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Fait pendre un grand nombre d'Indiens considérables dans les expéditions qu'il a entreprises avec des Allemands , termine sa carrière à Coro , après avoir été atteint par les flèches empoisonnées des Indiens. — Le secrétaire du maréchal don Diègue de Almagro subit la peine du gibet par ordre de ce gouverneur , pour avoir découvert un secret pendant l'expédition du Pérou.
i554- — Le capitaine Diègue Becerra est assassiné , et d'autres Espagnols qui l'accompagnent sont grièvement blessés par des matelots révoltés, ayant à leur tête le pilote Fortun Ximenez, pendant qu'ils parcourent dans la mer du Sud les côtes du pays soumis à INuno de Guzman par Fernand Cortès, qui est déjà marquis de la Vallée de Guajaca et capitaine général de la Nouvelle-Espagne.
i535. — Pedre Martir de Moguer, officier de l'armée de Pizarre , expire à Cuzco sous les coups des Indiens. — Jean Pizarre perd la vie en faisant le siège de cette ville , qui s'est révoltée; le nombre des morts du côté des Espagnols s'élève déjà à plus de trois cents. Les Indiens , dans une bataille rangée , leur ont tué les capitaines Gaëte et Diègue Pizan'e, frèr« du marquis de ce nom, et blessé grièvement Pedro, un autre de ses frères. — Simon de Alcazoba , portugais au service de l'Espagne , géographe distingué , après avoir passé le détroit de Magellan pour établir une colonie sur la côte de la mer du Sud , est assassiné sur le vaisseau comman-
( 1^7 ) (lani , avec son pilote , par les capitaines Sotelo et Jean Arias, et par d'autres révoltés, qui l'etienr. leurs cadavres à la mer. Ce crime ne reste pas impuni ; les coupables ont la tête tranchée , et les officiers Carasa, Ecbauz, Ortlzet Rincon sont noyés pendant que Halcon et Gallego subissent la peine du gibet, et que Rodrigue Martinez, Nuno Alvarez et Alejo Garcia sont déposés à terre et abandonnés sur une plage inconnue. Il périt encore de la main des Indiens plusieurs autres Castillans qui se sont engagés dans de nouvelles découvertes. — Vingt Espagnols meurent de faim en découvrant de nouvelles terres dans la province de Sainte-Marthe avec le gouverneur Alphonse Louis de Lugo. — Le capitaine Alphonse de Herrera, qui s'est avancé sur la rivière du Rio Yuya-Pari , est attaqué et blessé parles Indiens ; il expire dans des transports de rage au bout de quelques jours , parce que les flèches des naturels étaient empoisonnées. — Le gouverneur don Diègue de Mendoza , Pedre de Benabides son neveu , et quatre autres Espagnols , sont massacrés par les Indiens de Rio de la Plata; un grand nombre expirent dans les tourmens de la faim , après avoir dévoré des lézards, des couleuvres, des insectes, des chiens , des chevaux et de la chaire humaine.
]556. — Trois Espagnols pénètrent dans le Chili pour découvrir de nouvelles terres et en rapporter de l'or sans en avoir obtenu la permission de leur chef : ils sont tués par les Indiens à coups de flèrhes. — Quelques antres , qui se sont avancés dan« la
province de Topisa , au Pérou , pour s'y procurer des vivres , éprouvent le même sort. Le capitaine Augustin Delgîido , lieutpnant-gouverneur du pays du Rio de Cumana , tombe atteint d'une flèche à côté de son chef , Jérôme de Ortal , pendant qu'ils s'avancent dans l'intérieur des terres.
