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Je Citations laUrica. C esl ce qui lue décide à le doiincr lilléralemenl, et sans y faire aucun de ces chan- ^emens qu'on a pu remarquer dans ceux de ses traités qui furent imprimés.
Notre auteur intitula son ouvrage : Consultation sur les droits et les obligations du roi et des conquèrans du Pérou. On y trouve im grand nombre de questions proposées à l'auteur parquelqu un dont les scrupules avaient troublé la conscience. Ses réponses sont dictées par cette jainte libertéetd'après les principes qu'on retrouve dans son j4vis aux confesseurs et dans tous ses autres traités. Celui-ci peut passer pour le testament de ce grand évéque; il y exprime les dernières vérités qu'il ait à faire entendre pour améliorer la condition future des malheureux Indiens qu'on a dépouillés de leurs biens et de leur liberté.
Las Casas vit enfin arriver la fin de sa longue et glorieuse carrière. Il était tombé malade à Madrid, et il y mourut en i566, à 1 âge de quatre-vingtdouze ans , pour aller jouir dans le sein de la véritable gloire des travaux dont son ardente et inépuisable charité avait rempli les soixante-six années qui s'étaient écoulées depuis i55o , é[)oque à laquelle il avait renvoyé dans son pays l'esclave indien que Christophe Colomb lui avait donné. Si l'on considère qu'il traversa quatorze fois les mers qui séparent les deux continens ; qu'il parcourut plussouvcni encore les vastes réirions du Nouveau-Monde dans toutes les directions ; qu'il fit un grand nombre de voyages en Espagne ; qu'ils ne cessa d'exercer dans
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les Indes les fonctions de iiiissioDuaire el de pacificateur f qu'il composa une foule d'ouvrages, courut les dangers les plus imminens, fut en butte aux persécutions des hommes puissans qu'il dénonçait , aux calomnies et aux dénonciations qu'il ne laissa jamais sans réponse , on ne pourra s'empêcher de reconnaître dans Las Casas une ame véritablement sublime , une vertu à toute e'preuve , et la force d'un grand caractère ; tandis que cette immense vie , pendant laquelle nou§ voyons son corps et son âme soutenir tant de combats, prouve avec quelle libéralité la nature l'avait doué de tous les avantages d'mie excellente constitution et d'une force de corps incomparable.
Il n'est donc pas étonnant que des hommes très respectables aient parlé de Las Casas avec admiration. Antoine Herrera, qui, dans son Histoire générale des Indes , ne se montre pas toujours grand partisan de ses vues , en parle cependant plusieurs fois avec éloge. Après avoir raconté queDiègue Velazquez , gouverneur de Cuba , fit rendre en 1 5 1 2 la liberté à plusieurs Indiens par considération pour Las Casas , il ajoute que les naturels eurent toujours le plus grand l'espect pour lui (i)» Il rend compte ailleurs delà conduite de don Barthélemi à Camaguez , province de l'île de Cuba, en i5i5, et nous apprend que les Indiens, le voyant aller partout seul , sans précaution et sans de^fense , en conçurent laplu'i
(1) JlcriPia , (11'':, i , li^ . 9 . ch y.
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hanta idée , et la crurent dès ce moment ini^esti d'une autorité supérieure sur les autres Espagnols (i). Au sujel des reproches que Las Casas eut à essuyer de la part des juges de l'audience royale de Saint-Domingue , pour avoir fait une visite au cacique don Enrique , après sa soumission et sa réconciliation, il dit que don Barlhélemi , qui avait un grandfonds de doctrine et d'expérience, parvint facilement à détruire toutes les charges de ses ennemis (2). Pendant les événemens qui eurent lieu dans le pays de Nicaragua en i534 , le gouverneur Rodrigue de Contreras accusa notre vénérable missionnaire d avoir jnis les Indiens en insurrection : Herrera prend ici sa défense , et donne pour motif à ce reproche du chef de la colonie le soin que Las Casas mettait dans ses sermons à faire connaître aux soldats la conduite qu'ils devaient tenir à l'égard des Indiens pour sauver leurs âmes (3). Le même historien, dans la liste qu'il nous fournit des auteurs qu'il a consultés pour composer son histoire, nomme Las Casas , de Tordî^e des Prêche urs^ saint évêque de Chiapa (4). Ailleurs , parlant des grands avantages que l'on obtint à Guatimala par l'accord qui régnait entre Mendoza et Barthélemi , qui le dirigeait par ses conseils , il dit que le père Barthélemi de £jas Casas avait fait beaucoup de bien
(1) Dec. i ,liv. 9, ch. i5.
