient été chargés par Charles V de surxciller et de dénoncer même sa conduite si elle était coupable. Herrera prétend que l'empereur leur dit qu'il acquittait en leur confiant cette commission , la dette de sa conscience à l'égard des Indiens,
Article XI. (Page 6i.)
Il parait que Garcia de Lcrma est le gouverneur dont Las Casas fait ici une si horrible peinture , quoiqu'il soit permis d'en douter , puisque l'évèque le fait vivre encore six ou sept ans après avoir obtenu son gourernement, tandis qu'il mourut la seconde année. Les autres commandans furent tous animés en général du même esprit d'avarice que celui-ci , et par conséquent ils rendirent les Indiens aussi malheureux. Ainsi, après les ravages accidentels commis sur cette terre par les pirates espagnols depuis i^gS jusqu'en i525, comme l'indique Las Casas, les naturels de Sainte-Marthe furent tyrannisés par l'adelantado don Rodrigue de Bastidas, le premier gouverneur de l'île depuis que les Espagnols y furent établis. Son lieutenant , Pedre de Villa-Fuerte , qui se montra mille fois plus cruel , le frappa de plusieurs coups de poignard , et le laissa pour mort; il eût en effet perdu la vie si Rodrigue Alvarez Palomino ne fût venu à son secours. Celui-ci gouverna par intérim : il fut remplacé par Pedre du Vadillo , auquel succéda Garcia de Lerma , nommé par le roi en i528 , et qui , après avoir commencé à administrer le pays en 1629, mourut en i53i. Jusqu'à la nomination de son successeur , le docteur Ynfante , et ensuite Antonio Bezos , gouvernèrent la colonie : le dernier fut remplacé en i535 par l'adelantado des Canaries , don Pedre Fernandez de Lugo, auquel succéda en 1 537 Jérôme Lcbron de Quiîiones.
Article .XII. (Page 65.)
Christophe Colomb découvrit la côte de Carthagène en 1498. Alphonse d'Ojeda reconnut l'année suivante une partie du pays.
( >28) Chrislobal Guerra le visita en i5oo, et d'autres Espagnols le parcoururent jusqu'en i5io : cette année une colonie de Castillans fut établie dans la ville même de Caramari, qui prit le nom de Carthagène. Alphonse de Ojeda , Jean de la Cosa et Diegue Kicuesa firent la guene aux Indiens; la colonie fut administrée, pendant l'absence d'Ojeda , par François Pizarro. Mais plusieurs motifs firent abandonner l'entreprise, qui ne fut reprise qu'en i532, par l'adelantado don Pedre de Heredia ; en i536, par le licencié Jean de Badillo , comme juge de résidence pour instruire contre Heredia , et ensuite comme juge principal 5 et enfin, en iSSg, par le licencié Jean de Santa-Cruz. Pendant tout ce temps-là la conduite de ces administrateurs fut la même que celle des capitaines qui s'étaient engagés dans le pays pour découvrir de nouvelles provinces, ou pour y fonder des établissemens ; toutes les fois qu'il y eut des rapports officiels sur leur conduite , un des chefs d'accusation fut d'avoir excité par de mauvais traitemens les Indiens à la révolte.
Article XIII. (Page 66.)