iSSy. — La guerre civile commence à Cuzco entre le maréchal Alphonse d'Alvarado , lieutenant du maréchal adelantado de Arequipa, don Diègue de Almagro , d'une part, et le capitaine Alphonse, nommé aussi d'Alvarado, lieutenant du général don François Plzarre, de l'autre; chacun prétend au gouvernement du royaume de Cuzco. Les deux partis se font beaucoup de* mal et perdent de leur monde. Le marquis Pizarre déclare dans un rapport officiel que la perle des Espagnols a été de plus de six cents hommes , et il impute cet événement malheureux à Diègue de Almagro. — L'adelantado de Canarie , Alphonse Louis Fernandez de Lugo, gouverneur de Sainte-Marthe , meurt à Saint- Domingue. Le capitaine Ochoa est pendu avec un soldat à Sainte-Marthe-, par ordre d'Antoine Sedeno , quigouverneparz/2^er//7Z. — DonPedre de Mendoza, gouverneur des provinces de la Plata , est surpris par la mort en revenant en Espagne.
i558. — Le maréchal adelantado don Diègue de Almagro fait trancher la télé au capitaine Villegas, pour avoir entretenu des intelligences avec l'armée dos Pizarre. TiCs deux partis en viennent aux mains
( 1^9 ) au pont de Abancay , et Almagro est battu. 11 périt un grand nombre d'Espagnols dans cette affaire : les vaincus surtout ont à regretter des ofTiciers d'un grand mérite , entre autres le maréchal Piodiigue de Ordognez , qui s'est trouvé au sac de Rome en 1527 ; les capitaines Salinas, Riu Diaz, Eugenio de Moscoso et d'autres encore. Diègue de Almagro est fait prisonnier avec son fils et avec le plus grand nombre des capitaines de son armée que le fer a épargnés. L'un d'eux , Pedre de Lerma, est assassiné peu de temps après, et Almagro lui-même condamné à mort. Ainsi finit l'un des plus braves et des plus anciens conquérans du Nouveau-Monde , l'ami intime et fort ancien du marquis Pizarre; c'est son frère Hernand qui a ordonné cette mort, sans accorder de pardon ni d'appel , malgré la demande de son prisonnier. — Meza , capitaine dans l'armée de Pedre de Candia , conspire contre celui-ci , et a la tète tranchée pendant l'expédition de découvertes que Hernand Pizarre a confiée à ce général. — A Venezuela le juge et gouverneur par intérim ^ Navarro^fait pendre deux officiers de l'armée de Nicolas Federman , pour avoir excité une révolte avec le dessein de se livrer au pillage. Le gouverneur Antoine Sedeno meurt à Cumana dans le cours de ses découvertes , après avoir fait arrêter un juge de commission envoyé contre lui, et au moment où
I un second vient d'arriver pour le même objet.
1559. — Jean de Avolas , chef d'une expédition envoyée à la découverte des terres du Rio. c|c l^
Plata, est assassiné par les Indiens Payagoayos avec le petit nombre d'Espagnols qui raccompagnent. Cet événement est cause que la colonie de Buenos- Ayres est transportée à l'Assomption.
i54o. — Le capitaine Pedre de Anasco, envoyé par Hernand de Soto dans la Floride pour découvrir de nouveaux pays , tombe entre les mains des Indiens , qui le font mourir dans les plus affreux lourraens. Il en arrive autant par l'eflèt d'une trahison à plusieurs soldats espagnols , parmi lesquels on trouve les noms des capitaines Ballasar del Rio , de Osorio , de Juan de Ampudia et de quelques autres. — Don Diègue de Alvarado , frère de l'adelantado don Pedre , que ses affaires des Indes avaient amené en Espagne , y meurt, et la rumeur publique accuse ses ennemis de l'avoir fait empoisonner.