(2) Dec. 5, liv. 5, ch. 5.
(3) Dtc. 6, liv. I , cil. 8.
(jj Dec. r», liv. 3 , rh. uj.
dans les provinces de Lliiapci et de Guathnala , et raconte ensuite que don Pèdre Alvarado se disposant à y pénétrer avec une armée, l'évéque et le hien-heureuxpère en furent extrêmement affligés ( i). Dans le récit qu'il fait de l'expédition de Juan de Grijalba , il s'en tient, à l'égard d'un fait contesté , au témoignage de Las Casas , attendu , dit-il , que le licencié Barthélemi est un auteur digne de confiance, et qu'il s'est informé très particulièrement delà vérité (2). Il avait lu certains détails contraires à l'honneur de Las Casas dans les histoires des Indes ])ubliées par Gonzale Fernandez de Oviedo et par François Lopez de Gomara , l'un et l'autre intéressés , comme conqaérans, à y faire croire, et il les a accusés d'inexactitude sur ce point, en déclarant que ^évêcpie de Chiapa eut quelquefois de justes judsons de s'en, plaindre (5).
ÎNicolas Antonio , dans sa Bibliothèque nouvelle des écrivains espagnols, après avoir annoncé la mort de Las Casas , arrivée à Madrid , ajoute qu'il avait conservé dans cette capitale , depuis sa démission de révèché de Chiapa , la réputation de saintetc; (pi'il avait depuis longtemps acquise j^ar la pratique des plus grandes vertus (2).
Juan de Torquemnda , dans son Histoire des
(i) H errera , déc. 6, liv. -, eh. (y. (a) Déc. 1, liv. 3, ch. \.
(3; Déc. 3, liv. 2, oh. G.
\\) Nicolas Antonio, Bibliofli. Inspiiii. nov., I. i, nrt. liarlholoniem Ciinas.
Indes , intliu]('e Monarchie indienne , ciio plusieurs fois l'évèque Casas, et Loujonrs avec estime. En parlant de l'origine des Indiens, il rapporte l'opinion de don Barihélemi; et, quoique son opinion soit opposée à la sienne , il avoue que sa sagesse et son autorité ont le plus grand poids (i). 11 rapporte différentes opinions au sujet du voyage de Juan de Grijalba, et il adopte celle de Las Casas, parce qu'il reconnaît en lui une extrême bonne foi, et une attention particulière à ne rien dire que de "vrai (2). Au sujet de la conversion des Indiens de Yucatan et de leur soumission volontaire au roi d'Espagne , à la suite de la mission pacifique du père de Testera et de ses compagnons, il dit que le bon èvêque de Chiapa, l'ami et le défenseur des Indiens , emporta avec lui en retournant en Espagne les preuves de cette disposition des naturels (5). En parlant desévêchésqui furent établis en Amérique il dit : ce Le premier évéqne de celui de Chiapa fut don Barthélemi de Las Casas , religieux dominicain , à qui tous les Indiens et mémo tous les royaumes et les provinces des Indes ont les plus gramles obligations pour le soin qu'il prit de les protéger sans relâche auprès de leurs majestés catholiques pendant un grand nombre d'années et avec des peines infinies. » Ailleurs, après avoir nonmié les religieux dominicains qui précbè-
(1) 'JbiY/ueinada , loin, i, liv. t, th. y. (2; Toni. I, liv. Jj, cil. 4.
