‹ Œuvres. Précédées de sa vie, et accompagnées de notes historiques, additions, développmentsChapitre 41 sur 65 · X.es menaces que Dieu fait aux Israélites ne prou · texte numérisé non relu

X.es menaces que Dieu fait aux Israélites ne prou

veiiL rien pour l'opinion deSépulvéda; ils étaient le peuple de Dieu , et personne ne sera surpris que la Majesté divine les menaçât, puisqu'ils élaient sa nation choisie. Il ne s'agit donc ici que des nations étrangères. En vain le docteur parle-l-il aussi du châtiment de Sodome et de quelques autres villes criminelles , puisque beaucoup de faits sont cités dans la Bible pour nous faire admirer la conduite de Dieu , plutôt que pour nous apprendre à les imiter : tel est le sentiment de saint Augustin et de saint Grégoire -le -Grand au sujet de l'exemple rapporté parle docteur Sépulvéda.

Non seulement, dit le seigneur évêque, il ne résulte pas du texte sacré que cette guerre eut pour objet de punir les Cananéens de leur idolâtrie , il est encore impossible de le supposer ; car , d'après la doctrine de l'Eglise catholique , la guerre n'est jamais permise contre les infidèles pour les punir de ce qu'ils sont dans l'égarement , ni pour les contraindre de se faire chrétiens : c'est ce qu'ont enseigné saint Augustin, saint Thomas d'Aquin et d'autres pères de l'Eglise. Le fameux passage de l'Evangile où le père de famille commande à son serviteur de contraindre d'entrer dans la salle du festin ceux qui ne le voudraient pas, ne prouve point qu'on puisse les y forcer par la voie des armes matérielles , au lieu d'y employer celles de la doctrine et de la conviction , fondées sur des raisons fortes et irrésistibles : tel est le sens donné à ces paroles par saint Jean Chrysostrme et par d'autres grands docteurs de l'Eglise ; tel est aussi le sentiment d'innocent IV

( 342 ) dans son coniiuenlaire du chapitre Majorea du liire de Baptismo , inséré aux Décrétales.

Le seigneur évêque ajoute qu'on ne petit rien concliue en faveur dti système de la guerre contre les Indiens de ce qu'on a prétendu que quelques empereurs , conseillés par de saints personnages , l'ont faite aux idolâtres, comme Conslantin-le-Grand aux Goths et aux Sarraates sous le pape Silvestre , et d'autres empereurs sous le pontificat et d'après le vœu de saint Grégoire-le-Grand ; car il n'y a rien de vrai dans ces assertions , dont aucune n'est fondée sur des preuves. Si Constantin fit la guerre atix Goths et aux Sarmates , c'est parce qu'ils avaient envahi quelques parties de l'empire romain : Paul Orose et d'autres historiens contemporains ou voisins de cette époque nous l'apprennent. Saint Grégoire-le-Grand , loin de vouloir conseiller la guerre, envoya le moine Augusdn et ses compagnons prêcher l'Evangile aux païens de l'Angleterre , après leur avoir recommandé , suivant le témoignage de Bède et du diacre Jean , d'éviter tout ce qui tendrait à la violence, et de n'employer quedesrajoyens de persuasion. On sait seulement que ce grand pape approuva indirectement les guerres que le patrice Gennade faisait de son temps, en disant qu'elles avaient beaucoup moins pour objet de faire couler le sang que d'étendre les frontières de l'empire où le vrai Dieu élait adoré , et d'où l'on pourrait cnvover dans les pays conquis des prédicateurs de l'Evangile. Mais si l'on examine et si l'on comprend bien ce passage de l'hisloire , on n'y trouvera pas un mot qui prouve

( 343 ) que saint Grëgoire-le-Grand voulût qu'on fît la guerre aux idolâtres pour convenir au christianisme tous ceux qu'on aurait soumis par la force des armes.

