‹ Œuvres. Précédées de sa vie, et accompagnées de notes historiques, additions, développmentsChapitre 56 sur 65 · QUATRIÈME RÉPLIQUE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME RÉPLIQUE

Le docteur n'est pas mieux fondé à soutenir que le pape a le droit d'engager les rois à prendre les armes contre les infidèles , ennemis de l'Eglise. Comme successeur de saint Pierre, il ne doit se mêler dans aucune guerre , parce que son ministère est essentiellement pacifique , humble , plein de bonté et de charité , suivant l'ordre formel de Jésus-Christ même.

Si le pape Adrien porta Charlemagne à faire la guerre au roi des Lombards , ce ne fut pas parce que celui-ci était païen , mais parce qu'il s'empa-

rait de pays soumis à la domination de Rome : c'est ce que prouvent tous les monumens historiques du neuvième siècle : d'ailleuis , le fait fùt-il vrai , il prouverait seulement que tel était le système du pape Adrien^ qui défendait ses intérêts en défondantceux des Romains.

Ce n'est pas avec plus de raison que l'auteur cite samt Thomas d'Aquin à l'appui de son opinion. Ce samt dit qu'on ne doit point tolérer les cérémonies des idolâtres, à moins que les défenses ^ f^.et égard nç causent du scandale ou n'aient des résultats fâcheux ; mais il n'ajoute pas qu'il faille pour cela faire la guerre aux idolâtres : il n'entend parler que de la conduiie qu'un souverain doit tenir avec ses propres sujets lorsqu'il s'agit de permettre ou de défendre l'idolâtrie, ce qui est tout à fait différent de la question présente.

Et , en supposant luéme que le saint eût voulu traiter ici la question de savoir si un souverain doit ou non faire attaquer des peuples qui ne lui sont point soumis , pour les empêcher d'être idolâtres , toujours est-il vrai qu'il excepte le cas où la tolérance à leur égard peut empêcher un mal tel qu'un scandale , ou le danger d'une sédition , et celui où il est permis d'espérer que celte liberté les disposera insensiblement à embrasser le christianisme (i). Que l'on voie maintenant si l'exception peut s'ap[>liquer à 1 Amérique ! Ne sera-ce pas un grand malheur

(i) Secimd^ secun<l« , fj. lo, art. i5.

(379) d'irriter les Indiens par une guerre qui leur sera si funeste par ses ravages ? N'en sera-ce pas un autre que celte haine que les Indiens échappés à la mort concevront pour la religion chréùenne ? N'a-t-on pas plus lieu d'espérer leur conversion de moyens plus lents et plus doux ?

Il est vrai que saint Thomas semble dire que le blasphème contre la religion chrétienne peut être une cause de guerre , et il n'est pas moins certain que ce péché accompagne toujours l'idolâtrie. Mais c'est ici une sorte de blasphème entièrement différent de ceux pour lesquels il est permis d'avoir recours à la voie des armes. Le blasphème direct et spécial contre la religion est une chose insupr rtable pour tout bon chrétien ; mais l'autre a toujours été toléré : c'est ainsi que nous en usons à l'égard des mahomélans et des juifs , quoique les uns et les autres blasphèment , comme les idolâtres , contre notre sainte religion , parce que ces blasphèmes ne sont que des conséquences de leurs systèmes re-

ligieux.

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