(3j Tom. ,), liv. Il), fh. 32.
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rent l'Evangile dans les Indes , il ajoute : a Et » puisque nous faisons ici mention de ceux qui » méritent cet honneur pour avoir travaillé fidèle- » ment et d'une manière tout apostolique à l'ou- » vrage de la conversion des Indiens , nous n'ou- » blierons pas celui qui , plus que les autres , se » livra à ce ministère , c'est à dire l'évêque de Chiapa, » don Barlhélemi de Las Casas , de l'ordre de Saint- )) Dominique , qui , avant de faire profession dans » l'île Espagnole de Saint-Domingue , gémissait » depuis longtemps devant Dieu des maux que l'on )) faisait souffrir aux Indiens , et sollicitait auprès )) des rois d'Espagne les secours nécessaires pour y) leur salut. Depuis son entrée en religion , Dieu )> couronna ses efforts dans la province de Guati- » mala. Il était revêtu de la dignité épiscopale )) lorsqu'il renonça à ses saintes fonctions pour » venir en Espagne protéger les Indiens , comme » on peut le voir fort au long dans son histoire ; il » remplit ce ministère pendant vingt-deux ans de » séjour auprès des rois d'Espagne , toujours en w butte aux intrigues et aux attaques des méchans , )) mais infatigable dans le bien , parce que ses con- )) frères et les religieux de mon ordre de Saint- » François , qui étaient en Amérique , lui ren- )) daient mi compte fidèle des cruautés que l'on » commettait sur les Indiens nouvellement con- » vertis ; ses instances firent remédiera une partie » du mal ; il obtint surtout que ceux qui étaient » traités comme esclaves fussent rendus à la liberté, » rt que la servitude fût à jamais abolie dans les
xcvij » luJes, II composa aussi, sur Ja manière dont il » convenait de traiter les Indiens, et sur les de- » voirs que nos souverains avaient à remplir à leur V égard, plusieurs traités en latin et en lan^^ue » castillane , tous fondés sur les motifs les plus » imporians du droit divin et du droit humain, qu'il » connaissait parfaitement. Je suis intimement con~ » vaincu qu'il jouit maintenant d'une gloire infi- » nie. dans le séjour des saints , pour le très saint » zèle qui lui a fait supporter mille douleurs dans )) le service de Dieu Jusqu'au terme de sa pie , et » dans le soulagement des malheureux AméH- )) cains, qu'il voyait sans refuge et sans protection ^ » Il a eu de nombreux et de puissans ennemis , >' parce qu'il a fait entendre de grandes vérités : » plaise à Dieu qu'ils aient obtenu devant Sa Ma- » j'este divine une partie de la miséricorde dont )) nous croyons qu'il a été lui-même récompensé )) dans le ciel î » (i)
U serait impossible de faire de Las Casas un plus bel éloge que celui qu'on vient de lire ; il mérite d'autant plus notre attention qu'il vient d'un historien impartial , qui recevait en Amérique les documens originaux des contemporains mêmes de Las Casas, et qui n'avait aucun 'intérêt à exagérer ses vertus , ni le mérite de ses actions. Je ne suis donc pas surpris de voir un noble français se faire gloire
(i) Toiii. m . liv. xîi, vil. 1-
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d'une telle parenté (i). Ce personnage, dans nos circonstances modernes, offre des traits trop remarquables pour ne pas justifier l'épisode suivant , qui n'est pas d'ailleurs sans quelque liaison avec notre sujet , et doit intéresser vivement nos lecteurs : je veux parler du comte de Las Cases, qui fut chambellan de l'empereur Napoléon , un de ses conseillers d'état , et qui est aussi l'auteur de V Atlas historique publié sous le nom emprunté de Le Sage , production qui demeure un monument et un modèle. Le comte de Las Cases est donc non moins recommandable par ses travaux que par son rang et ses emplois ; néanmoins ses services disparaissent ou s'éclipsent encore devant la fidélité , le dévouement et l'aft'ection personnelle qui le conduisirent à Sainte- Hélène auprès de celui qu'il avait servi au temps de sa prospérité.
