C.VIJ
» plus étendus que l'espace qui nous sépare de la )) Perse, et ce qu'il y en a dans la Terme-Ferme est
» deux fois plus considérable C'est à présent
» même que la destruction de ce pays s'opère , et )) qu'il est en proie à la tyrannie des agens des ré-
» partitions Ce Nouveau-Monde est en feu, et
)) court au néant Je défie tout homme vivant ,
)) s'il n'est pas stupide, d'oser nier ce que j'avance et » de soutenir le contraire. »
La seconde accusation contre Las Casas le représentait comme imprudent dans ses démarches inconsidérées en faveur des Indiens. Cette inculpation était fondée sui- les plaintes que l'évéque de Burgos avait portées contre lui, ainsi que les religieux hiéronimites envoyés en i5i6 pour gouverner l'Amérique. 11 est certain que la manière dont Herrera s'exprime au sujet de ces prêtres espagnols justifie le repro(;lie fait à Las Casas ; non que cet historien ait jamais qualifié don Barthélemi à^ imprudent , mais il parle de l'ardeur extrême et de la véhémence de son zèle ; en sorte qu'on peut supposer qu'il en portait le même jugement. Mais nous ne sommes pas moins en état d'établir sa justification. Las Casas était dans une position à ne pouvoir rien faire pour les Indiens s'il gardait le silence ; or la sincérité de son zèle et son amour pour la justice ne lui permettaient pas de se taire sur le parti qu'avait pris l'éyêque de se faire donner des Indiens , à titre de commandeur , et de les confier à un intendant qui les accablait de cruels traitemens. C'était aussi à ses yeux un devoir de se plaindre d('
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la faiblesse des religieux gouverneurs , qui , au mépris des instructions qu'ils avaient reçues, souflVaient que les juges et les administrateurs royaux eussent des Indiens esclaves à leur disposition , et donnassent ainsi les plus mauvais exemples aux autres colons européens. Concluons de là que l'activité importune de Las Casas était une condition nécessaire de la tâche qu'il s'était imposée de lutter contre les hommes les plus puissans de la cour et des Indes. Qui oserait, sans cesser d'être juste et raisonnable, taxer cette conduite ô^ imprudence ? Si elle fut signalée comme telle par des hommes respectables de ce temps-là , c'est qu'ils étaient aveuglés par leur propre intérêt, et incapables de voiries choses sous leur véritable point de vue.
On reprochait aussi à don Barthélenii Vinconséque.Twe de sa conduite , parce qu'en même temps qu'il condamnait l'esclavage des Indiens occidentaux , il approuvait celui des Africains , comme si la philosophie chrétienne pouvait avoir deux poids et deux mesures relativement à la liberté des hommes. Il a été répondu d'une manière péremploire à ce troisième grief dans les dissertations apolog'étigues de M. Grégoire ,. ancien évêque de Blois; du docteur Gregorlo Funes , doyen de la cathédrale de Cordoue du Tucuman; du docteur don Servando Mier, chanoine de Mexico , et dans l'Appendix dont j'ai accompagné ces trois pièces. Ces quatre morceaux forment , avec ce que j'ai pu ajouter dans la vie de don Barthélemi , mi corps de preuves qui doivent rendre désormais inutile toute attaque contre
la personne, le caiaclère ei les vertus de cet immortel défenseur de tous les habilans du Nouveau- Monde.
Enfin, on n'a pas manqué de représenter Las Casas comme un homme dévoré di ambition. 11 n'y avait qu'mi écrivain , aussi familiarisé avec le mensonge qu'avec la malignité, qui fût capable d'imputer au vénérable ami des Indiens le projet insensé de s'emparer de la souveraineté de mille lieues de terre. Pour faire justice d'une pareille calomnie, je me contente de renvoyer mes lecteurs à ce que j'ai dit du projet qu'avait formé don Barlliélemi de peupler la province de Cumana et la cote de Terre- Ferme jusqu'à Sainte-Marthe , ainsi qu'à V Appendix déjà cité , dans lequel j'ai inséré textuellement tout ce que Herrera a écrit sur ce sujet. On y verra clairement que Las Casas n'eut jamais la pensée de demander la souveraineté du moindre village , ni la suzeraineté d'aucune portion de territoire, puisqiiM avait établi, dans un ouvrage qui fait partie décelai que nous publions , que les souverains n'ont pas le droit de concéder celte espèce de privilège a aucun de leurs sujets, quelques grands services qu'ils aient pu rendre à la monarchie.
Il serait donc impossible de trouver le moindre sujet de blâme dans la vie du vénérable don Barihélemi , et tout prouve au contraire que .sa conduite personnelle a été sans tache , et ses vertus constamment pures et désintéressées. IN'ous pouvons même ajouter qu'il n'a pas seulement défendu la liberté des Indiens , mais que tous les peuples du
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monde lui doivent. aMlaiil de reconnaissance que les liabitans de l'Amérique. En elïet , quoique sujet d'un despote aussi absolu que Charles-Quint, il sut trouver dans son caractère l'énergie suffisan|eya[Our composer et publier un traité sur le pou^Hfcdes rois , et pour y établir sur d'excellentes preuves qu'ils ne régnent que par la volonté des peuples ; qu'ils ne sont pas les maîtres des terres, des villes ni des hommes , mais seulement leurs chefs et leurs directeurs pour les gouverner en paix d'après les principes éternels de la justice , et pour les défendre contre leurs ennemis extérieurs, mais sans pouvoir aliéner les communes et les habitans , ni imposer des tributs sans le consentement des peuples. Nous ne craignons pas d'avancer que, pour faire entendre de telles vérités , il fallait un courage lort rare en Europe dans le siècle de Charles -Quint et de Philippe II.