i54i* — Le marquis François Pizarre est assassiné dans le Chili par des Espagnols conjurés , qui font tomber aussi sous leurs coups les capitaines François de Chabes, François Martinez d'Alcantara, don Gomez de Luna , Gonzalve Hernandez de la Torre , François de Vergara, ÎManuel Hurlado , Alphonse de Cabrera, Jean de ViUegas, Jean de \ozmediano et Antoine Picado , secrétaire du marquis. La division se met bientôt entre les assassins, qui se ' disputent le gouvernement du Pérou ; ils se livrent des combats dans lesquels succombent un capitaine nommé François de Chabes , qu'il ne faut pas con-
fondre avec celui qui fui du parti de Pizarrc ; le géiie'ral Jean de Rada , chei' de la conjuraiion , et plusieurs autres. — Dans la Floride, le capitaine Jean Lopes meurt de froid, atiaclié sur son cheval ; Simon Rodriguez de Marvan et Roque de Yelves sont tués à coups de flèches. — Le capitaine Falcon j)érit de la même manière dans la Nouvelle-Galice , et l'adelantado don Pedre Alvarado est tué d'un coup de pied de cheval qu'il reçoit dans la poitrine. Sa femme et dona Beatrix de la Cueba, sa iille et une foule de personnes périssent, dans 1 inondalion de Guatemala.
l542. — La guerre civile des Espagnols dans le Pérou continue. Le capitaine Garcia de Albarado assassine le capitaine Christophe Sotelo .* il périt luimême bientôt après de la main de Jean Balsa , assisté de quelques complices , qui pendent ensuite Jean Garcia Gamarilla , que le commissaire du roi , Yaca de Castro , leur avait envoyé. — Dans la province d'Aburra , une de celles qui s'étendent sous la ligne équmoxiale du Pérou , le capitaine Jean de Torres tombe percé de flèches , quoiqu'on ne soit pas en guerre avec les Indiens.
1645. — Le général doja Piègue de Almagro, lils de l'adelanrado que nous avons vu finir misérablejiicnt , n'éprouve pas un meilleur sort que son père ; il est mis en jugement par ordre du commissaire Vaca de Castro , oi meurt du dernier supplice. — Les Indiens tuent à coups de Uèclies Diègue de Ko-
jas , qui s'est avancé dans les terres qu'arrose le Rio de la Plata. — Dans la Floride, l'adelanlado don Hernand de Soto, fondateur de celle colonie, est emporté par une maladie.
i544' — Le commissionnaire de Lima,YllanSuarez , tombe sous les coups des domestiques du vice -roi Blasco Nunez Bêla , dans la inaison de ce dernier. Une guerre intestine désole toujours le Pérou. Les capitaines Philippe Gulierrez et AriasMaldonadosont aussi assassinés paroijdre deGonzalePizarre , fièredu feu marquis, qui est à la tête des mécontens. L'auditeur Zepeda conspire avec d'autres Espagnols contre le vice - roi Blasco Nunez Bêla , qui est arrêté et détenu sur un navire. Le capitaine Paul de Meneses veut le délivrer; Zepeda ra[)piend, et le fait condamnera mort. Tant de voix s'élèvent en sa faveur que l'auditeur se contente de lui faire couper la main droite. Sur ces entrefaites Pizarre, qui est dans le Cuzco , s'aperçoit que quelques uns des siens ont des intelligences avec ceux de Lima ; il fait ôter la vie au capitaine Gaspard Rodriguez de Camporedondo. — Dans la nouvelle Andalousie, les Indiens surprennent et tuent à coups de traits le capitaine François de Orellana et dix-huit autres Espagnols qui ont pénétré dans les terres.