(i) La famille de Las Cases en France a un nom et une origme espagnols.
Charles de Las Cases, ou Las Casas , était un des seigneurs espagnols qui accompagnèrent Blanche de Castille quand elle vint en France en \ioo pour épouser Louis VIII, père de saint Louis. Charles venait d'Espagne, où les croisades contre les Maures avaient attiré ses ancêtres de par de.-là les monts un siècle auparavant. Il est dit que l'un d'eux, porte-bannière du comte Henry de Bourgogne, fondateur du royaume de Portugal, dans une des dix-sept batailles 'que ce prince livra aux infidèles, conquit ses armoiries , son cri de guerre, et même son nom, en fixant par ses exploits le sort de la journée, longtemps indécis. On sait que dans ces temps anciens on n'avait point encore de nom patrimonial ; il dérivait toujours , à chaque génération, de quelque qualité du corps où de l'esprit, ou bien encore de quelque circonstance particulière. (Voyez plusieurs dictionnaires ou ouvrages généalogiques. )
Une telle conduite du reste , on aime à se le dire a reçu sa pleine et entière récompense , laut dans l'estime des hommes que danslete'moignage authentique, dans la satisfaction spe'ciale du grand homme. Sa propre main les a consacre's, et elle doit sauver de l'oubli tout ce qu'elle aura touché; aussi la lettre qui renferme ces sentlmens demeure-t-elle à jamais pour le comte de Las Cases et les siens un des plus beaux titres qu'aucune famille puisse produire, (i)
(i) '< Mon cher comte do Las Cases, uion cœur sent vivement ce » que vous <îprouvcz. Arraché il y a dix-sept ou quinze jours d'auprès » ^ moi , vous êtes enfermé au secret sans que j'aie pu recevoir ni ». vous donner aucune nouvelle, sans que vous ayez communiqué » avec qui que ce soit, Français ou Anglais; privé même d'un » domestique de votre chois.
» Votre conduite à Sainte-Hélène a été, comme votre vie,honora- M ble et sans reproche , j'aime à vous le dire.
» Votre lettre à votre amie de Londres n'a rien de répréhensible • .. vous y épanchiez votre cœur dans le sein de l'amitié Cette' » lettre est comme les huit ou dix autres que vous avez écrites k la » même personne, et que vous avez envoyées ouvertes. Le comman- » dant de cette ile, ayant eu l'indélicatesse de scruter les expressions .. que vous confiiez à l'amitié, vous les a reprochées... Dernièrement » il vous a menacé de vous renvoyer de i'.le si vos lettres conte- » naient encore quelques plaintes. En agissant ainsi il a violé 1,. » premier devoir de sa place, le premier article de ses restrictions et » le premier sentiment de l'honneur ; il vous a ainsi antorisé à cher » chéries moyens de '('pendre par effusion vos sentimens dans h- >. «e.n de vos amis, et de leur faire connaître la conduite coupaLh- >. de ce commandant : mais vous êtes sans artifice ; il a été facL de » surprendre votre confiance....
» On cherchait un prétexte de saisir vos papiers ; une lettre à votn-
» amiedeLondresnepouvaitpointautoriseruuevisitede police duv
..vous;carellenecontientaucuucomplot, aucun mystère; ol/e n'es' " que 1 expression d'un co-ur noMe et franc La conduite illé-ale ef
Durant dix-liuit mois le comte de Las Cases narta.^ea les vexations et les souffrances accumulées à Sainte-Hélène , et les supporta toujours avec élévation, énergie et constance.
11 était d une grande ressource à Napoléon , on le savait constamment occupé d'écrits intéressans ; il
» précipitée que l'on a tenue eu celte occasion porte le caractère » <1'une haine basse et personnelle.