L'ile de la Trinité fut découverte en 1498 , par Colomb, ainsi que la pointe de la Terre-Ferme, la province de Paria et la côte des Perles , ainsi nommée parce qu'on en péchait un grand nombre depuis la côte de Paria jusqu'au golfe de Venezuela. Le meilleur fonds pour cette sorte de pèche était à File de Cubagua , nommée aussi l'ile des Perles : le roi d'Espagne y fit établir une colonie d'Espagnols en iSog pour mettre à piofit ce genre de spéculation. En i5io des dominicains se rendirent dans l'ile Espagnole , par ordre du roi , pour y prêcher l'Evangile à la suite des hommes qui en faisaient la découverte et la conquête. En i5i5 Gaspard de Morales et François Pizarro se xendircnt dans celle de Cubagua , et s'y procurèrent une grande quantité de perles; et en 1617 Basco JVunez de Balboa en fit autant. Ce fut l'année suivante que les religieux de Saint-Dominique et les franciscains établirent des couvens sur la côte des Perles , près de Maracagana , province de Cumana. Le roi nomma juge de résidence ou de commission , pour aller veiller à ce que les Indiens fussent bien traités, Rodrigue de Figucroa, et il ccrkit à
dnn BarUiélemi de Las Casas , alors prûtie séculier, une lettre très honorable pour qu'il assistât Figueroa dans ses fonctions. Las Casas accompagna celui-ci en Amcrique, et commença à remplir la mission dont il était chargé. Mais Alphonse de Ojeda, gouverneur de la cote, s'était comporté avec tant de cruauté à l'égard des Indiens, qu'ils le massacrèrent en i Sac , avec six militaires espagnols et deux moines dominicains, en protestant qu'ils en feraient autant à tous les Espagnols qui tomberaient entre leurs mains. Quelque temps après le capitaine Gonzalve d'Ocampo arriva dans le pays , et y fit une horrible boucherie d'Indiens pour intimider ceux de la côte de Paria et de l'île de la Trinité, qui est voisine. Son exemple fut imité par Pedre Arias Davila , gouverneur de la Terre-Ferme : il Gt la guerre au roi indien Urraca , à qui les mauvais traitemens des Espagnols avaient fait prendre les armes. En i52i Christobal Lebron fut nommé successeur de Figueroa , et juge de résidence contre ce fonctionnaire. Don Barthélemi de Las Casas, assisté de Gonzalve d'Ocampo, fonda à Tolède de Cumana, sur la côte, un couvent de dominicains. Pendant l'absence d'Obando , François de Soto gouverna le pays : il fut massacre par les Indiens , ainsi qu'un religieux nommé Denis , dont tous les confrères coururent alors les plus grands dangers. En 1622 le gouvernement de Cumana fut confié au capitaine Castellon : ses soins s'étendirent aussi sur Vile de Cubagua, où il fit bâtir une ville, à laquelle il donna le nom de Nouvelle-Cadix. Tous ces pays, ainsi que la Terre-Ferme, furent pendant quelque temps sous l'administration de Pedre de Los Rios. En i523 on découvrit un excellent fonds pour la pêche des perles dans l'ile de Coché , dont les habitans n'eurent pas moins à souffrir de la tyrannie des Espagnols que ceux des autres pays. Paria fut successivement gouverné par Augustin Delgado, Alphonse de Herrera et Jérôme de Ortal j et l'ile de la Trinité par Antoine Sedano en i533. Tous ces chefs espagnols suivirent les mêmes principes de gouvernement.
Article XIV. (Page 74.)
Colomb découvrit ce fleuve en i ^y8 , près de la pointe de la terre fcrue de Paria, dans la province de Cumana, vis-à-vis un autre
cjpde l'iledc la Trinité. Dès l'année i5o3 il fut péché dans ce fleure, et dans d'autres qui s'y jettent avant d'arriver à la mer, une énorme quantité de perles qui ont fait donner ce nom au golfe. Cette entreprise fut la cause de tous les malheurs dont il est parlé dans la note qui précède. Le récit de Las Casas se rapporte au gouverneui' Garcia de Lenna.
Article XV. (Page j5.)
Antoine Herrera place parmi les événemens des années 1628 et 1029 la convention faite au nom du roi d'Espagne avec les Allemands Henrichs Alfinger et Jérôme Sailler. Un article du traite portait que ces deux étrangers, ou en leur place Ambroise AlBnger et George Eviguer , auraient la faculté d occuper et de peupler le pays et la cote depuis le cap de Vela^, le golfe de Venezuela et San-Romau, jusqu'à Maracapana. Ils arrivèrent pendant que Garcia de Lerma gouvernait ces -provinces. Le général allemand, AmbiK)ise Alfinger, mourut à Coro en i532, après avoir été percé de flèches par les Indiens , qu'il avait réduits au désespoir par ses cruautés. Jean Aleman le remplaça, et mourut bientôt après. François Vanegas arrive à Venezuela pour administrer les affaires : la mort l'ayant surpris en i538, George d'Espira lui succède, et cesse de vivre en I 545 : l'évêque Bastidas est alors nommé gouverneur. On compte parmi ceux qui vinrent après lui Jean de Carbajal, tué en i546 ; Antoine Sedano et Jérôme de Ortal, qui achevèrent de ruiner le pays , et firent tous une fin tragique.
Article XVI. (Page 80.