1545. — François Sanchez de Zamora, sergentmajor de l'armée de Pizarre, meurt de maladie. — A Panama , le gouverneur Hernand Machicao apprend que l'on conspire contre ses jours; il pré-
( i55 ) vient ses ennemis, et fait tuer don Pedre Louis de Cabrera , Herniin Mejia Cliristopbe de la Pegna et plusieurs autres. — Dans la province de Saint-Miguel, partie du Pérou, le manque de vivres fait mourir Hernand Alvarado, Gonzale Diazde Pineda, et plusieurs de leurs compagnons qui ont voulu échapper aux poursuites du vice-roi Nunez Bêla, que ses partisans ont délivré de sa prison. François de Carbajal , capitaine de l'armée de Pizarre , arrête et fait pendre à l'instant Pedre Guiierrez , Alphonse de Sosa, Antoine Carrillo , Diègue Montoya, et quelques Espagnols que le vice-roi envoie à Gonzale Pizarre pour lui proposer un accommodement. Le vice roi de son côté fait mettre à mort les capitaines Serna et Gaspard Gil, pour cause de désobéissance; ensuite le meslre-de-camp Rodrigue de Ocampo , capitaine de ses gardes ; les capitaines Ojeda , Carbajal et Gomez d'Estacio. — Dans les provinces du Rio de la Plata , on conspire contre François de Almendras, qui a été nommé gouverneur. 11 est pendu par les conjurés , qui vengent ainsi la mort d un grand nombre d'Espagnols, et surtout celle de don Gomez de Luna.
1646. — François de Carbajal, chef de l'un des corps de l'armée de Pizarre , lait pendre Pedre Aguire , Denis de Bobadilla , Zambrana et Pineda , parce qu'il a appris qu'ils conspirent contre lui. D un autre côté , Diègue Centeno fait subir le même supplice au corrégidor Mftreno , à Vivanco et à Juan Perezi , comme espions.' L'armée du vice-roi et celle
de Pizarre en viennent aux mains. Celui-ci s'attribue la victoire. Le vice-roi Blasco jNunezBela tombe à terre , et est tué à l'instant par Benoît Suarez de Car bajal , frère du commissionnaire Yllan Suarez à qui le vice-roi a fait oier la vie. Pizarre et ses capitaines font tuer après la bataille un grand nombre d'Espagnols, entre autres Diègue de Torres, Sancho de la Carrera , Hernando Sarmiento , le conseiller Alvares , François de Castellanos^ l'adelantado don Pedre de Heredia et Alphonse Bello. Beaucoup d'Espagnols ont quitte le Pérou pour venir informer le roi d'Espagne de ce qui s'y passe : l'un d'eux, le conseiller Lison de Tejada, meurt dans la traversée du canal de Baliama. — Dans la province de Cuzco , le capitaine Alphonse de Toro fait étrangler Salas , Sotomavor et Bautista ; il ordonne au bourreau de couper la main à Hernan Diaz. — Dans les provinces de la Plala , François de Mendoza est assassiné par Nicolas de Heredia , qui prétend que le commandement de l'expédition de découvertes dans ce pays lui appartient , d'après un article des instructions envoyées d'Espagne, lequel porte que la chose aura lieu ainsi dans le cas où Gutierrez et Diègue de Rojas viendraient à mourir , ce qui est arrivé sans que Mendoza ait renoncé à son usurpation. Peu de temps après Heredia fait tuer le capitaine Saavedra deLogrogno, parce qu'il a appris que cet officier condamne sa conduite. — A Popayan , l'adelantado Sébastien de Belalcazar ordonne l'arrestation et la mort du maréchal Greorges flobledo , qui s'est emparé de son emploi de gou^*e^neur. -:^ Dans Ja Corr
( i55 ) dillière des Andes , près d'Arequipa , le général François de Carba jal fait trancher la lête au gouverneur Lope de Mendoza , parce qu'il le regarde comme l'ennemi de Pizarre. — Au Pérou , Alphonse Perez de Castillejo est assassiné par quelques Indiens. Louis de Léon périt de la main d'Alphonse de Toro , qui subit bientôt la peine de son crime : son beau- père Diègue Gonzale de Vargas le tue à coups de poignard pour avoir insulté sa belle mère. Le conseiller Zepeda , lieutenant du gouverneur du Pérou, Pizarre, fait égorger Vêla Nunez, frère du vice-roi Blasco Nunez Bêla , qui a proposé de se soumettre au nouveau commissaire du roi, don Pedre de la Gasca. — Dans les provinces du Rio de la Plata , Philippe de Caceres , chef de l'expédition pour la découverte de nouveaux pays, fait tuer Diègue de Abrego , parce qu'il «'est séparé du corps d armée pour se diriger sur un autre point. — Dans le pays de Venezuela, Jean de Carbajal , juge de commission, est puni de mort, et expie ainsi le crime d'avoir fait mourir avec la plus grande cruauté Philippe de Uten , Barthélemi Belzar , Diègue Romero et Grégoire de Plasencia , envoyés à la découverte de nouvelles terres pour le compte de la compagnie allemande.