» Dans les contrées les moins civilisées, les exilés, les prisonniers, j) et même les criminels, sont sous la protection des lois et même des )) magistrats. Les personnes nommées pour les garder ont des chefs, » soit^dans l'administratiop , soit dans l'ordre judiciaire, pour les » surveiller ; mais sur ce roc, le même homme qui fait les plus absur- » des réglemens les exécute avec violence, transgresse toutes les » lois, et il n'est personne pour restreindre les excès de son ca-
)) price.
>, On enveloppe Longwood d'un voile que Ion voudrait rendre » impénétrable pour cacher une conduite criminelle. Ce soin fait » suspecter les intentions les plus odieuses.
)) Par des bruits artificieusement semés on a essayé de tromper « les officiers, les étrangers, les habitans de l'ile, et même les agens ), étrangers qui, à ce que l'on dit, sont entretenus ici par l'Autriche « et la Russie ; certainement le gouvernement anglais est trompé de ^ la même manière par des rapports artificieux et mensongers.
» Vos papiers, parmi lesquels on savait qu'il y en avait qui m'ap- M partenaient, ont été saisis sans aucune formalité , près de mon ap- „ partement, avec des exaltations de joie féroces. J'en fus informé J quelques momens après. Je regardai parla fenêtre, et je ^4s qu'on
vous enlevait : un nombreux état-major caracolait autour de vous.
Je crus voir les sauvages des iles de la mer ïïu Sud dansant au- „ tour des prisonniers qu'ils vont dévorer.
;> Votre société m'était nécessaire ; seul vous lisez, vous parlez et >, entendez l'anglais. Combien vous avez passé de nuits pendant mes l maladies! Cependant je vous engage, et au besoin je vous ordonne,
de requérir le commandant de cette ilede vous renvoyer sur leçon- ■„ tinent, il ne peut point s'y refuser, puisqu'il n'a action sur vous que
ne cessail , dans des expressions hardies , noliles et fières, de transmettre en Angleterre les odieux iraitemens exercés à Sainte -Hélène. Toutes ces choses lui attirèrent la surveillance spéciale , l'animadversion personnelle , les persécutions directes du f^ouverneur et du gouvernement ; on chercha , et l'on eut bientôt trouvé, un motif ou un prétexte de s'en délivrer. On l'arracha avec esclandre de Longwood.
» par l'acte volontaire que vous avez signé. Ce sera pour moi une » grande consolation que de vous savoir en chemin pour de plus foi- » tunés pays.
» Arrivé en Europe, soit que vous alliez en Angleterre, ou que » vous retourniez dans la patrie, perdez le souvenir des maux qu'on )) vous a fliit souffrir. Vantez-vous de la fidélité que vous m'avez M montrée, et de toute l'affection que je vous porte.
j) Si vous voyez un jour ma femme et mon fils , embrassez-les. De- » puis deux ans jen'en ai aucune nouvelle directe ou indirecte. 11 y » a dans ce pays depuis six jnois un botaniste allemand qui les u '> vus dans le jardin deSchœnbrunn quelques mois avant son dé- )i part. Les barbares ont empêché qu'il vint me donner de leurs nou- !> velles!...
» Toutefois consolez-vous, et consolez mes amis : mon corps se trouve, » il est vrai, au pouvoir de la haine de mes ennemis; ils n'oublient » lien de ce qui peut assouvir leur vengeance; ils me (iient à coups 1) d'épingles; mais la Providence est trop juste pour i)ermettre que )( cela se prolonge longtemps encore. L'insalubrité de ce climat clévo- » rant,le manque de tout ce qui entretient la vie, mettront, je le ') sens, un terme prompt à cette existence, dont les derniers momefis » seront l'opprobre du caractère anglais. L'Europe signalera un joui » avec horreur cet homme hypocrite et méchant que les vrais An
glais désavoueront pour Breton.
.; Comme tout porte à penser qu'on ne vous permettra pas di ) scnir me voir avant votre départ, recevez mes embrasseincns , l'asy surance de mon estime et de mon amitié. Soyez heureux
» Voire affectionné. Si^ne Napoléon.