Cet immense pays fut découvert en i5i2 par Jean Ponce de Léon , qui y était venu de l'île Espagnole. Il lui donna le nom de Floride itarce qu'il y arriva le jour de Pâques, et qu'il le trouva couvert d'arbres fleuris. Le roi lui accorda en i5i4 le titre d'adelantado de l'ile de Bimini et de la Floride. Il n'y eut pas cependant de colonie établie alors, parce que Ponce mourut en i52i j m m^me en i528, lorsque Pamphile de Narvaez y arriva avec une
escadre et des Espagnols. Mais en iSSyHernand de Soto s'engagea à peupler ce pays, dont il fut nommé adclantado. C'est de lui que Las Casas parle à la fin de cet article. Il mourut en i543, et son successeur au commandement de l'armée fut Louis de Moscoso, Antoine Heirera s'étend beaucoup sur les guerres de Soto avec les habitans de la Floride; mais il ne consulte que les relations des conquérans , et il est évident qu'elles ne pouvaient être rédigées avec ijnpartialité. Ces guerres excitèrent la haine la plus violente chez les Indiens, qui firent mourir en 1 549 les religieux. Louis Cancer, Diègue Tolosa et plusieurs autres dominicains.
Article XVII. (Page 82.)
Jean Diaz de Solis découvre en i5i5 les terres d'un grand fleuve qui porta son nom pendant quelque temps, et qui est aujourd'hui connu sous celui de la Plata. L'auteur de cette découverte est tué par les habitans, et les Espagnols ne vont pas plus loin de ce coté. Sébastien Gaboto , pilote major du roi d'Espagne j remonte le fleuve en i526, et pénètre jusqu'au Paraguay : il y établit quelques forteresses.
1 535. Don Pedre de Mendoza en est nommé gouverneur avec l'autorisation d'y établir une colonie. 11 meurt en revenant en Espagne, après avoir confié le commandement du pays à Jean d'Ayolas , qui péiit au milieu des Indiens en iSSg, après avoir été pendant deu.x ans chef de l'établissement. Dominique ftlartinez de Yrala lui succède, et fonde la ville de l'Ascension de Buenos-Ayres. Alvaro Nunez Cabeza deBaca continue aprèslui de s'avancer dans l'intérieur et d'augmenter la colonie en vertu d un traité fait avec le roi d'Espagne en i54i. Les employés du gouvernement à Buenos-Ayres , mécontens de sa gestion , s'emparent de sa personne , et l'envoient en Europe chargé de chaînes en i545. Ses ennemis, Alphonse Cabrera, contrôleur et inspecteur de la colonie ; Philippe Gutierrcz de Caceres , maitre des I comptes , et Garci Venegns , trésorier , veulent administrer , mai« [ ne tardent pas cependant à nommer pour chef Dominique d'Yrala , dont il cstqueslion un peu plus haut. Celui-ci , qui veut continuer les découvertes , laisse le commandement du pays à Philippe de
( l33 ) Caceicî. La division s'étant mise parmi les Espagnols , l'autorité passe successivement entre les mains de Dièguc de Roxas , et de François de Mendoza.
1548. Diègue Centeno est nommé chef de la colonie; il meurt avant d'avoir pris possession , et Yrala est chargé de l'administration pour la seconde fois. Tous ces employés supérieurs suivirent constamment le même sj'stème d'oppression à l'égard des Indiens , parce qu'ils n'ont passé "n Amérique que pour s'enrichir aux dépens de CCS malheureux.
Article XVIII. (Page 84.)