1547. — Au Pérou, le conseiller auditeur Zarate meurt presque subitement , empoisonné , diton , par les amis de Pizarre. Pedre de Puelles, l'un des généraux de ce chef, est assassiné par PIcrnand Salazar , capitaine dans son armée , qui veut l'aire
perdre à Pizarre un excellent officier , el engager les troupes qu'il commande au service du commissaire royal Gasca.
Herrera prétend que pendant les trois dernières années de guerre civile qui ont désolé le Pérou il y a péri plus flecinq cents Espagnols, dont deux cent quarante ont éié pendus ou égorgés. L'année ib-ij est celle'de la bataille de Guarina, gagnée par les troupes de Pizarre. Le général Centeno perd plus de trois cent cinquante hommes , outre trente prisonniers, qui sont pendus par ordre du général Carbajal : on compte parmi eux le religieux Gonzale de Mesa, le meslre-de-canip (colonel ) Louis de Ribera, les capitaines Silvera , Hetamoso , Diègue Lopez de Zugniga , Negral, Pantoja, l'enseigne Diègue Alvarez et plusieurs autres. Carbajal fait aussi mettre à mort Hernand Macliicao , gouverneur de Cuzco pour Pizarre, parce qu'à l'approche de l'ennemi il a quitté son poste et pris la fuite.
a 548. — Bataille d'Apurina, Le président Gasca , qui la gagne , fait prisonnier Pizarre et presque tous ses officiers. 11 veut qu'on exécute après leur jugement Gonzale Pizarre et les capitaines Jean de la Torre, Vergara , Castro , Diègue de Carbajal, François d'Espinosa , Diègue de Contreras , Gonzale de Morales, Garcia Munoz , Alphonse de Vedma , Hernand de la Sierra, François Martin Bermejo , Denis de BobadiUa, Gonzale de Los Nidos , Bernardin de Valencia. Le vainqueur fait frapper de mort civile et vouer à l'infamie d'autres partisans de
( i57 ) Tuarre qui ont péri avant la bataille : tels sont Pedre de Puelles , Jean de Porras , Alphonse de Toro , Pedre Martin de Sicllia , Hernand Macbicao, Pedre de Fuentes , Christophe Bertrand Anton , Dominique de Orbaneja , Galceran Ferrer , François Gonzalez , Mathieu de Rojas , Pedre de Vivanco , Ballasar de Zepeda , Blas de Soto , Jean Garcia , Barthélemi Aguilar et François Almendras. — Tous ces morts furent alors déclarés traîtres parce qu'ils avaient combattu contre l'éiendard royal, que portait l'armée du président Gasca ;.mais aujourd'hui que nous voyons les choses de sang froid , nous sommes fort éloignés de 'voir dans ces Espagnols des hommes coupables de trahison. S'ils l'étaient , on ne pourrait s'empêcher de qualifier du même nom la plupart de ceux qui combattirent sous les drapeaux de Gasca , puisqu'ils venaient de se ranger dans son parti après avoir abandonné celui de Pizarre , et que les autres soldats du président avaient même servi dans les guerres civiles sous un chef militaire qui voulait usurper l'autorité de celui que le roi avait nommé. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'on était sûr d'obtenir à la cour d Espagne , par l'intrigue et les présens, tous les titres dont il vient d'être parlé, tandis qu'on laissait sans récompense le véritable mérite , si toutefois ce nom est dû à l'audace qui portait tant de gens à s'exposer si souvent à la lamine , aux fatigues et à la mort même pour s'amasser d'immenses trésors , et procurer au roi d'Espagne de nouveaux domaines.