Saint Paul , dit encore le prélat Las Casas , déclare qu'il ne lui appartient point de se mêler des coutumes et des usages des chrétiens ; or, s'il reconnaissait n'avoir aucun droit à cet égard , auraitil conseillé de leur faire une guerre d'extermination? Rien de plus conforme à ces principes que la conduite même de Jésus-Christ, qui refuse de se mêler du partage d'un patrimoine entre deux frères en leur disant : Qui m'a établi juge entre vous ? Saint Augustin pensait aussi qu'il ne convenait point aux chrétiens de prendre parti dans aucune affaire contre les païens , ni de renverser leurs idoles ; mais qu'il pouvait être utile d'employer toute la bienveillance et la douceur possible pour les convertir.

Le docteur Sépulvéda a dit aussi que les Indiens méritent qu'on leur fasse la guerre non seulement parce qu'ils sont coupables d'idolâtrie , mais encore parce qu'ils commettent un grand nombre d'autres péchés contre nature , entre autres celui d'immoler à leurs dieux des personnes innocentes. Le seigneur évêque répond à cela qu'en admettant comme vrai ce fait! , qui ne l'est point , il n'y a pas un mot dans l'Evangile qui donne aux princes le droit de punir cette sorte de péché. L'infidélité est un crime beaucoup plus grand que l'idolâtrie , et cependant saint Thomas d'Aquin a dit qu'elle ne recevia la peine très sévère qu'elle mérite que lorsque Dieu vien-

(Ira juger les vivans el les morts, parce qu'elle n est pas connue comme un péché par les infidèles; voilà aussi pourquoi saint Paul disait aux Athéniens : Je viens vous annoncer le Dieu que vous adorez sans le connaître.

Le docteur ajoute qu'un grand nombre de savans canonistes ont pensé que la guerre contre les idolâtres est toujours juste. Le seigneur évèque répond que ceci n'est vrai que jusqu'à un certain point et dans quelques circonstances particulières : lo lorsqu'il s'agit de reprendre des pays qui étaient chrétiens avant de tomber sous la puissance des idolâtres , comme Alger et les autres villes de la côte de Barbarie ; 2° lorsque les infidèles insultent au culte des chrétiens en profanant leurs temples et leurs cérémonies rehgieuses : c'est ainsi que l'empereur Constantin défendit aux païens d'avoir des idoles partout où elles seraient un sujet de scandale pour les chrétiens j 5° lorsqu'ils outragent les chrétiens en blasphémant publiquement contre la religion chrétienne ; 4° lorsqu'ils s'opposent à la prédication de l'Evangile sans autre motif que leur haine pour la religion de Jésus-Christ; car si les prédicateurs arrivent à main armée, le refus que les païens font alors de laisser prêcher l'Evangilen'est pas une raison sufiisanle pour leur faire la guerre, parce qu'on s'est écarté de la doctrine de Jésus-Christ en voulant évangéliser les armes à la main ; 5° lorsque les infidèles font la guerre aux chrétiens , comme c'est l'usage des musulmans ; 6" lorsqu'ils persécutent des hommes innocens et sans appui , qui

( 545 ) ont été luis sous la protection de l'Eglise ; et même ici Tévêque Las Casas n'admet point le sentiment des canonistes , et soutient^gue s'il n'y a pas d'autres moyens de les protéger, c'est un moindre mal de laisser succomber quelques chrétiens innocens que d'entreprendre ime guerre dont les suites sont incomparablement plus désastreuses , et n'ont pas toujours le résultat qu'on s'était proposé.

Il a conclu de ces principes que la guerre contre les Indiensest illicite, et conduit au péché, quelque idolâtres qu'on les suppose , tant qu'ils n'insultent pas les chrétiens dans leur religion , et qu'elle ne l'est pas moins lorsqu'on la leur fait pour les péchés contre nature dont on les accuse , quand même ils en seraient coupables.