Le 25 septembre i5i3, Vasco Nunez de Balboa découvre et reconnaît les immenses contrées du PérOTi et leurs étonnantes richesses. — i5i5. Gaspard de Morales et François Pizarre , nomma plus tard marquis de Las Charcas, arrivent aux îles des Perles avec le capitaine Penalosaet quelques autres Espagnols. — iSi^. Balvoa, qui a déjà le titre d'adelantado de la mer du Sud , descend dans la plus grande de ces iles. — i52o. Fernand de Magallancs découvre un détroit, auquel il donne son nom , pour passer de la mer du Nord dans la mer du Sud. — 1622. Gil Gonzales Davila , accompagné du pilote André Nino, aborde à Nicaragua. Cette expédition est l'origine de toutes celles qui ont eu lieu dans la suite lorsqu'on s'est avancé du côté du nord par la mer du Sud jusqu'à l'isthme de Panama. — 1624. François Pizarre et Diègue de Almagro partent de ce point pour pénétrer dans l'intérieur du Pérou. Ils s'avancent d'abord vers le nord ; mais , ayant tourné ensuite d'un autre côté, ils découvrent en i526 les terres de Popayan , de Quito et une partie du Pérou, jusqu'au huitième degré de latitude septentrionale. Après s'être divisés pour prendre différentes directions , Pizarre occupe en i53o l'ile de Puna. — i532. Il signe des traités avec l'inca , empereur du Pérou , et finit par se rendre maître de l'empire. Il s'empare de la personne deAtahualpa, etlui fait èter la vie. Quatre frères de ce fameux conquérant l'accom pagnent dans cette expédition ; Hernand , Gonzale , Jean et Pierre. — 1533. Ce chef envoie, pour gouvcrnci l'île de San-Misucl, '
Sébuslicn de Belalcajar, qui se rend à (^uito. — 156^. L'adclantado doii Pedre Alvarado arrive aussi dans cette ville. Don François Pizarre fait la conquête entière des provinces de Cuzco et de Jauja ; il peuple Lima etTruxillo. Le maréchal don Dièguc de Almagro fonde Riobamba et la nouvelle Tolède, dont le roi lui donne le gouvernement : de là la rivalité qui fit naître la guerre civile entre Pizarrc <;t Almagro. — i535. Alphonse d'Alvarado est chargé de pacifier ctdt; gouverner la province de Los Chiachiapoyas : il bâtit San-Juan de la Frontera. Belalcazar envoie Pedre de Anasco à la découverte des terres de la ligne équinoxialc. 11 parcourt lui-même les provinces do la côte, et fonde Guayaquil. L'adelantado don Hernand Pizarre est envoyé à Cuzco avec le titre de gouverneur par son frère François : celui-ci traverse plusieurs provinces. Celle de Cuzco devient le théâtre de la guerre; Gabriel de Roxas s'y distingue particulièrement contre les Indiens. — 1536. DonDiègue de Almagro entreprend la conquête du Chili. Sébastien de Belalcazar découvre et reconnaît le pays de Popayan et ses frontières. Il envoie dans le pays de Quijos le capitaine Gonzale Diaz de Pineda ; dans celui de Canela , Hernand Perez de Quesada , et Jean de Salinas vers les contrées de Guarfongo. La même année Almagro , l'adelantado Alvarado et donHernand Pizarre se disputent le gouvernement de Cuzco^ et se font la guerre. Dans le même temps don François Pizarre et don Diègue Almagro sont sur le point d'en venir aussi aux mains au sujet de la division des provinces et de la formation de leurs gouvernemens respectifs. — iSS^. Belalcazar continue ses découvertes, et met une colonie à Timana. Ce capitaine , Gonzale Ximenez do Quesada et Nicolas Federman se rencontrent dans le nouveau royaume de Grenade sans avoir eu connaissance de leurs expéditions , parce qu'ils sont partis de divers points très éloignés les uns des autres. — iSSg. Le marquis François Pizarre envoie le capitaine Alphonse Mercadillo découvrir et peupler le pays des Indiens Chupachos. Celui-ci laisse du monde à Arequipa, et en confie le gouvernement à Garci Manuel de Carbajal. Jean de Badillo découvre le territoire qui s'étend depuis Uraba jusqu'àCali. Laurent de Aldana part de cette dernière ville, et va au secours des Espagnols : il ôte le commandement à Badillo, et le donne à Michel Munoz. Il se rend à Quito , et y laisse
pour gouverneur Jean de Ampudia. 11 fonde une colonie dans la province de Pasto , et en donne le commandement à Rodrigue de Ocampo. Pascal de Andagoya pouverne les provinces du fleuve San-Juan. — i54o. Georges Robledo découvre de nouveaux pays en remontant le fleuve de la Madeleine, entre autres ceux de Pozos de Pancara, de Picara et de Arma : ses violences font tramer sa perte , et il est massacré par les Indiens. Il avait établi la colonie de Cartago. — i54i. Les Indiens tuent le marquis François Pizarre, et alors commence une guerre civile de plusieurs années, aussi fatale aux Espagnols qu'aux naturels, dans toutes les vastes contrées du Pérou, de Cuzco, de Quito, du Chili, de Popayan et des pro- ▼inces intérieures. Les chefs que je viens de citer sont les principaux des Espagnols dont Las Casas a parlé dans sa narration.
NEGROLOGE
DES CONQUÉRAIS DE l'aMÉRIQUE ; PAR M. LLORE^TE.