Pi7^rre, aiLssi ambitieux, aussi avare, aussi Fruel
( 158) et sanguinaire que tous les autres , ne fat pas plus traître que ses ennemis; il croyait avoir droit au gouvernement général du Pérou pour l'avoir découvert et conquis avec son frère François , après une sorte de transaction consentie et voulue par le roi d'Espagne. Je ne dirai point qu'il eut raison dans la manière dont il administra la justice ; mais je ne puis le blâmer d'avoir repoussé l'imputation de trahir son maître, puisqu'il n'eut jamais la pensée d'en usurper les droits ni la souveraineté, mais seulement de conserver ses avantages en faisant tête à des hommes qui avaient autant et peut-être plus d'ambition que lui. Je prétends encore moins excuser sa conduite et celle de ses partisans ; je pense que les hommes des deux partis méritaient par leurs cruautés contre les Indiens d'être tous punis par le ciel , et la Providence se servit des événemens qu'on vient de lire pour frapper Pizarre avec ses compagnons , et pour arrêter la plupart des autres tyrans de l'Amérique au milieu de leurs forfaits , avant qu'ils eussent pu jouir de leurs énormes richesses, si cruellement acquises : aussi Las Casas avait-il raison de dire que Dieu prit soin lui-même de venger les malheureux Indiens.
■ La même année, i548 , Diègue Centeno meurt au moment où il vient d'être nommé gouverneur du Rio de la Plata. On lui donne pour successeur Diègue de Sanabria, qui périt dans le fleuve avec tout son monde en arrivant à l'Assomption.
i54g. — Les Indiens de la Floride font souffrir le martyre au P. Diègue deTolosa, religieux dominicain , et à Jean Fuentes , espagnol très estimé pour ses vertus , et qui accompagne ce missionnaire. La mort violente de Louis Cancer, autre missionnaire suit de près celle de ces deux Espagnols.
i55o. — Hernandde Contreras, fils du gouverneur de Nicaragua , don Rodrigue de Contreras, donne la mort à Tévêque de Nicaragua , Antoine de Valdiviéjo, de l'ordre de Saint-Dominique , qui a voulu s'opposer à ce qu'il eût des Indiens comme esclaves dans sa maison , et qui a obtenu un ordre du roi pour qu'il fût fait une enquête sur sa conduite. Ce Contreras était gendre* du fameux Pedre Arias Davila , gouverneur général du Darien , frère du comte dePugnoen Roslro. Don Hernand de Contreras et don Pèdre son frère sont tués à coups de flèches par les Indiens dans leur fuite , et subissent ainsi la peine de leurs crimes. François de Villagra, gouverneur par intérim du Chili pour le général Pedre de Valdivia, absent, fait trancher la léte à Pedre Sanchez de la Hoz , après avoir appris qu'il songe à s'emparer du gouvernement en vertu d'une commission qu'il a reçue du roi d'Espagne , et dont il n'a pu jouir jusqu'à présent. Les Indiens de cette province tuent dans une embuscade le capitaine Jean Bon et quarante soldats.
l55i. — Alphonse d'Alvarado, corrégidor de Cuzco , condamne à mort comme séditieux Franroi*
( ^6o) (le Miranda , Alphonse de Barrionuevo , Alphonse Hernandez Melgarejo , el d'aulres Espagnols d'un rane moins élevé. — Au Chili , les naturels assassinent le général Pedre de Valdibia , gouverneur du pays.
i552. — Le capitaine Louis de Vargas est condamné à mort par l'audience royale du Pérou, comme conspirateur, convaincu d'avoir voulu s'emparer de l'autorité et massacrer les conseillers.
