‹ Œuvres. Précédées de sa vie, et accompagnées de notes historiques, additions, développmentsChapitre 46 sur 65 · CINQUIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME OBJECTION

Le seigneur évêque croit que le pape n'eut ni ne put avoir l'intention d'accorder au roi d'Espagne la faculté d'attaquer les Indiens pour les réduire et les convertir, Sa Sainteté n'ayant aucun pouvoir sur ces peuples , qui n'ont pas reçu le baptême ; et il fonde sa doctrine sur la première Epîlre aux Corinthiens , danslaquelle saint Paul, se rappelantcequ'onluiadit de quelques idolâtres voisins du pays où il est , s'exprime ainsi : (.( Comment m'appartiendrait-il de me

consiiluer juge de Jaioiîtluiie de ceux f[ni ne sont p.is^ membres de l'Eglise? C'est le Seii^neur qui les jugera . »

Je réponds que , quoiqu'il n'appartienne pas au pape de juger les infidèles , il ne s'ensuit pas qu il ne puisse se mêler jusqu'à un certain point de ce qui se passe parmi eux. Il a le droit de leur envoyer des prédicateurs de l'Evangile pour les convertir , et , d'après la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas , cette faculté embrasse tout ce qui peut assurer le succès de cette entreprise.

Si lusage de la guerre pour soumettre les infidèles afin de leur faire entendre ensuite la parole de Dieu est réputé un moven utile pour arriver enfin à une conversion volontaire , l'Eglise a le droit d'v avoir recours en s' adressant aux princes , et celle conduite n'a rien d'opposé à ce que dit saint Paul. La tolérance que l'on accorde à quelques païens ne prouve point qu'on la doive à tous. Saint Augustin, à la vérité, s'exprime ainsi dans sa lettre à saint Marcellin : « Supportons, puisque nous ne pouvons y) les corriger , des hommes qui ont la prétention » de conserver avec des vices sans frein une répu- )) bliqûe que les premiers Romains ne purent fonder )) que sur la vertu. » Mais il loue ailleurs le préfet (Jeiinade d avoir porté la guerre chez les païens d'Afrique poui' leur faire embrasser la foi après les a\ uir soumis aux lois de l'Empire.

SlXlK>l1& OMECTIO.X.

Le digne évèque que je combats ajoute que k

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prmvoir dont il est ici question n'appaillenl pas au pape. Il se fonde sur ce que Jésus-Christ ne pouvait l'accorder à saint Pierre , parce que luimême , en tant qu'homme , ne fut point investi de fait de la suprême puissance sur le monde et sur ses royaumes , quoiqu'il eût pu la recevoir si elle avait été utile à l'établissement de la foi sur la terre.

Je réponds que cette doctrine n'est pas vraie dans tous les cas. Jésus-Christ a rempli le ministère de pasteur spirituel des âmes : le seigneur évêque le dit lui-même , en ajoutant qu'outre les brebis de son troupeau d'Israël il en avait d'autres qu'il voulait faire entrer dans sa bergerie ; que son père lui avait accordé pour cela toute puissance , pour l 'exercer suivant sa volonté , dans le ciel et sur la terre ; qu'il en disposa en effet en conmiuniquaiiL à ses apôtres les facultés nécessaires pour s'en servir, avec le commandement d'aller dans tout le monde et de prêcher l'Evangile à tous les hommes , mais en distinguant saint Pierre des autres apôtres par une augmentation de prérogatives, parce qu'il devait être le chef et le président de son Eglise ; que ces circonstances permettent d'appliquer au souverain pontife ce que l'esprit de Dieu a fait annoncer touchant Jésus-Christ par le psalmiste: «Demande-moi, et je te donnerai en héritage la puissance sur les nations, et ton royaume n'aura pas d'autres bornes que celles de la terre. »

11 n'est pas plus exact de conclure d'une manière générale que quand même le pape aurait Je pou-

voir de contraindre les infidèles , il ne pourrait en faire usage parce que , suivant saint Augustin , ce serait augmenter leur aversion pour la foi que de renverser leurs idoles et de les injurier. Le saint docteur parle ici des hérétiques circoncellïons , espèce de fanatiques qui , ambitionnant la gloire du martyre par un principe de vanité , couraient chez les idolâtres , brisaient les images de leurs dieux , provoquaient leur vengeance par les outrages , et se faisaient donner la mort.

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