Las Casas rapporte un très grand nombre de morts violentes d'Espagnols qui avaient réduit par leurs cruautés les Indiens au désespoir. Il est persuadé que Dieu permettait tous ces malheurs pour apprendre aux autres à se conduire avec plus d humanité.
Je suis loin de vouloir pénétrer dans les desseins secrets de la Providence ; mais je pense que l'histoire peut tirer quelque avantage d'un tableau nécrologique des principaux conquérans et gouverneurs qui moururent pendant les cinquante années qui suivirent la découverte du Nouveau-Monde ,
( i55 ) sans avoir pu jouir de leurs richesses, si cruelJeuienl acquises. Tous ces événeraens sont contemporains
de Las Casas.
Je suivrai la chronologie d'Antoine de Herrera dans ses Décades des iles occidentales. Je ne citerai qu'un très petit nombre de ceux qui périrent dans les guerres, et seulement lorsque j'y serai engagé par quelque circonstance extraordinaire. Voici la suite de ces événemens suivant l'ordre des dates.
1495. — Les Indiens massacrent ou obligent de se noyer dans leur fuite Diègue de Arana, Pedre Gulierrez, Rodrigue Escobedo, le chirurgien Juan, et plusieurs autres que Colomb avait laissés dans l'île Espagnole, ou Saint-Domingue , l'année même de la découverte du Nouveau- Monde. Ils avaient enlevé aux habitans leur or et leurs femmes.
1495. — Beaucoup d'Espagnols périssent sur une escadre de quatre vaisseaux aux ordres de Juan Aguado, et qu'ime violente bourrasque fait couler à fond dans un port de Saint-Domingue.
j5q2. — D'autres chefs de l'expédition éprouvent le même sort sur une autre flotte commandée par François de Bobadilla , gouverneur des Indes , le même qui a fait enchaîner et envoyé en Espagne l'amiral auteur de la découverte du Nouveau-Monde. On trouve dans ce nombre François Roldan, brave capitaine, mais enncuji tle la subordination, et qui s'est révolté plusieurs fois contre l'amiral Christoplx'
et contre l'adelaniado don Barthélemi son frère ; Guarionex , roi d'une partie de l'île Espagnole , qu'on a fait prisonnier, et un grand nombre de Castillans complices de Roldan. C'est dans cette catastrophe que l'énorme morceau d'or natif, dont parle Las Casas , ainsi que Herrera , est englouti dans la mer. La même année est fatale à beaucoup d'autres Espagnols qui ont accompagné le commandeur Nicolas Obando à Saint-Domingue , et les naturels en massacrent aussi plusieurs dans la petite île de Saona.
i5o3. — Un nombre considérable d'Espagnols est assailli à coups de flèches sur une embarcation par les naturels de Veragua , qui cherchent à se venger des mauvais traitemens qu'ils en ont reçus.
i5o4. — Quelques Espagnols se jettent à la mer pour gagner à la nage des navires sur lesquels d'autres révoltés se rendent de Saint-Domingue à la Jamaïque ; ils sont repoussés par leurs compatriotes, qui leur coupent les mains à coups d'épée , et les abandonnent aux flots. D'autres sont immolés par les Indiens de la province de Yguey dans l'île Espagnole.
i5o6. — Chrislophe Colomb termine ses jours à Valladolid , pauvre et persécuté , après avoir vu quatre fois le Nouveau-Monde, et s'être acquis une gloire immortelle ; il meurt presque sans récompenses et dans le sein de la disgrâce, quoiqu'il ail traité les Indiens avec une douceur et une bonté que
( <37 ) SCS saccesseurs n'ont jamais su imiter pendant un irrand nombre d'années.
i5io. — Les Indiens de Carlhagène assassinent Juan de la Cosa, officier d'un grand courage, mais coupable d'une cruauté inexcusable à l'égard des Indiens. Ceux de Sainte-Marthe massacrent quarante-sept Castillans. Diègue de Nicuesa , excellent officier, périt en mer pendant qu'une prison l'attend dans le Darien.
i5ii. — Dans l'île de San- Juan de Puerto- Rico, les naturels égorgent don Christophe de Sotomayor , fils du comte de Camina , et quatre autres Espagnols , pour venger la mort de leur cacique Agueybana , que ce chef a ordonnée. Le capitaine Salcedo meurt la même année.