l555. — Le général Pedre Alphonse de Hinojosa , gouverneur de Charcas , est assassiné dans sa maison avec le capitaine Alphonse de Castro, par don Sébastien Castilla , qui veut occuper sa place , et par d'autres conjurés qui l'accompagnent. Le meurtrier ne jouit pas longtemps du fruit de son crime ; Basco Godinez le lue au bout de quelques jours, et les complices de Castilla, Antoine de Sépulveda, Marqueda , Salcedo et François de Villalobos , sont étranglés. Le gouvernement ayant été confié à Godinez , celui - ci fait exécuter don Garcia Tello, autre complice de Castilla , el plusieurs personnes qu'il accuse du même crime; c'est par son conseil qu'Antoine de Lujan prend, des mesures pour faire écarteler, dans le Poiosi, Egas deGuzman el Diègue de Vergara. Après cette exécution le maréchal Alphonse Alvarado ordonne la même mesure contre François de Arnao et Alphonse de Marquina; il fait ensuite prisonnier Godinez à Charcas , et donne l'ordre d'étrangler Pedre Juarez Pacheco , Heriiand de Herrera, Candidate et Luc de la Torre; il
( i6i ) ëcritdans le Potosi pour faire couper la lèie à Garcia de Bazan et à Hernaiid Rodrigtiez de Monroy et pendre Farfan de Los Godos et Jean de Alcala. Il ne s'en lient pas là ; il fait écarleler Basco Godinez son prisonnier , décapiter Gomez de Magallon , Tello de Vega , Jean de Hugarte, et pendre Antoine de Campo-Frio. — On se révolte dans la province de Cuzco. Le corrégidor Gil Ramirez Dabalos est arrêté , et le capitaine Palommo , le négociant Jean deMoralès, et plusieurs autres Espagnols, sont massacrés. François He mandez Giron, chef des conjurés , s'empare du gouvernement ; son mestrede-carap, Diègue d'Alvarado, fait tuer don Baltasar de Casiilla, le directeur des finances , Jean de Cacerès , et Jean Orliz de Zarate , régidor. La révolte se propage et augmente dans presque toutes les villes du Pérou. Pendant ce temps-là Thomas Vazquez , partisan de Giron , et corrégidor d' Arequipa , envoie des assassins donner la mort à Martin de Lezcano; il fait pendre Alphonse de Mier, qu'il accuse d'avoir conspiré contre lui. Tandis que des corps de troupes s'avancent de part et d'autre , le conseiller Altamirano donne l'ordre de pendre Salvador de Lezana , François de Vera et François Juarez , officiers de Hernandez Giron , qui ont été faits prisonniers avec trente Espagnols qu'il veut aussi faire exécuter, et qu'il n'épargne que parce que les soldais de l'armée dite royale lui exposent qu'ils subiront le même sort si les chances de la guerre les font tomber entre les mains de leurs ennemis
î 554 — Diègue d'Alvarado , mestre-de-camp de Hernandez Giron, homme d'un caractère féroce, fait étrangler le médecin de son armée, Serrano , parce qu'il habite tranquillement la ville de Pachiacama avec la permission du général en chef, il ordonne ensuite la mort du capitaine Nuno de Mendiola , dans le pays de Chiiicha, pour avoir proposé de laisser reposer l'armée. Son chef fait décapiter le capitaine Lope Martin , du parti ennemi, qui est tombé entre ses mains, et l'officier \ illaréal, qui servit autrefois sous ses ordres. — Vers le même temps le maréchal Alphonse d'Alvarado quitte Gharcas , et s'avance contre François Hernandez Giron; Diègue de Almendras est assassiné sur la route par un nègre. Le général perd la bataille de Chuquinga ; ses meilleurs capitaines y sont tués, entre autres G omez de Alvarado , Villavicencio , sergent - major général , Jean de Saavedra , don Gabriel de Guzman, Hernand Alvarez de Toledo , Diègue de Llloa , François de Barrientos, Simon Pinto. Dans l'armée des révoltés , le capitaine Alphonse de Badajoz est tué par un rovaliste , qui le prend pour Giron parce qu'il est habillé comme lui. Antoine Carrillo , capitaine de Giron, meurt assassiné par ses compagnons d'armes , qui veulent s'emparer du riche butin qu'il a tait à La Paz , dans le Polosi. — Bernarjin de Roblès , capitaine de Giron, désire avoir une entrevue avec) son beau-père Ruibarba, officier de 1 armée royale ; il l'attire à un rendez-vous , et l'éiend mort à ses pieds d'un coup d'épée. Le capitaine Sotelo, de l'armée de Giron , est fait prison-
nier par les royalistes , qui le font étrangler sur le champ. Bienlôtle sondes armes est contraire à Giron ' il perd une bataille , et le vainqueur condamne au même supplice un grand nombre de ses meilleurs officiers , tels que Diègue d'AIvarado , mestrede-camp , Jean Cobo , le colonel Villalba , l'enseigne major Albert d'Ordugna , le capitaine Bernardin de Roblès , l'officier Cristoplie de Funès ; plusieurs autres sont pendus. Enfin Giron tombe lui-même au pouvoir de ses ennemis : son corps est traîné par des chevaux ; on lui coupe la têie, et on sème du sel sur la place qu'a occupée sa maison. Il avait cherché la mort dans ce combat : il aurait été dig^ie d'un meilleur sort par ses qualités militaires s'il n'avait souillé sa vie par autant de cruauté contre les Indiens qu'il en éprouva des royalistes euxmêmes.
C'est ici tjue finissent les Décades de l'exact historien Antoine Herrcra. Je ne continuerai pas celte nécrologie pour les années suivantes sur d'autres auteurs , parce que je suis arrivé à l'époque où Las Casas nous fait connaître ce qui s'est passé. Il aurait pu composer un écrit avec ce titre : De la mort des persécuteurs des Indes , comme Lactance en a composé un autre, dans le quatrième siècle , sur la mort des persécuteurs des chrétiens ; et il eut encore mieux réussi que lui à montrer la liaison des effets et des causes, car en lisant le récit des violentes catastrophes qui enlèvent les uns après les
aulres les plus fameux tiapilaines qui ont conquis l'Amérique , on voit qu'elles ont été produites par l'avarice et la soif de l'or dont ils étaient tourmentés, et par cette férocité qui devint une habitude de leur âme au milieu des meurtres qu'ils commettaient ou qu'ils voyaient commettre chaque jour sur une race d'hommes faibles et sans défense. Herrera est un auteur qu'il faut lire avec précaution ; on s'aperçoit qu'il veut affaiblir et le nombre et la gravité des événemens désastreux de l'Amérique , autant que peut le lui permettre la vérité de l'histoire. Malgré l'adresse et le soin qu'il emploie en faveur des Espagnols , on ne peut élever de doute raisonnable sur le fond des choses que Las Casas a rapportées : peut-être trouvera-t-on quelque exagération dans leurs circonstances ; mais il ne faut pas oublier que l'àme éminemment religieuse et compatissante du défenseur des Indiens avait besoin de celte peinture animée pour exciter dans l'âme de son prince et des minisires une juste et nécessaire compassion ; mais ce serait outrager cette grande âîiie que de supposer qu'elle ait menli, et volontairement trompé les hommes. Aussi Herrera n'a-t-il pas manqué dans plusieurs endroits de son histoire de faire l'éloge de Las Casas , alors décédé , pour sa sincérité et ])our ses vertus.
SECOIND
MÉMOIRE
Moyen d*arréter la destruction des habitans des Indes occidentales. — Effet désastreux de l'esclavage.