PREMIÈRE RÉPLIQUE
Lorsque j'ai dit que le massacre de sept nations dans la terre promise fut l'accomplissement de la promesse faite aux descendans d'Abraham , je n'ai pas nie que Dieu n'eut voulu en même temps punir l'idolâlrie de ces peuples. Mais puisque Dieu ne fît exterminer que sept nations , quoiqu'il y en I eût un plus grand nombre , cette exception prouve évidemment que la qualité d'idolâtre ne sulïlt pas pour légiiimer une guerre de destruction.
Et , en supposant même qu'il fût possible de prouver le contraire , il ne s'ensuivrait pas que la conduite des Israélites, obéissant à la voix de Dieu, puisse jamais être imitée par les chrétiens. La loi de Moïse était une loi de rigueur ; celle de Jésus- Christ en est une de grâce et de douceur , de paix , de mansuétude et de charité. C'est de Jésus-Christ même que les apôtres et les soixante-douze disciples apprirent le seul véritable moven de répandre le chrisliaiiisme. Tout ce qui s'en éloigne est contraire à sa volonté , surtout si on se projiose de verser le sang comme Mahomet ou comme ceux qui ont conquis l'Amérique.
Le docteur déclare qu'il est fort éloigné de penser que la gueire qu'il conseille contre les Indiens doive être une guerre d'extermination , comme celles que les Israélites firent aux Cananéens. Mais
(375) si telle est sa modération , à quoi bon s'appuyer sur cette autorité , puisqu'on lit aussi dans la Bible que Dieu ordonna à son peuple d'ofï'rir la p.iix et même son alliance aux nations idolâtres , voisines de Canaan ? Les Indes sont-elles donc la terre promise par le Seigneur aux rois d' Espagne; ?
Que si l'on convient qu'il ne s'agit pas de faire une guerre à outrance aux Indiens , mais seulein(;nt de les soumettre pour leur faire entendre ensuite l'Evangile , quelles sont les limites que l'on veut mettre entre ces deux espèces de guerre ? Celle que propose le docteur sera-l-elle la meilleure? Pourrat-on la faire sans meurtres , sans pillage , sans violences et sans commettre une foule innombrable d'autres pécliés, outre que les pauvres Indiens, fuyant dans les montagnes , y sont dévorés par les bétes féroces, et qu'on voit la population disparaître sur une iunnense étendue de pays ? Que le doct(;ur compare bien ces résultats avec les bornes qu'il veut mettre à la guerre de modération qu'il a imaginée , et dont il ne trouvera aucun exem[)le ni dans 1 bisloire sacrée ni dans Tbistoire profane.
Enfin , jamais le docteur Sépulvéda ne pourra prouver par des textes de l'Ecriture sainte , ni par la doctrine d'aucun père de l'Eglise , qu'il soit permis de faire la guerre , de quelque manière que ce soit , à des peuples indépendans , avec l'intention de les soumettre poiu- leur prccber ensuite la parole de Dieu, si celte attaque n'a pas été provoquée de leur côté par des liostilités : or jamais les Indiens n'en ont exercé d'aucune espèce contre les Espagnols.