i5i3. — Les Indiens de Cumana font souffrir le martyre à deux religieux dominicains , parce que les Espagnols refusent de rendre la liberté à dixsept hommes de leur nation , quoique ces missionnaires aient promis qu'elle leur sera rendue, et qu'ils en aient même répondu sur leur tête.
i5i4. — Don Barlhélemi Colomb, premier adelanlado des Indes et frère de Christophe, meurt en Espagne. 11 était propriétaire d'une commanderie de deux cents Indiens dans l'île de Mona.
i5i5. — Un Espagnol de l'expédition de Gas-
pard Morales, alteiiU par les flèches empoisonnées des Indiens de la côte du Sud , ne peut supporter ses douleurs, et se pend. Beaucoup d'autres Espagnols meurent de leurs blessures dans le Darien. L'adelantado Juan Diaz de Solis finit d'une manière aussi tragique dans son expédition du Rio de la Plata. Un grand nombre de ses compagnons partagent son sort.
iSiy. — Les Indiens de Campèche, au royaume de Yucatan , atteignent à coups de flèches plus de cinquante Castillans, qui meurent de leurs blessures. Dans la Floride , le capitaine Berrio périt de la même manière , ainsi que plusieurs Espagnols qui font partie, comme lui, de l'expédition de François Hernandez de Cordoue. Celui-ci succombe dans l'île de Cuba, à la suite des blessures qu'il a reçues dans la même guerre. L'adelantado Vasco Nunez de Balvoa , qui a découvert la mer du Sud, et 1 un des plus braves et des plus fameux conquérans de l'Amérique, est condamné à mort; il a la tête tranchée , ainsi que ses capitaines Valderrabano ^ Botello , Arguello et Fernand , par ordre de Pedre Arias Davila, gouverneur du Darien et de la Terre- Ferme.
i5i8. — Lope de Sosa , nommé au gouvernement de la Castille-d'Or , meurt au Darien avant d'être entré en exercice.
iSig. — Le capitaine Jean d'Escalantc et un dr
( i59 ) ses soldais tombent sous les traits des Indiens de Villa-Rica , colonie espagnole dont ce chef était gouverneur pour Fcrnand Cor lès.
i520. — Les Indiens tuent à Maracapana, province de Cumana , deux religieux dominicains et le capitaine Alphonse d'Ojeda, l'un des chefs des plus vaillans Espagnols de son siècle , et des premiers conquérans de l'Amérique, mais aussi Tun des plus cruels tyrans des Indiens, qui lui ont fait perdre plus de quatre vingts hommes. — Louis de Mendoza et Gaspard Quesada , capitaines de l'expédition de Fernand Magallanes , sont pendus et écarlelés confine traîtres par son ordre , et près du détroit auquel il a donné son nom. Leur bourreau est un domestique de Quesada, coupable comme les autres, et qui se fait exécuteur pour sauver sa vie. — Le capitaine Pegna, favori de Fernand Cortès-, est assassiné à Mexico par les Indiens, ainsi que Valdivia , Jean-Martin Narices , Jean de Soria, et quelques autres : ils en immolent un à leur principale idole. Après la bataille cent cinquante Castillans périssent dans la retraite, et quarante sont faits prisonniers. Les naturels de Tepcaca en tuent plus de cinquante dans le même temps, et ceux de Tuslebeque quatre-vingts , avec leur capitaine Salcedo.
i52i. — Le capitaine Antoine de Villafagne est pendu comme traître et chef d'une conspiration formée contre les jours de Fernand Cortès , con- <juérant du Mexique. — Fernand de Magallanes
perd la vie dans la guerre qu'il a déclarée au roi de l'île de Matan , ainsi que Christophe Rabelo, capitaine du Vittoria , qui fit le tour du monde alors connu. Quelque temps après Duarte Barbosa , cousin et successeur de Magallanes , le capitaine Jean Serrano et plusieurs autres Espagnols , sont victimes d'une trahison au milieu des habitans de Zebu , l'une des Philippines. — Le capitaine Jean Ponce de Léon est assassiné par les naturels de l'île de Cuba , et meurt de ses blessures. — Un autre capitaine, Pedre Barba, est tué en combattant vaillamment dans la Lagune de Mexico. — Le P. Denis, dominicain, reçoit le martyre à Cumana. François de Soto y meurt dans des accès de rage, aiprès avoir été blessé d'une flèche empoisonnée qu'un traître lui a lancée.