La seconde raison principale sur laquelle le docteur Séptilvéda prétend fonder la justice d'une guerre contre les Indiens se réduit à les présenter comme un peuple grossier , servile et barbare, et propre seulement à vivre sous la dépendance d'autres hommes plus éclaires , tels que les Espagnols , qui pourraient les instruire et les gouverner s'ils étaient soumis par la voie dés armes.

Le seigneur évéque a répondu que c'est à tort qu'on suppose aux Indiens un esprit grossier et servile j que leurs mœurs n'offriront même rien de barbare s'ils vivent en société, sous des chefs amis, et régis par des lois qui ne punissent que les actions qu'ils jugent eux-mêmes criminelles. Il s'en faut bien aussi qu'ils soient aussi ignorans que le prétend le docteur Sépulvéda , puisqu'ils construisent des

maisons, fabriquent des armes, savent confectionner le pain , et se procurer d'autres objets nécessaires à la vie, quoique leurs arts, leurs habitudes et leurs coutumes ne ressemblent en rien à ce qui distinj^ue les Espagnols. Niant ainsi les faits que Sépulvéda suppose vrais , son adversaire détruit les conséquences qu'il a voulu en déduire.

La troisième raison essentielle du docteur Sépulvéda, c'est qu'en soumettant les Indiens par les armes il est plus facile , plus commode , et parconséquent plus convenable de leur annoncer ensuite 1 Evangile, de leur mieux persuader la vérité de la religion cliréiienne, et de les porter plus elîicacement aux pratiques qu'elle commande. Le seigneur évêque combat ce troisième point de plusieurs ma- ]iières, et défend l'opinion contraire par diftérentes raisons que j'indiquerai.

La religion ne permet pas , dit-il, de prouver les vérités qu'elle enseigne par des raisonnement purement naturels. 11 faut, comme le dit saint Paul , que l'esprit se soumette en rendant hommage à la fois , ce qui suppose , comme condition très imporlante, que ceux qui entendent ses ministres les regardent comme des hommes de bonne foi, incapables de vouloir tromper. Celte idée favorable, antérieure à toute prédication , ne peut naître dans l'esprit des Indiens à moins qu'ils ne soient témoins de la conduite vertueuse , pacifique, désintéressée et entièren^ent franche du prédicateur, ces qualités pouvant scvdes disposer l'idolâtre à l'écouter avec altentior. et respocl. L'expérience Fa prouvé dans

( 347 ) ies Indes, et la siaiple raison le coiifirme : celle doctrine a été celle des évangélisles , des apôtres et des pères de l'Eglise. C'est pour le prouver que le seigneur évéque a copié un grand nombre de passages, en ajoutant qu'il est impossible de les concilier avec l'idée qu'il faut réduire d'abord les idolâtres par les armes pour les convertir ensuite, parce qu'au lieu de disposer les esprits à entendre la vérité, ce moyen ne produit que la haine contre tout ce qui appartient au peuple ennemi, et qu'il n'est pas naturel que Ton ait alors confiance dans ce qu'annonce un prédicateur. Cette manière de convertir lui rappelle celle de Mahomet, qui y faisait servir le glaive; au heu que Jésus -Christ recommanda à ses apôtres de se présenter au milieu des gentils comme des brebis au milieu des loups. Aussi saint Grégoire-le- Grand ayant appris qu'on allait établir la religion par les armes chez des peuples païens , « voici , disait-il , une manière nouvelle et inouïe de convenir ; on prétend imposer la foi à coups de verges. »

En vain supposerait-on qu'on ne fait point la guerre aux Indiens pour les forcer à recevoir la foi chrétienne, mais seulement pour les soumettre afin de les instruire ensuite avec plus de facilité : il est certain qu'on a recours à la violence , et que la conversion d'une partie des naturels n'aura lieu que parce qu'ils craindront ce qu'ils ont vu souffrir aux autres, sans qu il y ait de leur part ni conviction intérieure ni mouvement libre de leur volonté.