»> LongMOod , le ii décrnihie i8t6
Tous les papiers du temps et plusieurs ouvrages nous ont retracé les injustices atroces , les vexations odieuses, les persécutions sans nombre dont il devint alors l'objet.
Retenu captif^ au secret dans Sainte-Hélène même cinq à six semaines , il fut déporté de là au cap de Bonne-Espérance , à cinq cents lieues plus loin ; il y demeura captif p^ès de liuit mois , en violation des lois les plus sacrées de la législation anglaise.
Jeté ensuite très malade à bord d'un petit bâtiment de deux cents tonneaux , de douze hommes d'équipage , et toujours captif, il y éprouva toutes les souffrances d'une traversée de près de cent jours.
A son entrée dans la Tamise, un agent subalterne de la police anglaise saisit tous ses papiers sans vouloir dresser d'inventaire , et le livra cajjtif sur le continent; on lui fit traverser en malfaiteur, et moribond, le royaume des Pays-Bas. Enfm la vague britannique, amoncelée de si loin , et roulant depuis si longtemps, vint expirer au delà du Rhin, à Francfort ; c'est là qu'elle vomit sa victime à demi expirante par dix mois de captivité , cent jours de voyage, trois mille lieues de déplacement, au moment où elle était près de succomber sous la fatigue et les infirmités du cor[)s , les angoisses de l'esprit et les peines du cœur. Dans cet éiat néanmoins et dans sa nouvelle situation le comte de Las Cases ne cessa de consacrer le peu de forces qui lui restaient à l'adoucissement des peines qu'il ne pouvait plus partager ; il n'eut d'aiilies soins, d'autres pensées que déporter
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des consolations à l'objet référé de ses plus leiidres affections.
Il s'adressa aux membres épars de la famille de Napoléon , prisonniers eux - mêmes , ou à peu de chose près ; combina et réunit leurs efforts pour subvenir aux vrais besoins que le ministère anglais laissait peser sur l'auguste victime. Une correspondance ostensible , en dedans des réglemens anglais , et par la voie légale , sous l'enveloppe des ministres mêmes, fut mensuellement suivie ; un fonds annuel pourvu et assuré, des provisions choisies furent expédiées; les livres , les papiers pul)lics, les brochures du temps , sollicités du ministère anglais et promis par lui, bien que très inexactement, envoyés; les nouvelles des membres de la famille , les expressions de leurs senlimens régulièrement transmis ; enfin , il n'est pas jusqu'au portrait du jeime Napoléon , pris aussi tard que 1819, qui par ses soins ne parvînt au roc désolé..
Ij'active sollicitude du comte ne s'en tint pas là : dans l'ardeur de son zèle, que rien ne pouvait arrêter, s'élevantà de plus hautes considérations, il s'adressa directement, et jusqu'à Kimportuniié, aux souverains mêmes dont la décision tenait dans les chaînes et Topprobre le monarque déchu par eux. Evitant soigneusement tout ce qui tenait à la politique , le comte n'implorait que leur humanité , leur intérêt, leur gloire. Par un trait de similitude remarquable avec celui de son nom dont nous écrivons ici l'histoire, il fut jusqu'à oser leur demander d'être admis en leur présence pour y plaider ceUe sainte cause à
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ses lisques et périls , s'engageanl à démontrer la vérité ou à souffrir les peines de l'imposture. Enfin , au moment même où l'auguste victime allait rendre le dernier soupir , sur mi autre hémisphère , le comte de Las Cases faisait encore entendre à Laybach des cris plaintifs ; aussi tard , il tentait encore par les peintures les plus vives d'émouvoir d'illustres personnages !...
Une persévérance si caractéristique de la part du comte mérite et justifie ce qui lui fut adressé par une main étrangère durant sa captivité au cap de Bonne-Espérance ; nous le rappelons ici parce que, bien que la diction en soit peu correcte, la pensée en est très juste, et se lie d'ailleurs tout à fait avec notre sujet :
Digne hii itier cîes vertus de son nom.
De Las Casas imitateur fidèle, Lui d'un peuple opprimé fut l'ardent cliampion ; Toi d'un nouveau Richard te montres le Blondèlc.