i522. — Le soldat Villadiego, de la troupe de Cortès , part de Mexico pour aller découvrir de nouvelles terres; on ne reçoit plus de ses nouvelles, et on croit qu'il a été tué par les Indiens.
i52 5. — Le capitaine Antoine Quignones est tué près des Açores , dans le combat qu'il soutient contre vin corsaire de la Rochelle , qui lui enlève la plus grande partie des trésors que Fernand Cortès envoie à Charles V. — Quatre cents Espagnols, répandus dans la province de Panuco , soumise à l'adelantado François Garay, sont assassinés par les Indiens, qui se vengent des vols et des cruautés qu'ils ont commis dans leur pays. Peu de temps après quarante autres périssent à Santisieban , qui est ré-
duit en cendres. Enfin , l'adelantado Garay meurt à Mexico , non sans soupçon d'avoir été empoisonné : il est compté parmi les premiers conquérans, puisqu'il avait accompagné Christophe Colomb dans son second voyage.
ibi^. — La guerre civile qui a lieu entre François Hernandez de Cordoue , Gil Gonzalez Davila et Christophe de Olid, dans la province de Hibueras, au pays de Honduras , cause la mort de plusieurs Espagnols. Ces commandans se disputent la possession des Indiens et de leurs richesses. Gil Gonzalez Ddvila , qui commande un parti , son capitaine François de Las Casas et plusieurs de ses soldats assassinent l'adelantado de Olid , l'un des chefs de la conquête du Mexique , mais qui s'est révolté depuis contre Fernand Cortès , dont il a mis la léle à prix. • — L'adelantado don Diègue Velazquez , gouverneur de Cuba , succombe à une maladie , après avoir fait les plus grands efforts pour empêcher l'entreprise de Cortès sur le Mexique, et ensuite pour que le gouvernement du pays soit donné à un autre. — Le capitaine François de Médina est assassiné par les Indiens sur la rouie de Mexico à Hibueras, où il va apprendre à Fernand Corlès que la guerre civile a éclaté à Mexico pendant son absence. Pendant ce mouvement , ceux qui ont usurpé l'autorité font pendre le capitaine Rodrigue de Paz , cousin de Fernand Cortès , et condamnent à mort Gil Gonzalez Davila, François de Las Casas et Diègue Hurlado de Mendoza, qui obtiennent cependant, à force
d'argent , d'être envoyés en Espagne pour subir un nouveau jugement.
i525. — Pendant l'expédition de François Pizarre et de Diègue Almagro dans l'intérieur du Pérou, la disette fait mourir vingt Castillans. — Dans le pays de Honduras, non loin de la ville de INiio , il en meiu t aussi de faim un grand nombre : Medrano et quelques mis de ses compagnons sont réduits à manger des cadavres jusqu'à l'arrivée de Fernand Corlès, qui leur fournit des vivres. — Jean d'Abalos, cousin de Cortès, deux franciscains et plus de quatre-vingts personnes font naufrage dans le travers du cap Saint-Antoine de Cuba : aucun n'échappe à la mort. — Gonzale de Salazar et Pedre Almindez Chirinos , tyrans dujMexique, sont condamnés. Corlès n'ose cependant faire exécuter leur sentence , et il les envoie en Espagne. — Luc Vazquez de Aiilonmeurt à Saint-Domingue, de retour de la Floride , où il a été blessé par les Indiens pendant qu'il chej-cbait de nouvelles terres. — L'adelantado Rodrigue Bastidas, gouverneur de Sainte- Marthe, est assassiné à coups de poignard par le ca [)itaine Pedre de Villafuerte , qui veut s'emparer du gouvernement avec le secours de plusieurs conjurés, pamii lesquels se trouve Porras de Séville. Tous ces coupables sont arrêtés et pendus. — Un capitaine portugais , Hernand Baez , subit la même peine pour avoir fait une semblable tentative sur Rodrigue Alvarez Palomino, que deux Espagnols de Sainte-Marthe ont choisi pour gouverner l'île par
( 145 ) intérim. Son admiiiistiation dure peu , ce chef s'étant noyé avec son cheval en traversant le fleuve qui passe par cette ville. — Beaucoup de Castillans qui accompagnent Pizarre au Pérou sont dévores par les caïmans , ou meurent des blessures que leui* font les naturels de Tumbez avec des traits empoisonnés.