L'art de convertir les païens par la guerre choque ouvertement ions les principes du chrisjlanismc.

Suivant ia doctrine ei d'après l'exemple de son divin fondateur , il faut commencer par déclarer que le baptême eiTace tous les péclie's commis avant ce signe de la nouvelle alliance, sans que l'âme soit sujette à aucune peine pour leur expiation , parce que le Seigneur les pardonne tous par sa grâce , ensorte que le ministère de la religion commence par des actes de bienfaisance , et ne devient pénible pour les chrétiens que lorsque ceux qui se sont soumis à ses lois par l'onction du baptême rentrent dans les voies du pccbé , et irritent la colère de Dieu, Mais c'est le contraire que l'on verrait arriver si la prédication commençait par une guerre comme celle de Mahomet , puisqu'au lieu de ce pardon gratuit et plein de douceur de tous les péchés la religion ne se présenterait que pour infliger la plus terrible des peines, par le glaive extermmatcur.

Si, comme on la dit plus haut, les canonistes permettent la voie des hostilités contre les peuples qui s'opposent à la prédication de l'Evangile, ce principe ne s applique qu'aux circonstances où l'on peut être assuré que ces peuples connaissent le caractère de la religion, comme par exemple lorsqu'il s'agit des mahométans , qui savent que la profession du christianisme ne les prive point des avantages du contrat social, qui ne sont pas moins compatibles avec la religion chrétienne qu'avec le mahomélisme. Mais cette doctrine des canonistes ne peut s'appliquer aux peuples qui, au moment où la permission de prêcher la foi au milieu d'eux leur est demandée , ignorent ce qu'est la nouvelle religion , et soupçonnent que

( 549 ) les prcdicateiiis qui se présentent sont des espions envoyés pour reconnaître le pays, et indiquer ensuite aux conquérans les moyens de l'envahir. II ne peut donc y avoir dans ces circonstances de moiif suffisant pour leur déclarer la f^uerre afin de les forcer à recevoir des missionnaires.

11 est vrai que J.-C. nous a commandé d'aller dans tout le monde et de prêcher l'Evangile à toute créalure. Quelques personnes ont voulu en conclure que puisque cette obligation nous est imposée , elle suppose le droit de vaincre les obstacles, et que si la guerre est nécessaire pour en venir à bout^ ce moyeu est par cela même permis comme une conséquence de cette mission divine. Ce raisonnement a tout le caractère d'im sophisme , puisque l'obligation d'aller dans tout le monde et d'y prêcher la foi suppose comme condition que les peuples consentiront à nous recevoir et à nous entendre. Voilà pourquoi Jésus-Christ n'accorda à ses envoyés aucune puissance extérieure coactive , et leur dit au contraire que si les habitans d'une ville refusaient de les entendre, ils devaient aller dans une autre, et surtout commencer leur ministère en annonçant la paix. Les apôtres lui demandèrent qu'il fît descendre le feu du ciel sur Samarie , parce que ses habitans refusaient de recevoir le divin législateur : loin d'approuver leur indignation, il les reprit sévèrement , et leur dit qu'ils n'avaient pas encore bien compris combien l'esprit des ministres de l'Evangile doit être pacifique , doux , humble et chariiable.

Des hommes qui n'ont jamais promis îléconier l'en-

seignemenl des dogmes et de la morale du christianisme n'ont contracté aucune obligation civile de souffrir la présence de prédicateurs au milieu d'eux, et par conséquent ils n'ont donné à personne un juste sujet de leur faire la guerre pour un motif semblable. Voilà ce que soutient le seigneiu' évéque; mais vos Seigneuries , vos Grâces et vos Paternités auront à examiner cette question , et à décider jusqu'à quel point elle est vraie.