Mais revenons à notre Barthélemi. La haine et l'envie ayant persécuté dans tous les siècles les hommes que des talens ou des vertus avaient élevés au-dessus de leurs contemporains , il n'est pas étonnant que Las Casas ait rencontré des ennemis et des détracteurs : il s'est trouvé des écrivains qui l'ont attaqué avec les armes du préjugé; d'autres l'ont fait par légèreté et sans réflexion , ou pour n'avoir pas voulu approfondir la conduite de ce héros de l'humanité persécutée. Les chefs d'accusation dirleés contre lui sont au nombre de quatre; mais il n'est
pas difficile de les réfuter complètement aujourd'hui , que les» oassions personnelles ont fait place à la saine critique, et que celle-ci peut se faire entendre et prononcer sans danger comme sans appel.
Le premier reproche fait à don Barlhélemi c'est d'être un historien indigne de foi par l'exagération qui caractérise ses récits. Jamais cependant on n'eût songé à attaquer Las Casas par cet endroit si une foule d'Espagnols n'avaient été intéressés à soutenir l'opinion desconquérans et des dévastateurs du Nouveau-Monde. Il était impossible à ces tyrans de justifier tant de cruautés s'ils convenaient des faits rapportés par don Barthélemi; il n'y avait qu un parti à prendre ; c'était de traiter Las Casas comme un imposteur. Mais disons, pour son entière justification , qu'il existe dans les archives du conseil des Indes une foule de procès que les conquérons s'étaient réciproquement intentés, ouque le gouvernement lui-même avait fait entreprendre auprès des juges d'enquête ou de résidence contre les emj)loyés publics , et que ces pièces prouvent évidemment la v('Tiié des rapports de don Barthélemi ; voilà pourquoi Antoine Herrera, qui les avait vues , déclare que leur auteur ^5^ digne de toute confiance, et qu'il n'a rien nêifligé pour connaître la vérité. .Iiian de Torquemada lui a rendu le même témoignage en Amérique, d'après les informations authentiques qu'il y avait f)rises, et les papiers dont il avait PU connaissance.
Las Casas, dans une lettre du mois de juillet i556, écrite à Barthélemi Carranza , parle de cette injus-
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lice de ses ennemis ; « Voire Paterniié pre'iend dans « sa lelire 'qu'il n'est pas mort autanl de monde » que je l'assure. J'avoue qu'il n'y a rien d'étonnant » à ce qu'on regarde ce que j'en ai dit comme in- » croyable ; car l'Esprit saint l'a annoncé lui-même >J par la bouche d'Habacuc : Il s^ cet passé quelque » chose de nos jours que personne ne voudra croire » lorsqu^on le racontera. Je pense que l'on n'a » écrit que pour agraver les malheurs de ce désastre » SI universel de l'espèce liumaine, laquelle n'a péri » presque tout entière dans le Nouveau -Monde » que par le système des répartitions. C'a été et c'est » encore une chose déplorable qu'après avoir dé- » nonce des milliers de fois , depuis quarante ans , » devant nos rois , nos princes et leurs conseils, ces JJ destructions d'hommes par lesquelles tout le » monde s'est rendu tyran , on n'ait pas encore » songé à s'assm-er du contraire , et , après l'avoir » fait , à me punir par la honte d'une rétractation. » Mais observez , révérend Père , que le sang » des hommes qui remplissaient naguère ces ini-
» menses royaumes fume encore La plupart
» de leurs meurtriers vivent au milieu de nous
» Les archives du prince sont remplies de procès , ^) de rapports , de dénonciations et d'une foule
)^ d'autres preuves de ces assassinats Il existe
» aussi des données certaines sur 1 immense popu- » lation de l'île Espagnole , plus grande que toute )) l'Espagne , et sur celle des îles de Cuba et de la «^Jamaïque , et de plus de quarante autres îles où )) il n'est roslé ni aiiinianx ni plantes. Ces pays suiu