l526. — L'adelantado Pedre Arias Davila fait trancher la télé à François Hernandez de Cordoue , comme traître et rebelle pour la conduite qu'il a tenue dans les expéditions des provinces de Terre- Ferme , du Darien, et surtout de Nicaragua. — Le commandeur don Garcia Jofre de Loaisa et le fameux pilote Jean Sébastien del Cano ; Alvaro de Loaisa , neveu du premier ; le maîlre des comptes ïexada , le pilote Rodrigue Bermejo et trenle autres Espagnols sont engloutis dans la mer du Sud , après avoir passé le détroit de Magellan pour se diriger vers les îles Philipphies. — Louis Ponce de Léon, conmiissaire du roi pour le gouvernement du Mexique , et chargé de faire une enquéle sur le compte de Fernand Cortès , meurt en peu de jours à Mexico. Il remet avant de mourir ses pouvoirs à Marcos d'Aguilar, qui le suit bientôt au tombeau. — Jean de Grijalba , qui a découvert la Nouvelle- Espagne , le capitaine Hurtado et quinze autres Castillans tombent sous les flèches des Indiens dans une embuscade qui leur a été tendue à Ylancho , près du RioTaniochala, dans la province deliibueras et Honduras.
i527. — Le capitaine Martin Yniguez, chef d'une expédition pour les îles Moluques , où il a soutenu la guerre contre les Portugais , meurt empoisonné par le portugais Hernand de Baldaya. — Alphonse de Molina, prêtre, et Gines, matelot, qui sont restés dans le Tumbez , loin des vaisseaux de Pizarre , meurent on ne sait de quelle mort, au milieu des Indiens.
1628. — Simon de Brito et Barthélemi Cordero, portugais , sont pendus dans Tile de Tidor,une des Moluques, pour avoir volé une embarcation au chef de l'expédition espagnole , le capitaine Alvaro de Saavedra. — Gonzale de Sandoval , l'un des capitaines les plus distingués de l'armée de Cortès, meurt de maladie dans l'île de Palos. — Théodore Griego , un nègre et dix Castillans de l'armée de l'adelantado Pamphile de Narvaez sont tués à coups de flèches par les Indiens dans la Floride ; quatrevingts autres meurent de faim. Cinq Espagnols, nommés Sierra, Corra, Palacio , Diego Lopez et Gonzale Ruiz , se nourrissent de la chair de leurs compagnons : le dernier échappe seul à la mort. Narvaez lui - même périt bientôt avec tout son monde.
iSag. — Le capitaine Alvaro de Saavedra meurt en allant de l'île de Tidor à la Nouvelle-Espagne. — Pedre de BadiUo , gouverneur de Sainte-Marthe , fait naufrage près de Arenas-Gordas , avec tous ceux qui l'emmènent prisonnier en Espagne par ordre de son successeur Garcia de Lerma.
i55o — L'adelantado Diègue Lopez de Salcedo , gouverneur du pays de Honduras , termine sa carrière abhorré de ses administrés, et empoisonné, dit-on , par quelques uns de ses ennemis. — Des soldats castillans, occupés à découvrir de nouveaux pays dans la province de Coro, expirent après avoir mangé le corps d'un Indien qu'ils ont tué pour apaiser leur faim, — Diègue Trujillo est rais à mort par ordre de NunoGuzman, gouverneur de Mexico.
i53i. — Les Indiens de Tombez, jdansle Pérou, s'emparent de plusieurs Espagnols , et les font mourir dans l'eau bouillante pour prolonger leurs douleurs. — Dans le royaume de Yucalan et sur la route de Campêche les Indiens assassinent plusieurs Espagnols porteurs des lettres du gouverneur François Montejo. — Garcia de Lerma , chef de la colonie de Sain le-Marilie , Jérôme de Melo et son frère Antoine Jusarle se noient dans la rivière de la Madeleine , poursuivis par les Indiens.
i532. — Vasco de Herrera , gouverneur de Honduras , est assassiné par Diègue Mendez, son rival. Celui-ci est pendu par ordre d'André de Cerezeda, qui s'empare de l'autorité, et fait trancher la té le à Jean Vazquez et à Diègue Vidal, qui onisoutenuMen- (lez. — Beaucoup de Castillans sont engloutis dans la mer en allant à Trujillo avec le gouverneur de celte province, Diègue de Albitez,qui meurt lui-même des suites de son naufrage enarrivanl dans cette ville. — Ijf» capitaine allemand Ambroise Alfinger., qui a