La quatrième raison fondamentale du docteur Sépulvéda , c'est que les Indiens outragent l'humanité tout entière en égorgeant des personnes innocentes , et en les offrant en sacrifice comme victimes à leurs idoles. Ce péché permet à tous les souverains des nations civilisées de faire la guerre aux Indiens jusqu'à ce que cette barbare coutume soit abolie parmi eux-

Le seigneur évêque nie cette conséquence , parce qu'il n'est prouvé , ni par l'Evangile ni par aucun autre texte de l'Ecriture sainte , que Dieu ait imposé à un souverain l'obligation de détruire les abus qui régnent dans un pays qui n'est pas soumis à ses lois.

Le moyen que l'on voudrait ejuployer pour cela serait une nouvelle cause surabondante de péchés , parce que la guerre est ordinairement accompagnée de vols , d'assassinats , de violences , d'adultères et de tous les maux possibles. La guerre ne serait ici qu'un remède pire que le mal , car elle ferait périr des milliers d'hommes innocens mêlés avec les coupables, pour ne sauver que ceux en petit nombre

qui seraient destinés aux idoles. Oi- l'Evangile esl formellement contraire à un pareil système de guerre, puisqu'il défend de séparer l'ivraie lorsqu'il est mêlé en herbe avec le froment , de peur d'arracher en même temps celui-ci : Jésus-Christ veut qu'on le laisse jusqu'au temps de la moisson, c'est à dire jusqu'au jour du jugement.

Il ne faut pas oublier que si parmi les nations civilisées l'immolation des victimes humaines passe pour une coutume barbare , il n'est pas également certain que chez des peuples presque sauvages ce crime soit aussi grand que nous le croyons maintenant ; nous ne poijvons pas douter qu'il ne le soit aux yeux de Dieu , mais il y a un juste motif de penser autrement à l'égard des hommes.

Ces peuples sont persuadés qu'ils font un acte de religion aijréable à la divinité. S'ils veulent se la rendre propice , ils lui otfrent ce qu'ils croient le meilleur et le plus élevé , c est à dire l'homme lui-même , et afin que l'offrande soit encore plus agréable, ils en choisissent une qui soit pure et innocente. Rien , suivant leur opinion , n'est plus capable de plaire à Dieu , et ici , bien loin de trouver ce culte inhumain , ils ne font en l'exerçant que céder à une disposition religieuse.

Les Indiens de l'Amérique ne sont pas les seuls ni les premiers qui soient tombés dans cette erreur : Eusèbe , dans son livre de la Préparation évangélique, saint Clément, Lactance et beaucoup d'autres écrivains dignes de foi , attestent qu'elle a été comjiimie à un grand nombre d'anciens peuples dont ils

nous foiil connaître les noms. L'Ecriture sainte ellemême nous représente Jephté sacrifiant sa fille pour accomplir le vœu qu'il a fait au milieu du peuple choisi ; et d'un autre côte' il semble qae Dieu ne condamne pas toujours une pareille offrande , puisque, voulant éprouver la fidélité d'Abraham, il lui commande de lui sacrifier son fils Isaac , et n'arrête le bras qui va le frapper que lorsque Abraham a commis son péché s'il est vrai que ce doive en être un dans toutes les occasions que de consentir à l'immolation de victimes humaines innocentes. En vain dirait- on que ces événemens cachaient de grands mystères, et qu'on n'en peut rien conclure; ces mvstères existaient dans la pensée de Dieu : mais nous ne voyons dans Abraham qu'un acte d'obéissance , et si ce saint patriarche avait cru que les sacrifices de victimes humaines étaient tellement barbares que rien ne pouvait les faire excuser, il eût douté si celui qui venait lui porter l'ordre d'immoler son fils Isaac était un envoyé de Dieu , au lieu d'un esprit démoniaque transformé en ange de lumière.

