TROISIÈME OBJECTION
L'évéque de Chiapa croit devoir faire obser-
(i) Eji. >1>, liv. l"'^ i t'p. 60, lir. IX.
ver que la rigueur dont parle saint Augustin était invoquée contre les hérétiques , et non contre les païens. Je réponds que si elle n'avait pas été permise contre ceux-ci elle n'aurait pu l'être à l'égard de ceux-là, puisqu'elle n'a pour objet dans l'une et l'autre circonstance que de convertir à la religion chrétienne. Au reste le saint docteur parle ailleurs de cette contrainte exercée contre les païens , particulièrement dans sa quarante-huitième lettre, oùU cite les édits des empereurs chrétiens qui défendent le culte des idoles j d'où il lire cette conséquence , qu'il était également permis d'en publier d'autres contre les hérétirpies.
Et que l'on ne dise pas qu'il s'agit ici de sujets de l'Empire , car je conclus de cela même que la contrainte est plus permise lorsqu'il s'agit d'une nation indépendante , attendu que des étrangers méritent encore moins de ménagemens. J'en ai pour garant saint Grégoire , que je viens de citer , et qui trouva que Gennade , préfet d'Afrique , avait raison de faire la guerre aux idolâtres pour les forcer à se soumettre aux Romains et à embrasser ensuite le christianisme.
QUATRIÈME OB.TLCTIOX.
L'évéque Las Casas prétend que jamais les saints ne conseillèrent aux rois de prendre les armes contre les pavens pour les convertir. Mais il s'en faut bien que la chose soit aussi certaine qu'il le croit. On sait en eft'et que le pape Adrien pressa Charlemagne de faire la guerre aux Lombards, qui n'étaient
( 35y ) pas chrétiens. Saint Augustin a loué les édits des empereurs contre les païens , et Constantin défendit sous peine de mort l'exercice public de l'idolâtrie , après avoir consulté le pape Silvestrc et d'autres saints personnages. Saint Grégoire applaudit à la conquête de la partie d Afrique qui coniinait aux provinces romaines , parce qu'il prévit que la foi pénétrerait dans des contrées où elle n'était pas encore connue. Saint Thomas soutient qu'il est per-^ mis aux prêtres de conseiller aux princes de justes guerres , et que ceux-ci peuvent forcer à professer le christianisme les infidèles dont les pratiques sont un sujet de scandale , et ceux qui s'opposent à l'exercice de la religion chrétienne par d'importunes déclamations , ou en persécutant les chrétiens. Or cette doctrine suppose que la contrainte corporelle est permise , soit par le moyen de lois coactives lorsque les infidèles sont sujets de l'Etat , soit les armes à la main s'ils sont indépendans.