11 suit de là que les peuples barbares ne sont pas aussi criminels qu'il le paraît au premier coup d'œil, et que leur coutume d'immoler des hommes à leurs faux dieux ne saurait être un motif suffisant de guerre. Les Romains rencontrèrent dans le cours de leurs conquêtes des nations accoutumées à faire de semblables immolations; cependant ils n'en punirent aucune , et ils se contentèrent d'avertir que cet usage était criminel , et de l'abolir pour toujours.

Si le seul nioiif d'empêcher le;, sacrifices limnaiiis faisait entreprendre la ^'uerre , celle-ci serait inutile (.luant à son but essentiel , car elle ne servirait qu'à rendre plus profonde l'envie de servir la cause de Dieu par un moyen qui paraîtrait d'autant plus permis et d'autant plus religieux qu'il serait plus en horreur au peuple qui apporterait la guerre : on verrait bien alors cesser les sacrifices publics ; mais ils se multiplieraient en secret. En un mot , il n'est dans l'économie d'aucune loi, soit divine, soit humaine y de permettre le mal , quelque bien qu'il en puisse résulter.

Le seii^^neur évéque termine son mémoire en proposant des moyens pour propager l'Evangile dan« les Indes , de manière que ce pays reste légitime^ ment soumis au roi de Castille. 11 divise pour cela l'Amérique en deux espèces de territoire ; celui où les missionnaires peuvent pénétrer en toute sûreté , et celui où l'on ne veut pas les recevoir.

Il pense que les prédicateurs de l'Evangile j^euvent aller dans le premier , mais sans soldats , accompagnés seulement d'hommes pacifiques , de bonnes mœurs , instruits des vérités du catéchisme eldes principes de la bonne morale. Le bon exemple, une conversation sage , el la doctrine évangélique sur la paix et les vertus sociales , feront aimer la religion chrétienne, sa morale, et le souverain qui aura envoyé des sujets aussi pacifiques, et qu'on respectera comme les organes d'une justice utile et impartiale.

A l'égard des pays que les Espagnols n'oiiL pas I. 'JO

( 554 ) encore occupés , le seigneur évéque pense que les missionnaires doivent attendre des circonstances plus favorables pour les visiter. Il veut qu'on prépare ce naoment en bâtissant quelques châteaux sur les frontières déjà soumises au roi d'Espagne en vertu de la bulle du pape Alexandre VI. Lorsque ces établissemens seront formés , on clierchera à entretenir un commerce et des relations pacifiques avec les Indiens indépendans du voisinage , en évitant avec soin tout ce qui pourrait leur faire craindre des persécutions. Les bons procédés feront naître la confiance ; celle-ci s'affermira , et le jour viendra où les prédicateurs de l'Evangile pourront se montrer au milieu d'eux , accompagnés , ainsi qu'ailleurs , d'hommes instruits , et faire à ces peuples tout le bien qu'on se propose.

Ces movens de conversion sont conformes à l'esprit de la bulle d'Alexandre VI , ainsi que l'a annoncé celle du pape Paul, où il est dit que les Indiens deviendront sujets du roi d'Espagne aussitôt qu'ils seront convertis ; non qu'ils doivent perdre la jouissance de ce qu'ils possèdent en propre , mais seulement de manière qu'ils reconnaissent la souveraineté de Sa Majesté en lui payant un léger tribut comme témoignage de leur reconnaissance pour la protection , la justice et l'enseignement dont ils seront redevables à l'administration du roi.

Voilà , Seigneurs , l'exposé sommaire de ce que le savant docteur et le seigneur évêque ont dit et écrit afin que vous prononciez en toute connais-

s;ince de cause sur ce qu'il convient de faire poui la plus grande gloire de Dieu.

Le seigneur évéque s'est beaucoup plus étendu dans son rapport que le docteur, parce qu'il a passé un grand nombre d'années parmi les Indiens , et consacré son zèle à proposer tout ce qu'il a cru utile à leur bonheur. Les motifs qui ont animé le savant historiographe ne sont pas moins respectables, et ses efforts méritent votre reconnaissance.

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